Fiche sur le gaullisme rédigée pour le centenaire du général de Gaulle.
(Inédit, 1990)

De Gaulle et l’Amérique

«La France, tout en étant l’alliée des Etats-Unis, trouverait bon
qu’existent en Amérique des éléments qui fassent contrepoids.»
(Mémoires d'Espoir)

Pour de Gaulle, ce qui est essentiel dans les relations franco-américaines, c’est «l’amitié» fondée sur un commun «idéal de liberté et de démocratie».

Mais de Gaulle voit aussi les Etats-Unis comme une puissance visant à l’hégémonie mondiale, un peuple de parvenus dont la civilisation matérialiste l’attire peu et un Etat qui, manquant d’expérience internationale, mène une politique maladroite: «Les Etats-Unis apportent aux grandes affaires des sentiments élémentaires et une politique compliquée.»

Il a eu lui-même l’occasion de le constater entre 1940 et 1945, lorsque le président américain Roosevelt a malencontreusement joué la carte du régime de Vichy puis du général Giraud plutôt que celle de la France Libre, et qu’il s’est laissé berner par Staline à Yalta.

Les Etats-Unis se sentent en outre investis d’une mission providentielle que de Gaulle ressent instinctivement comme un empiètement sur la vocation mondiale de la France, avec laquelle elle entre d’autant plus en concurrence qu’elle est à peu près identique: la défense de la liberté, des droits de l’homme, des peuples opprimés. «Tout en pensant que l’Amérique est indispensable au monde, je ne souhaite pas la voir s’ériger en juge et gendarme universels.»

Aussi de Gaulle lutte-t-il contre la domination américaine partout où il en estime le poids excessif. Dans le Nouveau Monde en particulier, il souhaite voir l’Amérique du sud devenir un «continent économiquement puissant et politiquement indépendant» et le Canada dans son entier refuser d’être «une succursale des Etats-Unis».

Sa grande ambition, qu’il n’a pu qu’à peine esquisser, c’est de battre en brèche la domination anglo-saxonne dans le monde en lui opposant le contrepoids latin, francophone, hispanophone et lusophone: «Pourquoi ne point espérer voir paraître un jour, de part et d’autre de l’Atlantique, un monde latin uni et renouvelé ?» Son refus de l’entrée de la Grande Bretagne dans la Communauté européenne, son retrait de l’OTAN, son soutien au nationalisme québécois, comme son voyage de 1964 en Amérique latine et son discours de Mexico, s’inscrivent aussi dans cette perspective.

Le gaullisme, c’est l’amitié traditionnelle avec les Etats-Unis. Mais c’est également une volonté d’affranchissement de tout le monde occidental de la prépondérance économique, politique, culturelle anglo-saxonne.

Francis Choisel

 

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