Fiche sur le gaullisme rédigée pour le centenaire du général de Gaulle.
(Inédit, 1990)

De Gaulle et le libre échange

«La compétition internationale, c’est le levier qui peut soulever
le monde de nos entreprises, les contraindre à la productivité,
les amener à s’assembler, les entraîner à la lutte au dehors.»
(Mémoires d'Espoir)

Pour le général de Gaulle, l’affrontement entre les peuples, qui prit longtemps la forme des conflits militaires, se transforme aujourd’hui en une compétition économique. Il s’en réjouit car cela ne peut être que bénéfique pour la paix du monde: «Que chaque peuple transforme en émulation créatrice et productrice par rapport aux autres nations ce qui fut et demeure trop souvent rivalité d’ambition.»

A cette compétition, la France doit participer. Ses entreprises ne doivent pas s’enfermer frileusement derrière une ligne Maginot douanière. L’air du grand large leur fera le plus grand bien: «C’est une certaine sécurité, mais une médiocrité certaine, que les barrières de douanes ont apportées à notre industrie, à notre agriculture, à notre commerce. Au contraire, la compétition leur fera tout à la fois courir des risques et sentir l’aiguillon. On peut penser que dans le combat, l’économie française adaptera son équipement, son esprit d’entreprise, ses méthodes, aux exigences de la productivité et fera de l’expansion au dehors le critérium de la réussite.» Il faut ouvrir les frontières pour stimuler l’économie.

Mais il ne s’agit pas pour autant d’accepter passivement les lois du marché mondial ou de se soumettre au bon plaisir des entreprises multinationales étrangères. De Gaulle n’est pas un adepte de la division internationale du travail. Le but de l’ouverture des frontières, c’est de partir à la conquête des marchés extérieurs et d’assurer la puissance économique de la France, pas d’être envahi par les produits ou les capitaux étrangers. Aussi le libre échange a-t-il des limites.

C’est pourquoi le général de Gaulle fut un fervent partisan de la suppression des frontières douanières à l’intérieur de la Communauté européenne et qu’il accéléra sur ce point l’application du traité de Rome. Mais parallèlement, il souhaitait un renforcement des frontières extérieures du Marché commun, en particulier en matière agricole; et il s’opposa toujours à la volonté des Etats-Unis de noyer l’Europe communautaire dans une vaste zone de libre échange atlantique voire mondiale.

Francis Choisel

 

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