Fiche sur le gaullisme publiée pour le centenaire du général de Gaulle dans Boulogne-Billancourt Avenir, journal édité par Georges Gorse, député-maire, ancien ministre du général de Gaulle et de Georges Pompidou.
(mars 1990)

De Gaulle et la question ouvrière

«Opérer un changement de condition morale
qui fasse de l'Homme un responsable au lieu d'être un instrument»
(Mémoires d'Espoir)

De Gaulle est très critique vis-à-vis de l'organisation économique et sociale née au dix-neuvième siècle de la révolution industrielle et du capitalisme libéral: «Un jour, la machine est apparue. Le capital l'a épousée. Le couple a pris possession du monde. Dès lors, beaucoup d'hommes, surtout les ouvriers, sont tombés sous sa dépendance. Liés aux machines quant à leur travail, au patron quant à leur salaire, ils se sentent moralement réduits et matériellement menacés.»

Il s'attaque au capitalisme qui, «du point de vue de l'Homme, n'offre pas de solution satisfaisante». Mais il combat tout autant «le communisme écrasant» dans lequel «l'individu n'a pas de prise sur son destin». Symétriquement, donc, il repousse le matérialisme de la société de consommation et celui des régimes totalitaires marxistes.

Pour de Gaulle, l'économie est au service de l'Homme et non l'Homme au service de l'économie. L'organisation économique tout entière doit tendre vers le progrès social, c'est-à-dire vers l'amélioration matérielle des conditions de vie et de travail des salariés. Et plus encore vers le bonheur de chacun d'eux, vers leur épanouissement. C'est ce qu'il appelle «assurer en définitive le triomphe de l'esprit sur la matière».

Pour cela, il propose la «participation», qu'il a d'abord appelée «association capital-travail»: les salariés doivent être considérés comme de véritables associés, au même titre que les actionnaires. Ils doivent avoir leur part dans les bénéfices réalisés par leurs efforts. Ils doivent participer aux décisions dans l'organisation de leur travail, être informés de la marche de l'entreprise et être consultés sur leur devenir, c'est-à-dire participer aux responsabilités. Ils doivent enfin être associés au capital de l'entreprise qu'ils contribuent à développer, c'est-à-dire en être en partie propriétaires.

De Gaulle fut ainsi à l'origine des comités d'entreprise en 1945; et il facilita la participation aux bénéfices par les ordonnances de 1959 et de 1967. L'actionnariat ouvrier, encouragé sous la présidence de Georges Pompidou puis, par le gouvernement d'Edouard Balladur, est une forme de participation au capital.

Le gaullisme,c'est la démocratie étendue à l'économie, c'est la dimension humaine prise en compte dans l'organisation du travail.

Francis Choisel

 

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