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Allocution prononcée le 12 novembre 1988 à Boulogne-Billancourt.
(rédigée par Francis Choisel, prononcée par M. Georges Askinazi, président du Comité d’entente des anciens combattants et victimes de guerre.

Hommage aux Vainqueurs de 1918

Il y a 70 ans, le clairon sonnait l’arrêt des hostilités. L’armistice venait d’être signé par l’Allemagne. La Grande Guerre s’achevait, la plus terrible, la plus coûteuse des guerres qu’on avait connues jusque là.

Vos souffrances prenaient fin. Vous alliez pouvoir retrouver vos familles. Vous étiez passés à travers les balles et les éclats d’obus. Vous sortiez vivants de cette dangereuse et douloureuse épreuve. Hier, nous avons célébré officiellement le souvenir de ce jour, le souvenir de la paix retrouvée.

Mais nous avons surtout célébré la victoire, notre victoire, votre victoire. Nous avons rendu hommage au maréchal Foch, dont l’énergie dans les derniers mois de la guerre, a été déterminante pour que nos armées arrachent la décision. Nous avons rendu hommage à Clemenceau, qui a été pour l’arrière ce que Foch fut pour le front : l’âme de la lutte. Nous avons rendu hommage à Pétain, dont la stratégie économe en vies humaines a épargné tant d’entre vous, et qui a tant contribué à la victoire ; et à Joffre dont le sang froid et la ténacité ont permis de faire face au premier choc de 1914.

Nous avons rendu hommage encore et surtout à vos camarades dont le sang s’est mêlé à la terre de la patrie pour que soit préservée notre liberté. Nous vous avons rendu hommage, enfin, à vous combattants qui avez survécu, qui avez eu le bonheur de connaître les jours radieux de la paix victorieuse.

*

Cette guerre, selon une certaine mode, est parfois qualifiée aujourd’hui de guerre civile, de guerre fratricide. Certains, ignorants du passé et de l’Histoire, osent même parler de guerre inutile. Et pourtant ! Que de bouleversements sont nés de votre victoire !

Et d’abord pour la France. Encore sous le choc de la défaite de 1871 lorsqu’en août 1914 elle était agressée par l’Allemagne, la France sortait du conflit en 1918 comme la puissance la plus forte, la plus respectée, la plus auréolée de gloire, en même temps que la plus meurtrie. Cette victoire alliée était celle de la France, celle de ses soldats –les plus nombreux – celle de ses généraux – qui commandaient sur tous les théâtres d’opérations - celle de ses chars et de ses canons – qui équipaient toutes les armées alliées -, celle de ses principes de démocratie, de liberté et de droit des peuples à disposer d’eux-mêmes – qui triomphaient partout. La Conférence de la paix s’est tenue à Paris. Les traités ont été signés à Versailles, Saint-Germain, Neuilly, Sèvres. Ce n’est pas par hasard. La France avait été au cœur de la coalition.

Mais surtout, grâce à vous, l’Alsace et la Lorraine redevenaient françaises, comme elles le souhaitaient. Grâce à vous, nous arrachions le Liban et la Syrie à la domination turque, le Cameroun et le Togo à l’Allemagne, pour arrondir notre empire colonial.

Grâce à vous aussi, renaissait la Pologne. Grâce à vous les Italiens du Trentin et de l’Istrie étaient libérés du joug autrichien. Grâce à vous la création de la Yougoslavie et l’affranchissement des Croates, des Slovènes et des Serbes d’Autriche. Grâce à vous l’indépendance de la Hongrie. Le doublement du territoire de la Roumanie. La création de la Tchécoslovaquie. L’indépendance de la Finlande et des pays baltes.

Les résultats obtenus ont été à la mesure de l’effort immense que vous avez consenti. Ils sont aussi importants que les bouleversements de l’époque napoléonienne. Et la carte de l’Europe d’aujourd’hui est encore, à peu de choses près, telle que vous l’avez façonnée.

Oui. Les frontières des États européens d’aujourd’hui, c’est vous et vous seuls avec votre sang et avec vos armes, qui les avez dessinées. Car sans vous, les diplomates et les chefs d’État n’auraient rien pu faire.

*

Cette guerre est une guerre qu’on n’oubliera pas. Pas plus que les croisades, la guerre de Cents Ans ou l’épopée napoléonienne. Comme elles, votre victoire est inscrite dans l’histoire pour la postérité. Les générations à venir continueront à en garder la mémoire. Et, d’une certaine façon, à travers les livres qui témoignent de ce vous avez fait, vous avez atteint une sorte d’immortalité.

Francis Choisel

 

 

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