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Notice publiée dans le bulletin du Cercle d’études et de
recherches sur le bonapartisme (C.E.R.B., 1999).
Le docteur Henri Conneau
CONNEAU (Enrico, François, Alexandre, dit Henri [1])
Né à Milan le 4 juin 1803, mort à La
Porta d’Ampugnani (Corse), le 16 août 1877.
Médecin de la reine Hortense à
Arenenberg, médecin du Président de la République, premier médecin de
l’Empereur, chef du service de santé de la Maison de l’Empereur,
directeur des dons et legs, député de la Somme de 1852 à 1867, sénateur
de 1867 à 1870.
Fils d’un officier
payeur de l’armée d’Italie originaire de Servan, dans l’Hérault, Henri
Conneau naquit à Milan et vécut son enfance à Arrezo, en Toscane, où son
père fut nommé percepteur de la Couronne, puis à Florence, où il
accomplit à partir de 1820 des études de médecine. Cette même année,
pendant quelques mois, il fut le secrétaire de Louis Bonaparte, le frère
de Napoléon, qui résidait également dans cette ville, et fit la
connaissance du frère aîné du futur Napoléon III. Reçu docteur en
chirurgie en 1827, il s’installa l’année suivante à Rome pour y exercer
son art, et participa, au côté de Napoléon-Louis et de Louis-Napoléon
Bonaparte qu’il hébergea secrètement, à la révolte de 1831 contre le
Pape, à Rome et en Romagne.
Cette équipée
malheureuse, qui le contraignit à fuir l’Italie, resserra ses liens avec
la famille Bonaparte : la reine Hortense l’accueillit dans sa propriété
d’Arenenberg et en fit son médecin particulier. Il y devint aussi le
secrétaire et le confident du prince Louis-Napoléon, participant à la
vie familiale, et occupant ses loisirs à des expériences scientifiques,
notamment chimiques, ou à des parties d’échecs. Après quelques années
passées en Suisse, il décida en 1836 de rentrer à Florence, mais,
apprenant le complot manqué de Strasbourg et l’état de la Reine
Hortense, inquiète du sort de son fils et dont la santé s’aggravait, il
revint à ses côtés. Le 5 octobre 1837 au matin, c’est en sa présence et
celle de Louis-Napoléon revenu d’Amérique où Louis-Philippe l’avait
expédié, que mourut la reine Hortense. «Le pauvre Conneau éclata en
sanglots» nous rapporte Valérie Masuyer. Il dut ensuite procéder à
l’autopsie et à l’embaumement.
Dans son testament,
la défunte, qui le gratifia de deux mille francs «en souvenir de son
dévouement», émit le souhait que Louis-Napoléon pût «le garder auprès de
lui». Les deux hommes se considérèrent dès lors, au-delà de l’amitié qui
les unissait, comme liés l’un à l’autre par cette dernière volonté.
«La
reine voulut bien se souvenir de moi dans son testament, expliqua
Conneau quelques années plus tard. Elle me pria de rester auprès de son
fils, de lui consacrer ma vie. Une telle prière pour moi, c’était un
ordre.» Ce qui était une interprétation quelque peu extensive des termes
du testament…
S’il n’était pas du
complot de Strasbourg, Conneau, en revanche, participa activement à la
préparation de celui de Boulogne, quoique dans un rôle secondaire,
prenant en note, sous la dictée de Louis-Napoléon, les dispositions
retenues, achetant la presse nécessaire pour imprimer discrètement les
proclamations, et allant même jusqu’à coudre lui-même les boutons des
uniformes confectionnés pour l’occasion. Le jour du déclenchement,
responsable de l’arrière-garde de la petite troupe, il fut arrêté comme
l’ensemble des conjurés et traduit avec eux un peu plus tard devant la
Cour des Pairs, qui le condamna à seulement cinq années de prison.
Ayant demandé à
suivre le prince Louis-Napoléon au fort de Ham, il y partagea sa
captivité, au delà même de sa propre peine puisque, renonçant en 1844 au
bénéfice d’une amnistie, il obtint de rester auprès de lui pour le
soigner et lui tenir compagnie. Considéré par un rapport de police comme
«un homme de caractère tranquille et inoffensif», il put sortir
librement à partir de 1845, ce qui lui permit l’année suivante d’acheter
la perruque et le blouson d’ouvrier avec lesquels le prince s’évada du
fort de Ham. C’est d’ailleurs le docteur Conneau qui usa à l’aide d’une
pierre ponce et salit ce déguisement pour le rendre plus réaliste. Et,
une fois le prince échappé, il installa dans son lit un mannequin et fit
croire à une indisposition, stratagème qui retarda la découverte de
l’évasion, de telle sorte que Louis-Napoléon se trouvait hors d’atteinte
en Belgique quand l’alerte fut donnée. Pour cette complicité, il ne fut,
condamné qu’à trois mois d’emprisonnement.
Ayant rejoint le
prince Louis-Napoléon à Londres, il en reçut en remerciement un cabinet
médical qui lui permit de subvenir à ses besoins. Et, lorsque le roi
Louis mourut quelques mois plus tard, il fut chargé de ramener en
France sa dépouille mortelle et celle de son fils aîné, Napoléon-Louis,
enterré en Italie depuis sa mort en 1831, et qu’il avait d’ailleurs déjà
accompagné, à cette époque, jusqu’à sa sépulture.
En 1848, la
République étant proclamée à Paris, Conneau accompagna son prince en
France et, de nationalité italienne, il demanda et obtint sa
naturalisation, malgré son sentiment profond : «Je sens qu’au fond de
mon cœur, je suis, j’ai été et je serai toujours italien.»[2]
Le destin, qui l’avait jusque là amené à partager les malheurs de
Louis-Napoléon, le conduisit désormais à accompagner ses succès : il
devint médecin du Président de la République, appointé à six mille
francs par an, et chirurgien major de la Garde nationale de la Seine, et
il fut décoré de la Légion d’honneur en 1849.
Il se présenta à
l’élection législative dans le département de la Somme, où son rôle dans
l’évasion de Ham avait fait grand bruit : «Si votre intention est de
consolider l’œuvre du 10 décembre, […] vous porterez vos choix sur les
hommes dévoués à la personne du Président de la République et à ses
principes politiques. Je suis un de ces hommes […]. Mon passé vous
répond de l’avenir.» Il ne fut pas élu et, d’ailleurs, ne semblait guère
apprécier la politique : «Combien j’étais plus heureux en prison qu’à la
Présidence ! Alors je croyais les hommes bons et désintéressés, et
maintenant je les vois tels qu’ils sont, vils, égoïstes et lâches. […]
Si ce n’était par égard pour le prince, j’aurais pris le parti de
quitter Paris et de me retirer dans un endroit éloigné où je n’aurais pu
entendre parler ni de la politique ni d’aucune chose semblable. […]
Parmi tout cet essaim d’hommes corrompus et égoïstes, je ne vois qu’un
seul homme que j’estime et que j’aime, et c’est notre prince.»[3]
En 1852, avec la
République décennale, ses appointements furent doublés et, avec le
rétablissement de l’Empire, il reçut le titre de premier médecin de
l’Empereur, chef du service de santé de sa Maison, poste surtout
honorifique qui lui rapportait trente mille francs par an, et qui fut
complété par la fonction de directeur des dons et secours. Il participa
à diverse commissions médicales, devint associé libre de l’académie de
médecine en 1853, et fut promu officier cette même année, puis, en 1856,
commandeur, dans l’ordre de la Légion d’honneur.
Parallèlement, il
réussit en 1852 à se faire élire député officiel de la troisième
circonscription de la Somme (arrondissements de Péronne et Montdidier)
par 22.622 voix sur 32.422 électeurs inscrits. Il fut réélu en 1857 avec
16.557 voix et en 1863 avec 20.355 voix. Son seul argument de campagne,
comme en 1849, consistait à faire valoir «ses antécédents», gages de
«sa
fidélité à l’Empereur». Et il reconnaissait modestement, dans l’une de
ses circulaires électorales, n’avoir apporté qu’un «faible concours aux
grandes choses […] qui ont porté si haut le nom de l’Empereur et la
prépondérance de la France». Malgré quelques rapports dont il fut
chargé, son action fut en effet assez réduite, de telle sorte que la
gazette locale put ainsi résumer son action : «M. Conneau, rarement
visible, passait à tort ou à raison, pour ne point s’intéresser assez
activement aux affaires du pays.»[4]
Il n’en fut pas moins promu au Sénat le 18 novembre 1867 et y siégea, en
s’y faisant encore moins remarquer qu’au Corps législatif, jusqu’à la
fin de l’Empire.
En revanche, ses
liens avec l’Italie comme avec la personne de l’Empereur firent de lui
un intermédiaire précieux pour la réalisation de l’unité italienne, à
laquelle il était favorable : «[C’est] un homme sûr et intelligent […]
qui est du pays.»[5]
estimait Louis-Napoléon de longue date. Critique en 1849 face à
l’expédition de Rome, ayant contribué en 1852 au renvoi de Butenval,
ministre de France à Turin trop peu favorable au Piémont, il entretint
sous l’Empire une correspondance officieuse avec le comte Arese, qui
permettait à Cavour et à Napoléon III de maintenir un contact discret.
En mai 1858, il fut même envoyé sur place pour préparer diplomatiquement
la guerre contre l’Autriche. «L’Empereur […] évitera autant que possible
de se réconcilier avec l’Autriche sur les points en discussion,
écrivait-il à Cavour avant son départ. […] Mais ce qu’ [il] demande à
votre Excellence, c’est d’avoir grand soin de ne pas froisser la Russie.
[…] Je serai à Turin vers la fin du mois et je vous apporterai
confirmation de ce que je vous annonce brièvement aujourd’hui.» C’est
lui, semble-t-il, qui eut à ce moment l’idée de l’entrevue secrète de
Plombières entre Napoléon III et Cavour. Ensuite, durant la guerre, il
accompagna l’Empereur en Italie et put ainsi assister à l’entrée
triomphale des troupes franco-piémontaises dans sa ville natale, Milan,
libérée du joug autrichien.
Marié tardivement, en
1853, à l’âge de cinquante ans avec une jeune enfant de quatorze ans et
demi, Juliette Pasqualini, fille d’un vieil ami corse et petite nièce du
maréchal Sébatiani, il devint conseiller général de La Porta d’Ampugnani,
dans l’île dont était issue sa belle famille. Il y encouragea l’élevage
du ver à soie et y fut à l’origine d’un système de soins gratuits, mais
ne réussit pas à y faire décider la construction d’un réseau de chemin
de fer.
Après la défaite de
Sedan et la chute de l’Empire, Conneau, qui avait suivi Napoléon III aux
armées, l’accompagna dans sa captivité à Wilhemshöhe puis dans son exil
en Angleterre, qu’il adoucit par sa présence : «C’était toujours un
plaisir […] d’entendre le docteur […] parler de choses même sans
importance. Car sa façon de dire était toujours très amusante, son
jugement juste, et il savait en peu de mots dépeindre toute une
situation avec clarté et précision.»[6]
C’est à lui que furent adressées, le 9 janvier 1873, les dernières
paroles de l’Empereur déchu : «Conneau, étais-tu à Sedan ?»,
justifiant
ainsi ce jugement qu’il avait porté sur lui à la fin de son premier
exil : «Conneau est une de ces âmes rares et inappréciables, modelée sur
les plus grandes des temps antiques; il est à la fois plein de courage
dans les dangers et plein de constance dans les épreuves; son
désintéressement est sans bornes, et il couronne toutes ces qualités par
la plus noble de toutes : la fidélité au malheur.»
Fortement affecté par
la disparition de cet ami — presque un frère — qu’il n’avait
pratiquement pas quitté depuis quarante ans, Conneau revint terminer ses
jours en France, se partageant entre Paris et la Corse où il avait
acquis une propriété en 1852, où il avait obtenu la reconduction de son
mandat de conseiller général, et où il mourut en août 1877. L’année
précédente, il avait revu une dernière fois Florence à l’occasion d’un
voyage où il avait servi de guide à l’Impératrice.
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Son épouse lui survécut jusqu’en
1906, subvenant à ses besoins en ouvrant un cours de chant au public
très aristocratique. En raison de ses dons naturels et de son
attrait pour cet art, son père avait en effet posé comme condition
au mariage qu’elle y fût sérieusement formée.
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Son fils, Louis Conneau, né
le 9 janvier 1856 à Paris, grandit à la Cour avec le Prince impérial
— né quelques semaines après lui et qui développa une grande
affection presque filiale pour le docteur Conneau — puis poursuivit
avec lui ses études à Londres et à l’académie militaire de Woolwich.
Il termina sa carrière comme général.
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Sa fille, Henriette, suivit
les traces de sa mère en devenant cantatrice.
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Son neveu, Eugène Conneau, né
en 1835, devint officier d’ordonnance de l’Empereur en 1867.
Bibliographie
Le
docteur Henri Conneau (1803-1977), fidèle de Napoléon III,
d’Emmanuelle Papot, mémoire de maîtrise
sous la direction de Francis Choisel, Institut Catholique de Paris,
1999, 160 p. dactyl. dont annexes.
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[1]En 1848,
Enrico Conneau se fit naturaliser Français et se fit alors
appeler Henri. L’acte de naturalisation porte en outre, comme
troisième prénom, Eugène au lieu d’Alexandre.
[2] Lettre du 4
juin 1849 au comte Arese.
[4] Gazette de
Péronne, 21 juin 1868.
[5] Lettre du
28 janvier 1845. à Hortense Cornu.
[6] Général-comte
de Monts, La captivité de Napoléon III en Allemagne, Paris,
1910, p.60.
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