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Allocution prononcée le 11 novembre 1988 devant le monument aux morts de Boulogne-Billancourt.Hommage au Maréchal Foch1918. – Voici un an, Nicolas II, tsar de toutes les Russies, a été chassé du trône. Depuis quelques mois, les bolcheviques ont installé leur dictature. La guerre civile fait rage. La Russie est en pleine décomposition. Lénine vient d’accepter un armistice et signe une paix séparée avec l’Allemagne et avec l’Autriche-Hongrie. L’armée russe, anéantie, cesse le combat contre l’ennemi.Dès lors, l’Allemagne est délivrée du front oriental. Elle peut concentrer tous ses moyens contre les armées franco-britanniques. Le 21 mars, en Picardie, le général Ludendorff engage la bataille décisive, qui dans son esprit, doit consommer la défaite de la France.L’heure de Foch a sonné.*Ancien élève de l’École polytechnique, dont il est sorti en 1873, il y a acquis une solide culture scientifique et a servi dans l’artillerie, l’arme savante par excellence. Une arme qui avait été celle de Napoléon.Stagiaire à l’École supérieure de guerre en 1885, il y est revenu comme professeur de tactique générale et en a pris le commandement en 1907. Il possède au plus haut degré la faculté d’analyse et le goût du raisonnement. C’est un homme de réflexion, un théoricien de la guerre, qui a publié en 1903 des «Principes de la guerre» et en 1907 un ouvrage sur la «Conduite de la guerre». Son enseignement a marqué une génération d’officiers qui sont désormais aux postes de responsabilité.Mais Foch est aussi un homme d’action et un chef, au caractère énergique, à la volonté indomptable, à l’ardeur communicative, qui a voué sa vie à la préparation de la revanche contre l’Allemagne, pour laver l’humiliation, de la défaite de 1871 et reconquérir nos provinces perdues d’Alsace et de Lorraine.Ancien élève des Jésuites, Ferdinand Foch est enfin profondément croyant. C’est un homme de foi.Commandant le XXème Corps d’armée de Nancy en août 1914, il a participé aux premiers engagements de la guerre, dans la bataille dite «des frontières». Puis, mis à la tête de la IXème Armée, au sud de Reims, il a pris sa part dans la victoire de la Marne, en septembre, notamment en s’illustrant par sa contre-attaque des marais de Saint-Gond. Il a ensuite été promu adjoint du généralissime Joffre et a coordonné à ce titre les armées françaises, anglaises et belges dans la bataille des Flandres. Nommé au commandement du groupe d’armées du Nord, il a lancé en 1915 les offensives de printemps et d’automne en Artois et en 1916, celle de la Somme. En 1917, il est intervenu comme conseiller pour aider les Italiens à réparer le désastre de Caporetto.*Mais en ce 21 mars 1918, lorsque Ludendorff lance son attaque en Picardie, Foch n’est pas à un poste de commandement. Il est chef d’état-major général de l’Armée, autrement dit collaborateur du ministre pour la conduite de la guerre.Il avait prévu l’attaque allemande. Il avait proposé un plan pour y répondre. Il avait recommandé un commandement unique sur l’ensemble du front. Il n’a pas été écouté. Or les Allemands attaquent précisément à la jointure entre les armées britanniques du maréchal Haig et les armées françaises commandées par le général Pétain. Après cinq jours de combats, la situation est critique pour les Alliés. Le front anglais, sur lequel porte l’effort principal, est enfoncé. Les Britanniques sont en passe d’être rejetés à la mer. Pétain de son côté, sombre dans le pessimisme.Les revers sont d’abord dus au manque de coordination entre Haig et Pétain. Alors, face au péril, la raison l’emporte. Un commandement unique interallié est enfin constitué. Il va de soi qu’un chef français doit en prendre la tête. Ce ne peut être que Foch. Aucun autre nom que le sien n’a été avancé. Entre ses mains repose désormais le sort de la coalition.Il donne l’ordre de tenir sur place, retrempe les volontés, organise les renforts, engage ses réserves au bon endroit, au bon moment, avec parcimonie, et parvient à briser l’offensive allemande. Ludendorff tente de relancer l’action dans les Flandres en avril, puis sur l’Aisne en mai, sans obtenir du succès décisif. Mais en juillet, en Champagne, le front est à nouveau percé. Ludendorff pousse son avantage. Foch réorganise son dispositif. C’est la seconde bataille de la Marne. A nouveau l’ennemi est stoppé de justesse.Sans laisser aux armées alliées le temps de souffler, ni à celles de l’ennemi la possibilité de se ressaisir, Foch prend aussitôt l’initiative. Il en cherchait l’occasion depuis trois mois. Son tempérament comme sa doctrine le portent à l’offensive. Celle-ci le mènera jusqu’à la victoire finale.Le 18 juillet, dans la région de Château-Thierry, sous les ordres des généraux Mangin et Degouttes, 2000 canons pilonnent les positions allemandes, 500 chars français s’élancent, appuyés par toute l'aviation disponible. Les fantassins suivent. Ludendorff recule. En août et septembre, Foch, promu maréchal de France, reprend par diverses offensives partielles tout le terrain perdu depuis mars. En octobre, il engage sur le front l’offensive générale. Les armées allemandes refluent. Les troupes sont démoralisées. Ludendorff ne croit plus à la victoire. Guillaume II songe à déposer les armes au plutôt.Foch s’apprête alors à donner le coup de grâce à l’Allemagne en coupant la retraite des armées ennemies par une offensive en Lorraine en direction du Nord. L’armistice l’interrompt dans son irrésistible élan. C’est la victoire. C’est sa victoire.*Il y a exactement soixante-dix ans, jour pour jour, Foch signait l’armistice de Rethondes qui mettait un terme à la Première Guerre mondiale. Nous en célébrons, aujourd’hui le souvenir. Souvenir de la paix retrouvée. Mais aussi et surtout souvenir de la victoire.Car ce qu’il s’agit d’exalter, ce n’est pas le ressort qui se détend après l’effort. C’est l’effort lui-même, ce sont les vertus qui ont assuré le triomphe de nos armes, c’est l’héroïsme des soldats qui ont combattu, c’est l’esprit de sacrifice de ceux qui ont conduit la nation au succès.Foch fait partie de ces chefs exceptionnels, de ces hommes dont on doit garder le souvenir parce qu’ils sont pour nous des exemples.Méditons cette phrase de Foch : «On n’est vaincu que lorsqu’on s’avoue vaincu.» Et cette autre : «Le vainqueur sur-le-champ de bataille, c’est celui qui sait tenir un quart d’heure de plus.» Sa vie en est la démonstration. Elle nous enseigne qu’on n’obtient la victoire qu’à force de le vouloir.Francis Choisel |
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