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Notice publiée dans le bulletin du  Cercle d’études et de recherches sur le bonapartisme (C.E.R.B., 1999).

Maurice Richard

RICHARD (Maurice, Louis) Né à Paris, le 26 octobre 1832, mort à Paris, le 4 novembre 1888.
Député au Corps législatif, ministre de Napoléon III et d'Émile Ollivier.

 

Deuxième enfant d'un riche avocat d'affaire protégé du duc de La Rochefoucauld-Liancourt, Maurice Richard naquit à Paris et vécut une partie de son enfance dans la propriété familiale de Breteuil puis dans le château dont son père fit l'acquisition à Millemont dans l'Oise. Placé en pension au collège Sainte-Barbe afin de discipliner son caractère un peu vif, il s'orienta ensuite vers des études de droit et obtint sa licence en 1853.

Désigné par le sort à cette date pour effectuer son service militaire, il en fut déchargé par l'achat d'un remplaçant, comme le lui permettait la législation d'alors; et, après un voyage en compagnie de son jeune frère en Suisse, qu'il avait découverte en famille quelques années plus tôt, il s'inscrivit au barreau de Paris puis compléta son éducation juridique en secondant son père dans ses affaires, avant d'entrer chez un avoué puis chez un notaire. Il épousa en 1859 la fille de ce dernier, Amélie Estienne, qui mourut l'année suivante après avoir donné naissance à leur fille Jeanne.

Élu cette même année au conseil municipal de Millemont, il se présenta en indépendant à l'élection législative du 31 mai 1863 dans la quatrième circonscription de la Seine-et-Oise. à côté de deux autres candidats, et face au général Mellinet, candidat officiel, héros de Sébastopol et de Magenta, commandant supérieur de la garde nationale de la Seine. Devancé au premier tour d'un petit millier de voix (9.679 contre 10.751), il réussit à renverser la situation au deuxième tour malgré le maintien d'un troisième candidat et l'emporta largement : 13.527 voix contre 9.570. «La renommée aux cent voix, commenta un ecclésiastique local dans un discours de distribution des prix, prenant sur les hauteurs du petit hameau de Millemont le nom de cet homme de bien, le porta bientôt au travers de tous nos cantons jusque dans la plus humble chaumière; et bientôt nous vîmes avec autant de joie que d'étonnement sortir vainqueur de l'urne électorale ce nom déjà fameux de Maurice Richard, je dis fameux tant l'homme avait été discuté, pesé, balancé dans l'opinion publique ! Heureux, Monsieur, trois fois heureux, qui sait à votre âge mériter un pareil honneur !»

À trente-et-un ans, en effet, il entrait parmi les plus jeunes au Palais Bourbon, où il vint s'installer à côté d'Émile Ollivier. «La nuance cléricale de Buffet l'éloignant, il vint prendre place à côté de moi, précise ce dernier, et depuis [il] n'a cessé d'être un collaborateur dévoué et un ami très cher.»[1] Comme lui dans l'opposition, il acceptait cependant l'Empire, à condition que celui-ci évoluât résolument dans un sens libéral. Ainsi vota-t-il tantôt avec la majorité, tantôt contre elle, sans d'ailleurs conformer systématiquement ses positions à celles d'Émile Ollivier.

Il s'intéressait tout particulièrement aux questions touchant à l'instruction publique, à l'occasion desquelles il prenait la parole en séance, dans un sens raisonnablement progressiste : il était favorable à l'allongement de la scolarité jusqu'à quatorze ans (au lieu de douze), à la gratuité dans une certaine mesure, à l'amélioration du sort des instituteurs, à la liberté de l'enseignement; et il approuva la réintroduction par Duruy de l'enseignement de la philosophie à la fin des études secondaires.

Il vota en 1864 la loi fort controversée sur les coalitions, rapportée par Ollivier, qui reconnaissait le droit de grève. En 1866, lors de la discussion de l'adresse, il appuya l'amendement libéral des 42, se trouvant d'ailleurs avec d'autres à l'origine de la réunion qui aboutit à sa rédaction. En 1868, il s'opposa, avec un manque de discernement partagé par nombre de ses collègues, à la loi Niel sur le recrutement militaire : «Je voterai contre le projet de loi pour trois motifs : d'abord parce que je ne crois pas que le Corps législatif ait le droit de le voter sans avoir fait renouveler son mandat. Ensuite parce qu'il charge outre mesure le pays dans le présent et qu'il compromet son avenir. Enfin parce qu'il mène à une guerre qui, je le crois, aura les plus tristes résultats pour la civilisation, pour le progrès et pour les libertés. […] Je vois avec terreur une guerre effroyable et à une prochaine échéance, si la loi est votée. Messieurs, faut-il donc, pour assurer notre sécurité, arriver à toutes ces fatales conséquence ? Non, à mon sens, il suffit de ceci : il faut avoir une bonne politique, bien décidée, pacifique, et surtout avoir le don d'y faire croire.»

Aux élections législatives de 1869, il se présenta à nouveau devant les électeurs de la Seine-et-Oise : «Je vous ai promis de soutenir le gouvernement de l'Empereur et d'aider de toutes mes forces à tout progrès libéral. J'ai loyalement tenu promesse. Également éloigné de l'opposition systématique et de l'approbation systématique, j'ai étudié et jugé chaque chose avec la plus complète indépendance, en ne recherchant que l'intérêt du pays. Mon but a toujours été la liberté, mais la liberté sans la révolution, la liberté avec l'Empire. […] Pour l'avenir, mon programme est facile à formuler. Toute la politique se traduit par des questions d'impôts en hommes ou en argent; ces impôts sont trop lourds aujourd'hui, il faut que cette charge si pesante soit allégée. Mais pour être certain que ce bienfait se réalise, il faut d'abord que le pays soit réellement représenté par une Chambre librement élue, sans candidatures officielles, composée de députés absolument indépendants et venant, dans la décision de vos affaires, peser de tout le poids de votre volonté.»[2] Malgré le léger remaniement des limites de sa circonscription, il fut élu au premier tour par 16.780 voix contre 11.008 face à Ernest Baroche, le fils du ministre de Napoléon III, et à deux autres candidats.

Lorsqu'à la suite de ces élections, Émile Ollivier fut chargé de constituer un gouvernement selon les règles du parlementarisme, Maurice Richard, qui avait incité son ami à accepter la proposition, devint ministre. Mais en raison de son jeune âge, ni le portefeuille des Travaux publics auquel Ollivier avait songé pour lui, ni celui de l'Instruction publique qu'il espérait probablement, ne lui furent confiés. On en tailla un pour lui sur mesure, aux attributions plus modestes : «La création du ministère des Beaux-Arts, écrivit Ollivier à Napoléon III, réclamée depuis longtemps, aura l'avantage de donner un poste à mon ami Maurice Richard. Plus tard, elle vous permettra d'introduire aux affaires certaines individualités considérables qui ne pourraient y avoir accès autrement.» C'est la raison pour laquelle on le surnomma ministre de l'amitié…

Le nouveau ministère hérita en fait de peu de services. La Maison de l'Empereur garda les musées, la manufacture de Sèvres et celle des Gobelins; l'Instruction publique, les encouragements aux lettres et l'Institut; le Commerce, les établissements d'art industriel. Il ne restait à Maurice Richard que les monuments historiques, l'École des Beaux-Arts de Paris et celle de Rome, les commandes d'œuvres d'art, les théâtres et, bizarrement, les haras. Encore faut-il constater qu'il arriva à Vaillant, ministre de la Maison de l'Empereur, de décider ou de signer à sa place… Et il eut même tant de difficulté à s'installer dans les appartements du Louvre qui lui avaient été attribués, que ses mésaventures inspirèrent largement la verve des satiristes.[3] Quelques semaines plus tard, la démission de trois ministres du centre gauche fut cependant l'occasion pour Maurice Richard, après avoir exercé l'intérim du ministère de l'Instruction publique du 14 avril au 15 mai, d'élargir ses attributions, ce que manifestait son nouveau titre de «ministre des Lettres, Sciences et Beaux-Arts»[4] : seule la direction des musées échappait désormais à son autorité.

Souhaitant libérer les artistes de la tutelle de l'État, il proposa dès son arrivée de «livrer aux artistes le Palais de l'Industrie chaque année pendant un nombre déterminé de mois et de leur accorder gratuitement le service de surveillance. Ils recueilleraient le prix des entrées, se grouperaient en une société qui, au bout de peu de temps, posséderait  des millions, car la moyenne des sommes perçues pendant chaque salon dépasse six cent mille francs. De la sorte, plus de quémanderies au ministère, plus de commandes de bienfaisance, plus de fonds de secours; les artistes auront au besoin leurs salles de vente et seront devenus assez riches pour faire bâtir un monument spécialement réservé à leur expositions.» C'était oublier que les artistes ne sont pas des hommes d'affaire et que, de surcroît il sont individualistes par nature. Un de leur délégués lui fit une réponse sans appel : «L'administration est faite pour nous débarrasser de bien des ennuis de vente et de marchandage; l'administration veut nous rendre libres, nous refusons de l'être.» Et le projet fut enterré.

Maurice Richard ne fut pas plus heureux en décernant la croix de chevalier de la légion d'honneur à Courbet et à Daumier : tous deux, tout en rendant hommage à l'intention du jeune ministre, la refusèrent. Parmi les dossiers qu'il eut à traiter et les autres décisions qu'il eut à prendre, on notera : la suspension des travaux du Louvre pour cause budgétaire, l'inscription de crédits pour la poursuite de la construction de l'Opéra, la nomination d'une commission pour étudier la réforme du conservatoire de musique, le remplacement du directeur démissionnaire du théâtre lyrique, le lancement d'une étude pour la création d'un théâtre populaire, une discussion avec les directeurs de théâtre sur le droit perçu au profit des pauvres, l'hommage à Berlioz mort l'année précédente, l'augmentation de 25 à 30 ans de l'âge maximum pour concourir au prix de Rome, l'adoption de l'élection par les artistes antérieurement primés comme mode de nomination du jury du Salon de peinture, et son indifférence à la découverte des arènes de Lutèce lors de travaux de terrassement.

Maurice Richard, dont l'honnêteté et le dévouement étaient reconnus par tous — il ouvrit même sa propre bourse pour suppléer aux insuffisances de son budget — réussit peu à peu à s'imposer à ce poste pour lequel il n'était pourtant pas préparé. Ainsi, lorsqu'au cours du débat budgétaire, le 29 juin, un député proposa de supprimer ce ministère qu'il qualifia d'inutile, le Corps législatif ne le suivit point, demandant même son renforcement : «Nous voterons le maintien du ministère des Lettres, Sciences et Beaux-Arts, parce que, selon nous, en principe l'existence d'un tel ministère est une bonne chose en France. Mais nous le voterons avec la pensée qu'il sera complété. J'exprime le vœu que la direction et la surveillance des musées, qui sont une partie de la richesse nationale, appartiennent désormais au ministre des Beaux-Arts.» La guerre, puis la chute du régime en décidèrent autrement : le ministère des Beaux-Arts ne survécut pas à la chute du ministère Ollivier, le 9 août. 

Après la défaite, remarié depuis avril 1870 à Hélène Bouruet-Aubertot, la fille d'un propriétaire de grand magasin, Maurice Richard resta fidèle à la famille impériale. C'est ainsi qu'il hébergea le prince Napoléon à Millemont, où celui-ci fut arrêté en 1872 pour être conduit en Suisse, et que des liens plus étroits s'établirent entre eux dans les années qui suivirent, les enfants du Prince passant leur vacance dans le château de l'ancien ministre des Beaux-Arts.

Candidat bonapartiste malheureux aux élections législatives de 1876, puis à nouveau en 1880, il conserva en revanche jusqu'à sa mort, en novembre 1888, le siège de conseiller général, élu par le canton de Montfort l'Amaury, qu'il occupait depuis son premier mandat législatif, et son poste de maire de Millemont, conquis en 1870.

Courbet qualifie Maurice Richard d'«homme de cœur». Madame Ollivier le décrit «aimable, naïf, incapable d'une malhonnêteté». Darimon, qui ne l'aime pas, le croit trop médiocre pour avoir l'idée d'une quelconque machination. Et Maxime du Camp ajoute que «rarement un homme de volonté meilleure, plus docile aux avis, essaya de faire plus de bien». Il était aussi travailleur, vertu que lui avait inculqué son père.

Maurice Richard restera pour la postérité le compagnon fidèle et sincère d'Émile Ollivier et le premier mais éphémère titulaire de ce qui est aujourd'hui le ministère de la Culture, placé entre Prosper Mérimée qui avait refusé quelques années plus tôt que le poste fût créé pour lui, et André Malraux pour qui il fut ressuscité un siècle plus tard par le général de Gaulle.

 

Bibliographie

Maurice Richard, ministre des Beaux-Arts sous le Second Empire (1832 -- 1888), de Frédérique Hérault, mémoire de maîtrise sous la direction de F. Choisel, Institut Catholique de Paris, 1998, 181 p. dactylographiées dont annexes.

 

Le C.E.R.B. (Cercle d’études et de recherches sur le bonapartisme) en ligne

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[1] Émile Ollivier, L'Empire libéral, t.12, p.238.
[2] Affiche électorale datée du 9 mai 1869.
[3] Dans un premier temps, Parieu, président du Conseil d'État, s' étant imposé au Louvre, il dut se replier dans l'hôtel de Rothelais-Charolais, au 101, rue de Grenelle.
[4] Décret du 15 mai.
 

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