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Notice publiée dans le bulletin du Cercle d’études et de
recherches sur le bonapartisme (C.E.R.B., janvier-février 1998).
Narcisse Vieillard
VIEILLARD (François?, Pierre?, Jacques?, Narcisse)
Né à Paris, le 2 5 janvier 1791, mort
à Paris, le 19 mai 1857.
Nommé sénateur le 26 janvier 1852.
Précepteur du frère aîné de Napoléon III, député de la Monarchie de
Juillet, représentant à l'Assemblée constituante et à l'Assemblée
législative.
Deuxième fils de
Pierre Jacques Vieillard, avocat du baillage de Coutances qui était
devenu représentant du tiers-état aux états généraux de 1789, Narcisse
Vieillard naquit à Paris, fut élevé à Saint-Lô jusqu'en 1800, suivit les
cours du prytanée national — futur lycée Louis-le-Grand — puis entra en
1809 à l'École polytechnique. Il en sortit en 1811, septième de sa
promotion, pour servir au 5ème régiment
d'artillerie à pied, au sein duquel il participa aux campagne de Russie
et d'Allemagne. Fait prisonnier à Dantzig en janvier 1814, il rentra en
France en octobre, fut muté au 8ème régiment d'artillerie, et abandonna
définitivement l'armée en septembre 1815, après le second retour des
Bourbons, avec le grade de capitaine et la croix de chevalier de la
légion d'honneur.
Sous la Restauration,
il manifesta son hostilité au régime par quelques pamphlets, et il
voyagea en Europe, où il se lia avec les Bonaparte en exil. En 1820, la
Reine Hortense le recommanda à son époux, pour l'éducation de son fils
aîné, Napoléon-Louis, le frère du futur Napoléon III. Le roi Louis le
trouva «aussi instruit qu'aimable»[1];
et le jeune homme apprécia son nouveau précepteur : «Il faudrait être
bien paresseux — écrivit-il — pour ne pas faire de progrès avec un tel
maître»[2].
Vieillard fut néanmoins congédié dès décembre 1821, malgré «son mérite
et ses talents», parce qu'«il profess(ait) hautement l'athéisme»[3].
Rentré à Paris, il se vit confier, en avril 1822, l'éducation d'un autre
rejeton de la famille Bonaparte: le comte Léon, fils naturel de Napoléon
1er. L'expérience fut moins heureuse — l'élève et le maître semblant
s'être peu appréciés — et ne dura guère plus: en janvier 1823, le comte
Léon s'échappa pour rejoindre sa mère en Allemagne.
Devenu un familier de
la Reine Hortense, il fit de nombreux séjours à Arenenberg, vint à son
chevet pour l'assister dans ses derniers instants et assista à ses
obsèques à Rueil. Il correspondait avec elle ainsi qu'avec
Louis-Napoléon dont il devint l'un des principaux confidents. Il éveilla
ce dernier au saint-simonisme: «Lorsque je parle de ces opinions — lui
écrivit un jour le futur empereur — je les présente comme vos doctrines
car je suis comme un aveugle qui parle des couleurs.» Et le bonapartisme
teinté de républicanisme, qui était celui de Louis-Napoléon à cette
époque, n'était peut-être pas étranger à l'influence de Vieillard.
Celui-ci, toutefois, ne fut pas dans le secret des complots de
Strasbourg ni de Boulogne.
En juin 1834, il se
présenta aux élections législatives dans la deuxième circonscription de
la Manche (Carentan), fut battu, se représenta en juillet 1842 et fut
élu cette fois, comme candidat hostile à Guizot, notamment contre
Tocqueville, (et le?) député sortant. Lorsque le roi Louis fut mourant,
il se fit l'avocat, à la Chambre, d'une libération provisoire et
conditionnelle de Louis-Napoléon pour que celui-ci puisse rejoindre une
dernière fois son père en Italie.
En juillet 1833, il
avait épousé Elisa Huet, fille d'avocat, jeune veuve de Baudouin
Dufresne[4].
Celle-ci mourut en janvier 1847 et le laissa difficilement consolable et
sans enfant.
Après la révolution
de février, le 2 mars, Vieillard fut nommé commissaire de la République
de la Manche. Tocqueville le décrit alors «vrai républicain (...),
intelligent et cultivé, d'un classicisme un peu dogmatique,
bienveillant» mais «un peu fat» et «singulièrement bête en politique»
c'est-à-dire plutôt naïf en la matière. Rémusat le voyait, quant à lui,
«républicain de salon» et «voltairien». Le 23 avril, il fut élu à
l'Assemblée constituante par son département, deuxième derrière Havin et
encore devant Tocqueville. À partir du mois d'août, il siégea également
au Conseil général, au titre du canton de Sainte-Clair-sur-Elbe[5].
Vieillard fut pendant
ces premiers mois de la République, l'un des principaux correspondants
en France du prince Louis-Napoléon resté en exil. En juin, il se porta
garant, devant la commission exécutive et devant ses collègues, de la
loyauté de celui-ci à l'égard du nouveau régime. En septembre, ce fut à
ses côtés que le prince décida de siéger à l'assemblée et le soir du 20
décembre, avec lui encore qu'il fit son entrée à l'Élysée. Il y resta
son conseiller.
Il fut réélu en mai
1849: «On ne présente plus M. Vieillard dont les mérites propres et
l'amitié du Prince répondent.» lisait-on à cette époque dans le Phare
de la Manche.
Sincèrement attaché
au Prince, il ne l'était pas moins à la République et ne voyait pas
l'Élysée comme l'antichambre des Tuileries. A Victor Hugo qui accusait
le Prince de vouloir l'Empire, Vieillard répondit de son banc: «Imposteur! Calomniateur! Le Prince restera fidèle à la République.»
Devant Thiers, qui évoquait à l'Élysée la même perspective, il
s'indignait: «Comment? Parler de l'Empire dans le palais de la jeune
République!». Il ne participa donc pas au coup d'État et, nommé au Sénat
dès le 26 janvier 1852, en récompense de sa fidélité et de ses conseils,
il s'y singularisa en votant, le 7 novembre, seul parmi ses collègues,
contre le rétablissement de l'Empire, «s'assurant ou l'immortalité, ou
une réputation d'original», comme l'écrivit l'un de ses proches. Il
n'avait cependant pas expliqué sa position au cours de la discussion du
sénatus-consulte. A Napoléon III qui l'interrogea ensuite, il se
contenta de répondre: «Le citoyen se soumet, mais le sénateur proteste.»
Il ne démissionna pas, en effet. Mais, s'il continua à assister aux
séances, il n'y prit pas la parole. Il est est vrai qu'il n'était pas
orateur et redoutait de parler en public.
Malade à partir du
début de l'année 1857, il mourut en mai, refusant les derniers
sacrements et donnant instruction à son exécuteur testamentaire de s'en
tenir à un enterrement civil, ce qui fit scandale.«C'était en un mot ce
bon et honnête M. Vieillard — disait de lui Persigny — espèce de
bourgeois gentilhomme, différent cependant de M. Jourdain en un point,
c'est que sa manie, à lui, n'était pas la noblesse mais l'irréligion et
la liberté. Quoique le meilleur, le plus doux, le plus inoffensif des
hommes, il tenait absolument à passer pour athée et républicain.»
Il repose au père
Lachaise.
Bibliographie
Un ami
de Napoléon III: Monsieur Vieillard, 1791-1857. Histoire d'une fidélité, texte rédigé pour son usage
personnel par Philippe Huet, l'un des héritiers de Narcisse Vieillard,
1995, 64 p. dactylographiées.
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[1] Lettre
de Napoléon-Louis à sa mère.
[4] Elle
était née en 1804.
[5] Il en
devint le président en 1854, et y demeura jusqu'à sa mort.
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