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Communication présentée à un colloque du Pôle universitaire Léonard de
Vinci sur la cohabitation.
(1998)
Pour une nouvelle pratique
de la
cohabitation
I. La cohabitation n’est pas un
phénomène nouveau
La cohabitation n’est pas un
phénomène nouveau. Sans remonter à Concini pendant la minorité de Louis XIII
ni aux états généraux devenus Assemblée nationale constituante sous
Louis XVI, nous en avons quantité d’exemples dans notre histoire plus
récente, notamment au dix-neuvième siècle.
1. La cohabitation peut être fatale
au chef de l’État
Ainsi, en 1827, Charles X disposait
d’une majorité à la Chambre et d’un ministère ultraroyaliste selon ses
vœux, dirigé par Villèle. Cependant, comme son ministère était usé, et
sa majorité divisée, ce dernier convainquit le roi de dissoudre la
Chambre. Mal lui en prit : il perdit les élections. Tirant alors la
leçon de l’échec, Charles X demanda à Martignac, royaliste modéré, de
constituer un gouvernement de compromis. L’expérience ne dura guère : au
bout d’un an, las d’un gouvernement qu’il n’avait nommé qu’à contrecœur,
Charles X changea de tactique. Choisissant désormais l’affrontement avec
la Chambre, il remplaça le ministère Martignac par un autre, composé de
vrai fidèles, au premier rang desquels l’ultraroyaliste Polignac. Et,
comme il s’y attendait, les députés exprimèrent quelque temps après leur
défiance en votant une adresse dite «des 221». Charles X en prit
prétexte pour renvoyer cette majorité hostile devant les électeurs. Mais
il perdit à nouveau les élections et, s’entêtant malgré cette deuxième
dissolution manquée, il en prononça immédiatement une troisième, sans
même attendre que la nouvelle Chambre des députés se fût réunie; et il
changea la loi électorale afin de gagner enfin les élections
législatives. Ce coup de force provoqua au contraire la révolution de
juillet 1830 et l’abdication du roi.
Un deuxième exemple de cohabitation
malheureuse pour le chef de l’État nous est donné par le septennat de
Mac-Mahon. Élu Président de la République en 1873 par l’Assemblée
nationale majoritairement monarchiste, celui-ci se trouva, en 1876,
confronté à une chambre républicaine. Il nomma Dufaure, homme du centre
gauche, à la présidence du Conseil, puis Jules Simon, un peu plus à
gauche, dans l’espoir, comme Charles X avec Martignac, d’un compromis
avec la majorité parlementaire. Devant les difficultés, Mac Mahon
renonça lui aussi et, comme Charles X avec Polignac, se décida à
l’affrontement. Il remplaça Jules Simon par le duc de Broglie et renvoya
les députés le 16 mai 1877. Mais, malgré un gain de sièges, il n’obtint
pas la majorité et fut contraint de «se soumettre» en rappelant
Dufaure puis de «se démettre», en 1879, conformément à
l’injonction de Gambetta lors de la campagne électorale de 1877.[1]
2. La cohabitation peut aussi se
retourner contre la majorité parlementaire
Louis-Philippe fut plus heureux
parce que plus habile. Arrivé sur le trône presque par hasard grâce à la
révolution de 1830, il fut confronté d’emblée à une Chambre favorable en
principe à sa personne, mais dont la devise était : le roi règne et
ne gouverne pas. Il réussit néanmoins à affirmer son pouvoir en
jouant de la rivalité entre les chefs de la majorité parlementaire,
rivalité qu’il provoqua et entretint, avec, comme conséquence,
l’instabilité ministérielle. Il demeurait ainsi le seul élément de
continuité au sein de l’exécutif et se séparait des ministres quand il
le souhaitait[2].
Mais l’exemple majeur, en même temps
que le plus proche de la cohabitation que nous vivons, est celui de la
Deuxième République. En 1848, Louis-Napoléon Bonaparte fut élu Président
de la République au suffrage universel direct en recueillant 75 % des
voix dès le premier tour. Il dut gouverner d’abord avec l’Assemblée
Constituante à majorité républicaine qui siégeait encore, puis, après
les élections de 1849, avec une majorité composée de monarchistes qui
avaient contribué à son élection mais qui étaient bien décidés à le
marginaliser. La situation était proche de celle qu’avait connu
Louis-Philippe. Le Président de la République accepta de jouer le jeu du
parlementarisme, bien que celui-ci ne correspondît ni à la lettre ni à
l’esprit de la Constitution : il laissa gouverner l’Assemblée et les
ministres qu’elle souhaitait; mais il prit soin de s’en désolidariser
opportunément par des actes ou déclarations qui soulignaient sa
différence ou sa désapprobation. L’Assemblée s’enfonça alors peu à peu
dans l’impopularité et le Président apparut de plus en plus comme le
recours. En 1851, il renvoya l’Assemblée, organisa un plébiscite qui
valait élection présidentielle et fit adopter une nouvelle constitution.
Il s’agissait en fait d’un coup d’État. Car ni la dissolution, ni le
plébiscite n’étaient autorisés par la Constitution de 1848, et
l’opération fut appuyée par la force. Celui qui, un an plus tard, allait
devenir Napoléon III conforta ainsi son pouvoir pour deux décennies.[3]
3. La cohabitation est inévitable en
régime présidentiel
Ces exemples suffisent à montrer que
la cohabitation n’est pas une originalité de la Cinquième République et
que par conséquent la responsabilité de cette situation ne peut en être
attribuée exclusivement à l’équilibre des pouvoirs qu’elle a établis.
Ils font également apparaître qu’il existe maintes manières de cohabiter
et donc que la pratique actuelle, issue du modèle mitterrandien, n’est
pas la seule possible.
Dans tous les régimes, le problème
se pose quand le chef de l’État est indépendant des chambres,
c’est-à-dire quand il n’émane pas d’elles et ne peut être renversé par
elles, et quand il dispose de pouvoirs importants qu’il veut
effectivement exercer même face à une chambre hostile.
Dès lors, seuls les régimes
d’assemblée permettent d’éviter le risque d’une cohabitation, en
soumettant totalement l’exécutif au législatif, c’est-à-dire en
anéantissant, ou même en supprimant, la fonction de Président de la
République. C’est d’ailleurs ce qu’entendait faire une minorité de
constituants en 1848, précisément pour éviter la dualité du pouvoir.
Félix Pyat, qui était l’un d’eux, l’exprima fort clairement à la
tribune : «Les corps à deux têtes sont des monstres, et les monstres
ne vivent pas. Hors de l’unité, collision sourde ou flagrante,
soumission de l’Assemblée ou démission du Président, fatigue et
contradiction du corps électoral, duel infaillible entre les deux
parties représentatives de la souveraineté.» Cette prédiction s’est
révélée en partie juste puisque la Deuxième République n’a vécu que
trois ans.
Mais la Cinquième République vit
depuis quarante ans. Et la cohabitation est aujourd’hui un monstre qui
dure…
II. La règle des institutions de la
Cinquième République
La pratique normale de la
Constitution de 1958 se trouve parfaitement résumée dans une phrase du
message du 31 octobre 1849 adressé par Louis-Napoléon Bonaparte à
l’Assemblée[4] :
il y estime indispensable «une communauté entière d’idées, de vues,
de convictions entre le Président et ses ministres» et souhaitable
que «l’Assemblée elle-même s’associe à la pensée nationale dont
l’élection du pouvoir exécutif a été l’expression».
1. Le Président doit être
visionnaire et le Premier ministre gestionnaire.
Selon cette conception, l’élection
présidentielle structure le septennat et commande le fonctionnement des
institutions, c’est-à-dire, pour ce qui nous préoccupe en ce moment, les
relations du Président de la République avec les ministres d’une part,
avec l’Assemblée d’autre part.
Celui-ci dispose d’une légitimité
forte, que lui confère son élection au suffrage universel direct. Il
jouit également de la durée, c’est-à-dire de l’inamovibilité pendant
sept ans. Il doit donc fixer les orientations de long terme et, faisant
œuvre de pédagogue, énoncer de grandes vérités, éventuellement dures à
entendre. S’appuyant sur son capital de confiance, il force les
évolutions nécessaires. Pouvant se permettre une impopularité passagère,
il bouscule les intérêts particuliers. Le Président de la République
doit être un homme de caractère et un visionnaire.
Le Premier ministre, en période
normale, n’a pas de légitimité personnelle puisqu’il est nommé par le
chef de l’État. D’autre part, étant responsable devant l’Assemblée et
étant, de fait, révocable par le Président, il ne dispose pas de
l’assurance de la durée. Le Premier ministre a ainsi un rôle strictement
inverse, et complémentaire, de celui du Président. Usant de diplomatie,
il gère le quotidien et compose avec les intérêts particuliers. Il
cherche l’adhésion au jour le jour du Parlement pour faire voter les
lois, et de l’opinion publique afin de gagner les élections législatives
à mi-parcours du septennat. Il est l’homme de l’habileté et de la
séduction.
Le modèle parfait de cette
répartition des rôles est le tandem formé entre 1962 et 1968 par le
général de Gaulle et Georges Pompidou. Il n’a rien à voir, on l’aura
compris, avec la théorie du fusible, héritée de la monarchie
parlementaire[5],
et qui se transforme en système du bouc émissaire en période de
cohabitation.
2. L’élection présidentielle prime
sur les élections législatives
Ceci étant admis, le Président de la
République doit-il démissionner en cas de défaite aux élections
législatives ?
Selon le général de Gaulle, les
élections présidentielle et législatives n’ont pas la même légitimité.
L’élection des députés est pour lui une somme de compétitions locales
dans lesquelles comptent «dans des conditions très diverses l’action
personnelle des candidats, les habitudes bien établies des clientèles
électorales, la position des notables politiques locaux, l’influence des
journaux du crû». Les élections législatives n’expriment donc pas
la volonté nationale, mais reflètent de façon morcelée un certain état,
déformé, de l’opinion publique. Inversement, l’élection présidentielle
et le référendum, «où l’affaire se joue tout d’un trait entre le
Président et la Nation», sont l’expression forte, unitaire, réelle,
de la volonté nationale.
Si l’on suit ce raisonnement, des
élections législatives ne peuvent annuler une élection présidentielle.
Elles ne peuvent constituer une motion de censure contre le Président de
la République ni entraîner la perte totale de ses pouvoirs. Pour le
général de Gaulle, comme nous le rapporte Alain Peyrefitte, «des
élections qui arrivent à leur heure ne remettent pas en cause le mandat
donné par le Peuple au Président pour sept ans». Si le résultat est
défavorable, il s’agit d’une défaite du Premier ministre, qui ne doit
pas entraîner la démission du Président ni forcément le contraindre à
nommer un adversaire à la tête du Gouvernement. Selon de Gaulle,
toujours d’après Peyrefitte, «le Président de la République doit
pouvoir se tirer d’affaire en remaniant son gouvernement avec des
personnalités indépendantes, des commis de l’État».
Ajoutons que, si l’effacement
présidentiel pouvait se concevoir en 1986 et en 1993, en raison de
l’ancienneté de l’élection du Président et, partant, de
l’affaiblissement de la légitimité présidentielle, la situation de 1997
était différente : le Président de la République avait été élu moins de
deux ans auparavant et, ce que tout le monde oublie dans l’analyse des
rapports de force, il jouit du soutien de la deuxième assemblée. La
cohabitation présente consiste donc en l’effacement de deux des grands
pouvoirs de l’État, le Président de la République et le Sénat, devant le
troisième, l’Assemblée Nationale.
L’interprétation que nous venons de
développer peut choquer les tenants du parlementarisme intégral. Elle
est toutefois la seule possible. Sinon ce serait admettre que des
élections législatives peuvent avoir comme conséquence un changement de
constitution. Car c’est bien ainsi qu’il faut appeler la modification de
l’équilibre des pouvoirs auquel nous avons assisté de 1986 à 1988, de
1993 à 1995 et depuis 1997 : un retour temporaire à la Quatrième ou à la
Troisième République par la suspension du régime présidentiel au profit
d’un régime d’assemblée.
Notre conclusion semblera au
contraire naturelle aux habitués du vrai régime présidentiel,
c’est-à-dire du système observant une séparation stricte des pouvoirs.
Ce régime nous est peu familier car seules les éphémères constitutions
de 1791 et de 1848 l’ont institué; encore, dans ce dernier cas, n’a-t-il
pas même été pratiqué comme tel. Il est au contraire la règle aux
États-Unis depuis deux siècles. Le Président, d’ailleurs, y est très
souvent en situation de cohabitation avec un Congrès hostile. Et cette
cohabitation est d’une nature radicalement différente de la nôtre : les
ministres sont toujours ceux du Président, de telle sorte qu’aux
États-Unis, le pouvoir exécutif reste homogène. A l’inverse, en France,
la cohabitation se fait à l’intérieur même de l’exécutif, en réduisant
le Président de la République à peu de choses face à un Premier Ministre
et à un Gouvernement forts du soutien de la majorité parlementaire.
3. La légitimité présidentielle est
atteinte par une défaite aux élections législatives
Toutefois, lorsque les élections
interviennent à la suite d’une dissolution, comme en 1997, le
raisonnement peut être différent.
Le général de Gaulle considérait
que, dans ce cas, les élections ont un caractère quasi-référendaire. Si
le Président de la République prend l’initiative de consulter les
électeurs en dehors des échéances normales, pour une raison ou dans un
but qui ne peuvent être secondaires, il engage sa propre légitimité,
donc sa propre responsabilité; et si les élections ne sont pas
favorables à ceux qui le soutiennent, cette défaite est la sienne et non
plus celle de son Premier ministre. Évoquant cette hypothèse devant
Alain Peyrefitte, et se l’appliquant à lui-même, le général de Gaulle
trancha sans ambiguïté : «Quel homme serais-je si je m’accrochais
alors que le Peuple me désavoue ? De quelle autorité disposerais-je ?»
Le Président doit donc démissionner,
quitte à se représenter pour conquérir une nouvelle légitimité et une
nouvelle capacité d’action. S’il ne le fait pas, alors qu’il a perdu sa
légitimité, son autorité, son pouvoir, il ne se maintient que pour le
confort de la fonction. La Présidence devient un «fauteuil vide»[6].
En dehors de cette lecture
gaullienne de la Constitution, une interprétation plus nuancée est
possible. En cas de défaite de la majorité présidentielle aux élections
législatives, que celles-ci interviennent à la suite d’une dissolution
ou à leur date normale, la légitimité du Président de la République est
indéniablement atteinte. Mais il faut admettre aussi que le vote le plus
récent n’exprime pas forcément la volonté la plus profonde des Français,
dans la mesure où l’objet du scrutin est différent et où l’élection du
Président, dans l’esprit même des électeurs, est plus importante que
l’élection des députés.
Le choix de l’élection
présidentielle peut donc rester valide malgré un résultat apparemment
inverse lors des élections législatives, comme le montre l’exemple de
François Mitterrand, réélu en 1988 malgré la victoire de l’opposition en
1986[7].
On peut d’ailleurs parfaitement interpréter le vote de 1997 comme étant
d’abord un rejet d’Alain Juppé, le Président n’étant atteint que parce
qu’il semblait trop indissolublement lié à lui.
III. Comment cohabiter sans violer
l’esprit de nos institutions ?
La cohabitation est donc légitime.
Encore faut-il la pratiquer sans violer l’esprit de nos institutions,
c’est-à-dire différemment de ce qu’on a fait jusqu’ici.
1. Sur l’essentiel, le dernier mot
doit revenir au Président et, en cas de conflit grave avec le Premier
ministre et l’Assemblée, au Peuple consulté par référendum
Pour cela, il faut d’abord maintenir
entre le Président de la République et le Premier ministre le même
équilibre, quelle que soit la majorité parlementaire. A l’un revient
«le rôle suprême du chef de l’État, à qui incombe le destin,
c’est-à-dire le lointain et le continu»; à l’autre «la charge
seconde [de celui] qui, au milieu des saccades de toutes sortes et de
tous les jours mène l’action du moment», pour reprendre les
définitions du général de Gaulle.
Adopter la théorie du domaine
réservé consisterait donc à faire un grave contresens constitutionnel.
Le domaine du Président de la République n’est pas, comme on le dit trop
souvent, sectoriel (la défense nationale, les affaires
étrangères voire les institutions). Il doit être conçu comme une
distinction verticale entre l’essentiel qui revient au Président
dans tous les domaines, y compris la politique économique, sociale ou
culturelle, et l’accessoire auquel se limite l’action du Premier
ministre.
En période de cohabitation, le
Président de la République ne doit donc pas se cantonner à l’exercice de
pouvoirs résiduels et se laisser ainsi marginaliser. Il ne doit pas plus
jouer aux chefs de l’opposition parlementaire en chicanant le
Gouvernement sur sa manière de gérer les affaires courantes. Il doit au
contraire
se maintenir à la hauteur de sa fonction, ou s’y replacer s’il n’avait
pas su se retenir de s’abaisser aux détails lorsque la majorité
parlementaire lui était favorable. Et cette «hauteur» ne doit par être
comprise comme une posture arbitrale, c’est-à-dire passive, faisant du
chef de l’État le simple «garant» de quelques grands principes, tel
François Mitterrand annonçant qu’il veillerait au maintien des
«acquis sociaux». Le Président de la République doit prendre des
initiatives, imposer ses vues et agir dans son domaine, celui du destin,
du lointain et du continu, même quand la majorité parlementaire ne
concorde pas avec la majorité présidentielle; et cela sans accepter
d’empiètement de la part du Gouvernement[8].
Dans cet esprit, il ne serait pas
logique qu’en cas de divergence entre le Président et l’Assemblée, le
dernier mot revienne toujours à cette dernière. Car, nous l’avons dit,
un doute subsiste sur la volonté réelle du Peuple dès lors qu’il y a
contradiction entre les résultats du scrutin présidentiel et du scrutin
législatif. Si le conflit est grave, c’est au Peuple lui-même de
trancher, par référendum[9];
et l’on peut supposer que la simple menace de recourir à sa sanction
suffirait à apaiser la plupart des crises. Celui qui se sentirait le
moins en accord avec le sentiment populaire céderait immédiatement.
2. Il faut tirer toutes les
conséquences de la révision constitutionnelle de 1962
Cette pratique est, selon nous, la
seule conforme à l’esprit de la Constitution. Mais dans l’état actuel de
son texte, elle est difficile à mettre en œuvre. Aussi quelques
adaptations sont-elles souhaitables.
Tout d’abord, il faut donner au
Président de la République les moyens d’assurer sa vision et sa gestion
du long terme en plaçant sous son autorité directe les grands organismes
de réflexion, de prévision et d’analyse tels que le Commissariat au Plan
ou le Secrétariat général de la Défense nationale.
Ensuite, il faut renforcer le
pouvoir d’arbitrage du chef de l’État en modifiant l’article 11 de telle
sorte qu’il puisse déclencher une consultation référendaire sans le
préalable d’une proposition du Premier ministre. Il suffirait pour cela
de s’inspirer de la formule de l’article 12 qui règle la procédure de la
dissolution, en écrivant : «Le Président de la République peut,
après consultation du Premier ministre et des présidents des assemblées,
soumettre au référendum …»
De même, l’article 8 devrait être modifié de façon à supprimer la
condition de présentation de la démission du Gouvernement pour que le
Président puisse changer le Premier ministre. Il pourrait être ainsi
rédigé : «Le Président de la République nomme le Premier ministre et
met fin à ses fonctions.» Enfin, l’article 45 devrait également
être révisé pour transférer au Président de la République le pouvoir
d’arbitrage jusqu’alors dévolu au Premier ministre en cas de désaccord
entre les deux assemblées : «Le Président de la République peut […]
demander à l’Assemblée Nationale de statuer définitivement.» Ainsi
le Premier ministre serait-il empêché de neutraliser le Sénat, si
celui-ci est favorable au Président.
Ces modifications, loin de porter
atteinte à la Constitution de 1958, en sont au contraire un
perfectionnement, après ceux que le général de Gaulle lui-même
introduisit ou tenta de faire adopter. Force est d’ailleurs de constater
que toutes les conséquences de la réforme de 1962 n’ont pas été tirées.
Car les rapports entre le Président et le Premier ministre, comme entre
le Président et les assemblées, ne peuvent évidemment plus être les
mêmes dès lors que le Président de la République est élu au suffrage
universel direct et non plus par un collège restreint de notables.
Pour résoudre les problèmes posés
aujourd’hui par la cohabitation, c’est donc à achever la réforme de 1962
que nous nous permettons d’inviter le constituant.
Francis Choisel
Voir
aussi :
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[1]On
pourrait aussi donner l’exemple, au vingtième siècle,
d’Alexandre Millerand, chef du Bloc National et Président de la
République à partir de 1920, qui fut confronté au Cartel des
Gauches en 1924 et contraint, lui aussi, à la démission, mais
dès le lendemain des élections, par une majorité qui refusa
d’emblée de cohabiter avec lui.
[2]
Cette situation prit fin en 1840, avec l’arrivée de Guizot, qui
accepta l’autorité de Louis-Philippe et réussit à s’assurer de
la docilité de la Chambre.
[3]
Napoléon III se retrouva dans une situation de cohabitation à la
fin de son règne, après les élections de 1869. Il revint alors
au parlementarisme, en nommant Émile Ollivier, ancien opposant
républicain rallié, à la présidence du Conseil. L’entente entre
les deux hommes fut réelle, même si leurs vues politiques ne
s’accordaient pas toujours; mais l’expérience fut interrompue
par la guerre, la défaite, la chute du régime.
[4]
Cet anachronisme ne surprendra pas si l’on admet la parenté
entre le bonapartisme et le gaullisme. Cf à ce sujet notre Bonapartisme et gaullisme
paru en 1987.
[5]
Selon laquelle les ministres sont responsables parce que le roi
ne peut pas l’être.
[6]
«Le trône n’est pas un fauteuil vide» disaient ceux qui
appuyaient la volonté de Louis-Philippe de régner et de
gouverner vraiment.
[7]
L’exemple de Louis-Napoléon Bonaparte, plébiscité en 1851 et
1852 malgré la victoire des monarchistes aux élections de 1849,
le montre aussi.
[8]
Certains pourront considérer à première vue que cette
répartition des rôles est peu réaliste, mais elle s’apparente à
la coopération qui s’établit entre l’État et les pouvoirs
locaux, quelle que soit leur couleur politique respective : le
Gouvernement, par sa politique générale, impose des orientations
et des contraintes dont les collectivités locales, même
d’opposition, doivent tenir compte à leur échelon nécessairement
subordonné.
[9]
Lui donner la parole par de nouvelles élections ne serait pas
une manière de pratiquer la cohabitation mais un moyen pour
tenter d’y mettre fin. Nous n’analysons donc pas cette
hypothèse.
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