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Message
du Président de la
République
à l’Assemblée Législative
31 octobre 1849
Monsieur le Président,
Dans les circonstances graves
où nous nous trouvons, l’accord qui doit régner entre les différents
pouvoirs de l’État ne peut se maintenir que si, animés d’une
confiance mutuelle, ils s’expliquent franchement l’un vis-à-vis de
l’autre. Afin de donner l’exemple de cette sincérité, je viens faire
connaître à l’Assemblée quelles sont les raisons qui m’ont déterminé
à changer le ministère, et à me séparer d’hommes dont je me plais à
proclamer les services éminents, et auxquels j’ai voué amitié et
reconnaissance.
Pour raffermir la République
menacée de tant de côtés par l’anarchie; pour assurer l’ordre plus
efficacement qu’il ne l’a été jusqu’à ce jour; pour maintenir à
l’extérieur le nom de la France à la hauteur de sa renommée, il faut
des hommes qui, animés d’un dévouement patriotique, comprennent la
nécessité d’une direction unique et ferme, et d’une politique
nettement formulée; qui ne compromettent le pouvoir par aucune
irrésolution, qui soient aussi préoccupés de ma propre
responsabilité que de la leur, et de l’action que de la parole.
Depuis bientôt un an, j’ai
donné assez de preuves d’abnégation pour qu’on ne se méprenne pas
sur mes véritables intentions. Sans rancune contre aucune
individualité, comme contre aucun parti, j’ai laissé arriver aux
affaires les hommes d’opinions les plus diverses, mais sans obtenir
les heureux résultats que j’attendais de ce rapprochement. Au lieu
d’opérer une fusion de nuances, je n’ai obtenu qu’une neutralisation
de forces. L’unité de vues et d’intentions a été entravée, l’esprit
de conciliation pris pour de la faiblesse. A peine les dangers de la
rue étaient-ils passés, qu’on a vu les anciens partis relever leurs
drapeaux, réveiller leurs rivalités, et alarmer le pays en semant
l’inquiétude. Au milieu de cette confusion, la France, inquiète
parce qu’elle ne voit pas de direction, cherche la main, la volonté
de l’élu du 10 décembre. Or cette volonté ne peut être sentie que
s’il y a communauté entière d’idées, de vues, de convictions entre
le Président et ses ministres, et si l’Assemblée elle-même s’associe
à la pensée nationale, dont l’élection du pouvoir exécutif a été
l’expression.
Tout un système a triomphé le
10 décembre.
Car le nom de Napoléon est à
lui seul tout un programme. Il veut dire : à l’intérieur, ordre,
autorité, religion, bien-être du peuple; à l’extérieur, dignité
nationale. C’est cette politique, inaugurée par mon élection, que je
veux faire triompher avec l’appui de l’Assemblée et celui du peuple.
Je veux être digne de la confiance de la nation en maintenant la
Constitution que j’ai jurée. Je veux inspirer au pays, par ma
loyauté, ma persévérance et ma fermeté, une confiance telle que les
affaires reprennent et qu’on ait foi dans l’avenir. La lettre d’une
constitution a sans doute une grande influence sur les destinées
d’un pays; mais la manière dont elle est exécutée en exerce
peut-être une plus grande encore. Le plus ou moins de durée du
pouvoir contribue puissamment à la stabilité des choses, mais c’est
aussi par les idées et les principes, que le gouvernement sait faire
prévaloir, que la société se rassure.
Relevons donc l’autorité sans
inquiéter la vraie liberté. Calmons les craintes en domptant
hardiment les mauvaises passions et en donnant à tous les nobles
instincts une direction utile. Affermissons le principe religieux
sans rien abandonner des conquêtes de la révolution, et nous
sauverons le pays malgré les partis, les ambitions et même les
imperfections que nos institutions pourraient renfermer.
Louis Napoléon Bonaparte
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