Circulaire
du ministre de l’Intérieur
aux préfets

8 mai 1863

Monsieur le Préfet,

Les élections qui se préparent vont être, pour la France, une nouvelle occasion d'affirmer devant l'Europe les institutions qu'elle s'est données.

[…]

 Dans ces circonstances, j'ai à peine besoin de vous rappeler les principes qui doivent vous servir de guide. Vous n'oublierez pas que l'Empire est l'expression des besoins, des sentiments, des intérêts des masses, et qu'avant de rallier à lui toutes les forces vives de la nation, c'est dans la chaumière du peuple qu'il a été enfanté.

[…]

Monsieur le Préfet, s’il n’y avait en France, comme en Angleterre, que des partis divisés sur la conduite des affaires, mais tous également attachés à nos institutions fondamentales, le gouvernement pourrait se borner, dans les élections, à assister à la lutte des opinions diverses. Mais dans un pays comme le nôtre qui, après tant de convulsions, n’est sérieusement constitué que depuis dix ans, ce jeu régulier des partis qui chez nos voisins féconde si heureusement les libertés publiques, ne pourrait dès aujourd’hui se reproduire qu’en prolongeant la révolution et en compromettant la liberté ; car, chez nous, il y a des partis qui ne sont encore que des factions, formées des débris des gouvernements déchus, et bien qu’affaiblis chaque jour par le temps qui seul peut les faire disparaître, ils ne cherchent à pénétrer au cœur de nos institutions que pour en vicier le principe, et n’invoquent la liberté que pour la tourner contre l’Etat.

En présence d'une coalition d'hostilités, de rancunes et de dépits opposés aux grandes choses de l'Empire, votre devoir, Monsieur le Préfet, est tout naturellement tracé: pénétré de l'esprit libéral et démocratique des institutions, que l'Empereur s'applique chaque jour à développer, ne vous adressez qu'à la raison et au coeur des populations. Laissez librement se produire toutes les candidatures, publier et distribuer les professions de foi, les bulletins de vote suivant les formes prescrites par nos lois; veillez au maintien de l'ordre et à la régularité des opérations électorales; c'est pour tous un droit et pour vous un devoir de combattre énergiquement les manoeuvres déloyales, l'intrigue, la surprise et la fraude, d'assurer enfin la liberté et la sincérité du scrutin, la probité de l'élection.

Le suffrage est libre. Mais, afin que la bonne foi des populations ne puisse être trompée par des habiletés de langage ou des professions de foi équivoques, désignez hautement, comme dans les élections précédentes, les candidats qui inspirent le plus de confiance au gouvernement. Que les populations sachent quels sont les amis ou les adversaires plus ou moins déguisés de l’Empire, et qu’elles se prononcent, en toute liberté, mais en parfaite connaissance de cause. Nous ne sommes plus au temps où les élections étaient entre les mains d'un petit nombre de privilégiés, qui disposaient des destinées du pays. Grâce à l'Empereur qui a su résister aux tentatives anciennes ou nouvelles de tous les partis pour restreindre le suffrage universel et qui a voulu maintenir le droit de tout Français à être électeur, aujourd'hui la France en possession du plus vaste suffrage qui existe en Europe, compte dix millions d'électeurs, votant au scrutin secret, et n'ayant chacun à rendre compte de son vote qu'à Dieu et à sa conscience.

[…]

Monsieur le Préfet, en recommandant au choix des électeurs l'immense majorité des membres sortants du Corps législatif, le Gouvernement rend un hommage mérité à des hommes  honorables, d'un dévouement éprouvé, et qui, avant de recevoir le patronage de l'administration, étaient désignés par les sympathies de leurs concitoyens. S'il a cru devoir refuser ce témoignage à quelques-uns, ce n'est pas par de simples dissidences d'opinion, car il se fait une loi de respecter profondément l'indépendance des députés, mais il ne peut appuyer auprès des électeurs que des hommes dévoués sans réserve et sans arrière pensée à la dynastie impériale et à nos institutions. Il est donc contraire à la vérité d'attribuer l'attitude du Gouvernement vis-à-vis de plusieurs candidats au souvenir de certaines discussions

[…]

J'appelle votre attention sur une autre manoeuvre qu'il suffit de signaler au bon sens du public. Les partisans de certaines candidatures ne craignent pas de prétendre qu'à défaut du concours de l'administration, ils peuvent se prévaloir des plus hautes et des plus augustes sympathies, comme si l'administration pouvait être, dans les élections, autre chose que l'instrument de la pensée même de l'Empereur.

[…]

Vous connaissez maintenant, Monsieur le Préfet, la pensée entière du gouvernement de l'Empereur. Suivez exactement les instructions qui précèdent, et attendez avec confiance le résultat du vote. Les populations du 10 et du 20 décembre ne laisseront pas affaiblir dans leurs mains l'oeuvre dont elles sont fières. Electrisées par leur patriotisme, elles se porteront en masse au scrutin et voudront donner une nouvelle et éclatante adhésion à l'Empire glorieux qu'elles ont fondé.

Le ministre de l'Intérieur,
de Persigny

 

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