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Les réactions face au
décret du 24 novembre 1860
Le premier mouvement du public fut la stupéfaction; puis vinrent les commentaires. Les irréconciliables de toutes nuances,
monarchiques, républicains, libéraux, proclamèrent que c’était une mystification. Le despote rusait et voulait consolider son despotisme en lui donnant un masque libéral. […]
Les libéraux vrais trouvèrent que l’Empereur n’était pas resté immobile, qu’il avait fait plus qu’un demi-tour à gauche. Ils
jugeaient les concessions considérables. Sans doute étaient-elles insuffisantes, puisqu’elles n’établissaient ni la liberté de la presse, ni la responsabilité ministérielle, ni la liberté des élections, ni la spécialité budgétaire, mais elles y conduisaient inévitablement. Il fallait donc s’en réjouir, en savoir gré, les accepter avec confiance, sauf à en tirer plus tard
ce qu’elles contenaient implicitement. […] « Ceux qui n’apprécient pas encore ce
progrès à sa juste valeur, écrivait, le 2 décembre 1860, dans le
Journal des Débats, Prévost-Paradol, lui rendront bientôt plus de justice en sentant se répandre dans l’air ce je-ne-sais-quoi qui annonce dans un grand pays le réveil de la vie publique.» […]
Le gros du parti gouvernemental fut consterné!
« Ces nouvelles conceptions libérales me paraissent des plus étranges et j’y vois un sujet d’inquiétudes pour l’avenir.» Les emportés ne disaient pas les
décrets du 24 novembre, mais l’attentat du 24 novembre. Tenant, en sens inverse, et dans des vues contraires, le même langage que les irréconciliables monarchiques ou républicains, ils déclaraient la liberté incompatible avec l’Empire : si on lui
entrebâillait seulement la porte, elle y passerait tout entière et détruirait le régime napoléonien; l’Empereur venait de décréter sa perte. […]
Les habiles du parti déclaraient qu’on grossissait l’importance du changement […] Il opérait simplement des modifications
réglementaires accessoires à une Constitution dont le cadre restait et resterait immuable. On n’irait pas plus loin […]; ainsi parlaient les Baroche, les Fould, les Billault.
Emile Ollivier
(L’Empire libéral, tome V, p. 9 )
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