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Proclamation
du Président de la République
Appel au Peuple
2 décembre 1851
Français !
La situation actuelle ne peut durer plus
longtemps. Chaque jour qui s'écoule aggrave les dangers du pays. L'Assemblée,
qui devait être le plus ferme appui de l'ordre est devenu un foyer de
complots. Le patriotisme de trois cents de ses membres n'a pu arrêter
ses fatales tendances. Au lieu de faire des lois dans l'intérêt
général, elle forge des armes pour la guerre civile; elle attente au
pouvoir que je tiens directement du peuple; elle encourage toutes les
mauvaises passions; elle compromet le repos de la France; je l'ai
dissoute, et je rends le peuple entier juge entre elle et moi.
La Constitution, vous le savez, avait été
faite dans le but d'affaiblir d'avance le pouvoir que vous alliez me
confier. Six millions de suffrages furent une éclatante protestation
contre elle, et cependant je l'ai fidèlement observée. Les
provocations, les calomnies, les outrages m'ont trouvé impassible. Mais
aujourd'hui que le pacte fondamental n'est plus respecté de ceux-là
mêmes qui l'invoquent sans cesse, et que les hommes qui ont déjà
perdu deux monarchies veulent me lier les mains, afin de renverser la
République, mon devoir est de dévouer leurs perfides projets, de
maintenir la République et de sauver le pays en invoquant le jugement
solennel du seul souverain que je reconnaisse en France, le peuple.
Je fais donc un appel loyal à la nation
entière, et je vous dis: Si vous voulez continuer cet état de malaise
qui nous dégrade et compromet notre avenir, choisissez un autre à ma
place, car je ne veux plus d'un pouvoir qui est impuissant à faire le
bien, me rend responsable d'actes que je ne puis empêcher, et
m'enchaîne au gouvernail quand je vois le vaisseau courir vers
l'abîme.
Si au contraire, vous avez encore confiance
en moi, donnez moi les moyens d'accomplir la grande mission que je tiens
de vous.
Cette mission consiste à fermer l'ère des
révolutions en satisfaisant les besoins légitimes du peuple et en le
protégeant contre les passions subversives. Elle consiste surtout à
créer des institutions qui survivent aux hommes et qui soient enfin des
fondations sur lesquelles on puisse asseoir quelque chose de durable.
Persuadé que l'instabilité du pouvoir, que
la prépondérance d'une seule assemblée sont des causes permanentes de
trouble et de discorde, je soumets à vos suffrages les bases suivantes
d'une constitution que les assemblées développeront plus tard.
1° - Un chef responsable nommé pour dix
ans;
2° - Des ministres dépendant du pouvoir exécutif seul;
3° - Un conseil d'Etat formé des hommes les plus distingués,
préparant les lois et en soutenant la discussion devant le corps
législatif;
4° - Un corps législatif discutant et votant les lois, nommé par le
suffrage universel, sans scrutin de liste qui fausse l'élection;
5° - Une seconde assemblée, formée de toutes les illustrations du
pays, pouvoir pondérateur, gardien du pacte fondamental et des
libertés publiques.
Ce système, créé par le premier Consul au
commencement de ce siècle, a déjà donné à la France le repos et la
prospérité; il les lui garantirait encore.
Telle est ma conviction profonde. Si vous la
partagez, déclarez-le par vos suffrages. Si, au contraire, vous
préférez un gouvernement sans force, monarchique ou républicain,
emprunté à je ne sais quel passé ou à quel avenir chimérique,
répondez négativement.
Ainsi donc, pour la première fois depuis
1804, vous voterez en connaissance de cause, en sachant bien pour qui et
pour quoi.
Si je n'obtiens pas la majorité de vos
suffrages, alors je provoquerai la réunion d'une nouvelle Assemblée,
et je lui remettrai le mandat que j'ai reçu de vous.
Mais si vous croyez que la cause dont mon
nom est le symbole, c'est-à-dire la France régénérée par la
révolution de 89 et organisée par l'Empereur, est toujours la vôtre,
proclamez le en consacrant les pouvoirs que je demande.
Alors la France et l'Europe seront
préservées de l'anarchie, les obstacles s'aplaniront, les rivalités
auront disparu, car tous respecteront, dans l'arrêt du peuple, le
décret de la Providence.
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