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Proclamation
adressée au Peuple français
23 avril 1870
Français,
La Constitution de 1852, rédigée en vertu
des pouvoirs que vous m'aviez donnés et ratifiée par huit millions de
suffrages qui ont rétabli l'Empire, a procuré à la France dix-huit
années de calme et de prospérité qui n'ont pas été sans gloire;
elle a assuré l'ordre et laissé la voie ouverte à toutes les
améliorations. Ainsi, plus la sécurité s'est raffermie, plus il a
été fait une large part à la liberté.
Mais des changements successifs ont altéré
les bases plébiscitaires qui ne pouvaient être modifiées sans un
appel à la Nation. Il devient donc indispensable que le nouveau
pacte constitutionnel soit approuvé par le Peuple, comme l'ont été
jadis les constitutions de la République et de l'Empire. A ces deux
époques, on croyait, ainsi que je le crois moi-même aujourd'hui, que
tout ce qui se fait sans vous est illégitime.
La Constitution de la France impériale et
démocratique, réduite à un petit nombre de dispositions fondamentales
qui ne peuvent être changées sans votre assentiment, aura l'avantage
de rendre définitifs les progrès accomplis et de mettre à l'abri des
fluctuations politiques les principes du gouvernement. Le temps perdu
trop souvent en controverses stériles et passionnées pourra être plus
utilement employé à rechercher les moyens d'accroître le bien-être
moral et matériel du plus grand nombre.
Je m'adresse à vous tous qui, dès le
10 décembre 1848, avez surmonté tous les obstacles pour me placer à
votre tête, à vous qui, depuis vingt-deux ans, m'avez sans cesse
grandi par vos suffrages, soutenu par votre concours, récompensé par
votre affection. En apportant au scrutin un vote affirmatif, vous
conjurerez les menaces de la révolution, vous asseoirez sur une base
solide l'ordre et la liberté, et vous rendrez plus facile dans l'avenir
la transmission de la couronne à mon fils.
Vous avez été presque unanimes, il y a
dix-huit ans, pour me conférer les pouvoirs les plus étendus; soyez
aussi nombreux aujourd'hui pour adhérer à la transformation du régime
impérial. Une grande nation ne saurait atteindre son développement
sans s'appuyer sur des institutions qui garantissent à la fois la
stabilité et le progrès.
A la demande que je vous adresse de ratifier
les réformes libérales réalisées dans ces dix dernières années,
répondez oui. Quant à moi, fidèle à mon origine, je me pénétrerai
de votre pensée, je me fortifierai de votre volonté et, confiant dans
la Providence, je ne cesserai de travailler sans relâche à la
prospérité et à la grandeur de la France.
Napoléon
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