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Tribune libre parue dans le Figaro
(février 1996)
 
Francis Choisel, secrétaire général des Clubs 89, revient dans cet article sur le mouvement de grèves qui a paralysé le pays à la fin de l’année 1995. Il en tire un enseignement que Le Figaro résume par ce sous-titre : «Il est anormal que l’on puisse déclencher une grève sans avoir l’assurance véritable que c’est la libre volonté des salariés».

Grèves : la loi du plus fort

Le temps est venu, un peu plus d'un mois après les événements de décembre, d'en tirer sereinement les enseignements.

On y a vu, comme d'habitude: des assemblées générales regroupant quelques centaines d'étudiants proclamer des universités en grève, alors même que des milliers d'autres suivaient régulièrement les cours; des piquets de grève musclés empêcher les transports de fonctionner, malgré la volonté de nombre de leurs collègues de continuer à assurer leur service; et partout, des votes à main levée effectués sous la pression, prendre des décisions graves au nom d'une majorité par conséquent douteuse.

Ce spectacle, ces pratiques sont-ils dignes d'une démocratie adulte ?

En matière politique, des règles strictes sont édictées par le code électoral pour assurer la légitimité des résultats des élections et des consultations référendaires. Sont en particulier garantis la liberté et le secret du vote: isoloirs, bulletins imprimés, enveloppes, urnes cadenassées.

En matière sociale, à l'exception non négligeable de la nomination des comités d'entreprises et des délégués du personnel, rien de tout cela. Notamment en cas de conflit. On se trouve alors en dehors de tout droit, un peu comme si le citoyen, dès lors qu'il est sur son lieu de travail, ne bénéficiait plus des mêmes garanties démocratiques.

Et ce qui est surprenant, c'est qu'il vient à l'idée de bien peu de gens de s'en étonner.

Il n'est pas question pour nous de relancer ici le débat classique sur la liberté du travail, pas plus que nous ne souhaitons remettre en cause, si peu que ce soit, le droit de grève.

Nous voudrions seulement que l'on ne pût déclencher une grève, la poursuivre ou l'interrompre, qu'en ayant l'assurance véritable que c'est la libre volonté d'une majorité réelle des employés.

Nous souhaiterions même, dans l'idéal, qu'on réglât les conflits sociaux autrement que par l'affrontement. La grève n'est au fond qu'un bras de fer auquel on ne devrait avoir recours qu'en dernier ressort. Ne serait-ce que parce que la déclencher, c'est s'en remettre à la loi du plus fort pour trancher la question litigieuse.

La consultation de l'ensemble des salariés, autrement dit le référendum d'entreprise, la loi de la majorité, devrait être la règle. Et en cas de grève, il devrait être admis qu'aucune décision légitime ne puisse être prise hors du vote libre et secret, et sans un minimum de participation.

Émettons donc le vœu que le Parlement et le Gouvernement engagent une réflexion dans ce sens. Souhaitons que les mentalités évoluent. Introduisons dans nos relations sociales plus de démocratie.

Francis Choisel
Secrétaire général des Clubs 89

 

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