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Article paru dans la rubrique Opinions du Figaro(19 mai 1998)Nous avons restitué ici, en petits caractères, le passage de l’article qui n’ont pas été repris par le journal. Le sous-titre est de la rédaction.Philippe Séguin, président du R.P.R. et François Léotard, président de l’U.D.F., décident d’engager une fusion de leurs deux formations. Se fondant sur l’histoire politique et électorale des cinquante dernières années, Francis Choisel émet des doutes sur l’efficacité électorale de cette démarche.L'illusion centristeTout mouvement qui regarde vers le centre sans avoir préalablement rassemblé son camp subit une érosion inexorable Le R.P.R., avec l'U.D.F., s'enfonce dans le triangle des Bermudes de la vie politique française.Avant de se lancer dans des opérations de fusion centriste, fût-ce à petits pas confédéraux, Philippe Séguin et François Léotard auraient dû étudier avec un peu plus d'attention l'histoire politique et électorale des cinquante dernières années. Que l'on examine la Quatrième ou la Cinquième République, que le scrutin soit donc proportionnel ou majoritaire, l'enseignement est en effet constamment le même.Tout mouvement qui regarde vers le centre sans avoir préalablement rassemblé son camp, subit une érosion lente mais inexorable. Et les regroupements faits dans cette optique ont toujours accéléré la chute des résultats électoraux. Ce genre d'union ne fait pas la force.•Regardons d'abord le centre lui-même. En 1946, sous l'appellation de M.R.P., il obtint 28 % des voix. En 1956, il n'en réunit plus que 11 %, en 1962, 9 %. A cette date il fusionna avec les restes du C.N.I. anti-gaulliste pour former le Centre démocrate : ensemble ils totalisaient 17,5 %. Pure illusion d'optique, car en 1973, ce Centre démocrate retomba lui-même à 10 %. Poursuivant dans la même voie, ils s'agrégèrent aux radicaux refusant l'union de la gauche, puis aux Républicains Indépendants giscardiens pour donner naissance à l'U.D.F. La même méthode eut les mêmes effets : l'électorat de toutes ces composantes, qui représentait à l'origine près de 25 %, fondit peu à peu jusqu'à 17 % l'an passé. Les Français, visiblement, ne veulent pas être gouvernés au centre.Regardons maintenant à gauche. La S.F.I.O. et les radicaux, en 1947, s'allièrent au M.R.P. dans la «troisième force». Les deux partis de gauche, qui pesaient environ 30 % avant cette alliance, n'obtinrent que 24,5 % aux élections de 1951. Le Front républicain du radical Mendès-France, en les ancrant plus à gauche, les ramena à 30 % (et le parti radical fit un bond de 10 à 15 %). Ils revinrent ensuite au socialo-centrisme et déclinèrent inexorablement jusqu'à 20 % en 1962.François Mitterrand entreprit alors leur confédération dans la F.G.D.S., qui n'enraya pas leur chute : 19 % aux élections de 1967 et 16,5 % à celles de 1968. Il comprit son erreur et fit l'union de la gauche avec le parti communiste. Alors le P.S. et le M.R.G. grimpèrent à 20,5 puis 25 et, en 1981, 38 %. En tournant le dos au centre, et malgré la scission du parti radical, la gauche non communiste doubla ses voix et conquit le pouvoir.Le mouvement gaulliste quant à lui, lorsqu'il s'affirma pleinement en 1951, obtint 21 % des suffrages. Perdant l'appui du général de Gaulle et s'alliant avec les partis de la Quatrième République, il s'effondra à 4 %, laissant un vaste espace au poujadisme droitier, qui en remplit 11,5 %. L'U.N.R., dans l'atmosphère d'union nationale qui prévalut après le retour du général de Gaulle, retrouva, en 1958, presque 21 %. Rompant avec tous les partis en 1962, il s'envola à 32 % et continua à progresser en voix aux élections suivantes.Mais lorsqu'il fit alliance au centre, avec l'U.D.F., il retomba à 22,5 % en 1978, à 21 % en 1981, et fut écarté du pouvoir. Cette stratégie étant maintenue, il est aujourd'hui réduit à 17 %. Et, entre temps, l'espace qu'il a laissé en faisant les yeux doux aux centristes, a été occupé par le Front National, héritier du poujadisme, qui rivalise désormais avec lui en voix. Quand le courant gaulliste n'est plus lui-même, il perd sa raison d'être, s'étiole et est débordé sur sa droite.•Averti par cette expérience, le R.P.R. n'a le choix qu'entre deux hypothèses sérieuses. Ou bien, il travaille à une vaste union de la droite, avec le Front National et l'U.D.F., sans se préoccuper de ceux qui feront alors dissidence, transposant ainsi la stratégie de François Mitterrand en 1973. Ou bien il redeviendra vraiment et authentiquement gaulliste, retrouvant ainsi une dynamique lui permettant de mordre à gauche et au centre et ne laissant plus d'espace politique au Front National, comme lorsque le général de Gaulle était au pouvoir, et selon ce qu'avait fait dans son camp Pierre Mendès-France en 1956.Cette solution a évidemment la préférence de Philippe Séguin et de Charles Pasqua, dont c'est l'intime désir. Alors pourquoi ne la font-il pas prévaloir ? Pourquoi n'osent-ils pas l'autre alliance, seule salvatrice, avec le M.P.F. de Philippe de Villiers et le M.D.C. de Jean-Pierre Chevènement ?Pour la République et pour la France, contre la déliquescence de l'État et l'abandon de la souveraineté nationale, c'est de cette autre alliance dont nous avons impérieusement besoin.Francis ChoiselVos réactions |
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