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Inédit (1995)
 
L’article présente un regard d’historien du gaullisme sur la campagne présidentielle de 1995.

Réconcilier ou rassembler ?

«Il faut réconcilier les Français». Cet objectif d'Édouard Balladur était jusqu'ici son originalité dans la campagne. Mais le thème vient de lui être ravi par Jacques Chirac, qui veut, lui aussi, réconcilier les Français «sur l'Europe» et «par l'Europe». Si l'on en croit les sondages, la réconciliation n'a pas vraiment réussi à l'actuel premier ministre... Réussira-t-elle mieux à Jacques Chirac ?

Les deux hommes, issus du R.P.R., semblent entrer là en concurrence pour assumer l'héritage du général de Gaulle, qui appela toujours à l'union des Français : «Depuis l'aurore de notre Histoire — disait-il en 1947 — nos malheurs furent toujours en proportion de nos divisions. Mais jamais la Fortune n'a trahi une France rassemblée.»

Toutefois, l'union selon de Gaulle, est-ce bien la réconciliation qu'on nous propose ?

Réconcilier, c'est apaiser. De Gaulle n'était pas l'homme de l'apaisement. Il était tout sauf conciliant. Tous ses actes forts étaient de rupture, de provocation: de Gaulle n'était pas de la Plaine ni du Marais. Il était de la Montagne. Radical, au sens fort, étymologique du terme. Toujours il a rompu le consensus, le consensus mou, le consensus faux, le consensus du renoncement. À Londres, contre l'armistice et contre Vichy. A Colombey, contre le régime des partis et contre la IVème République. A l'Élysée, pour imposer l'Algérie algérienne, la force de frappe atomique, le retrait de l'O.T.A.N., et en criant «vive le Québec libre!» ou en prononçant le discours de Pnom-Penh.

Sur l'Europe moins que sur tout le reste, il a cherché la «réconciliation». Pas plus lorsqu'il parla de l'Europe de l'Atlantique à l'Oural, en pleine guerre froide, que lorsqu'il imposa le compromis de Luxembourg (le droit de veto) contre l'Europe du «volapük».

L'union des Français, selon de Gaulle, ce n'est pas la réconciliation, mais le rassemblement, terme militaire. Le rassemblement derrière des idées fortes, des idées vraies. Le rassemblement suppose un but vers lequel on tend, défini clairement et avec un réalisme visionnaire. Il suppose un point de ralliement, fixe, solide et ferme. Le rassemblement n'exclut pas la solitude au départ, l'isolement provisoire; il ne cherche pas à rallier les adversaires par la séduction ou par l'ambiguïté mais à les convaincre ou bien à les battre.

Ce n'est pas par hasard si, après onze ans de pouvoir gaullien, en 1969, et se présentant contre Georges Pompidou, Alain Poher, le candidat anti-gaulliste, se définissait dans sa profession de foi comme un homme «d'union et de réconciliation», et même de «conciliation ». De Gaulle, dans la sienne, en 1965, avait au contraire affirmé: « Le choix est clair.» Il faut trancher le noeud gordien ajoutait Pompidou.

La réconciliation est un non-choix. C'est un compromis. Le rassemblement est d'abord un choix, puis un combat. La réconciliation est statique, le rassemblement est dynamique.

Nous sortons d'un septennat de «France unie». Il a donné les fruits que l'on sait. Pour le prochain, il nous faut un de Gaulle, pas un Poher. Un homme de rassemblement, pas un homme de conciliation.

Est-ce une querelle de mots ? Espérons qu'il ne s'agit que de cela.

Francis Choisel

 

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