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Régionales 2010
Les premiers enseignements
du scrutin

L’union, cela ne marche pas.

La fusion du RPR et de l’UDF au sein de l’UMP et l’union dès le premier tour de l’UMP, du Nouveau Centre, du MPF, des Chasseurs, des Démocrates sociaux de Christine Boutin et des groupuscules de l’ouverture à gauche, n’ont pas permis à la droite parlementaire de devancer le seul PS au plan national. La multiplicité des listes à gauche, fondée sur une identification claire de chacune d’elle, a permis de ratisser large.

Sarkozy est giscardisé, chiraquisé.

Comme Giscard pendant son septennat, Sarkozy a, par son comportement, suscité un rejet de sa personne, et en même temps semé la confusion dans son électorat par une politique combinant une ouverture à la gauche sociétale et un ancrage dans la droite de l’argent. Comme Chirac, il a explosé en vol, deux ans après son élection.
Sa défaite est d’autant plus sévère que les 26,1 % des listes sarkozystes ne doivent pas être comparées à son seul résultat du premier tour présidentiel (31,2 %) mais au potentiel électoral global incluant ses alliés (+ Villiers 2,23 + Nihous 1,15 = 34,58 %, auxquels il faut ajouter encore la proportion des 18,5 % de voix de Bayrou correspondant au Nouveau Centre).

Le centre a basculé à gauche ou dans l’abstention.

Des 18 % de Bayrou aux élections présidentielles, il ne lui reste que 4,3 %. Mais ce n’est pas l’UMP ni le Nouveau Centre qui en ont profité. Le premier bénéficiaire est Europe Ecologie, comme lors des élections européennes (électorat européiste et démocrate populaire dans la tradition du MRP de la IVème République). Les autres électeurs manquants se sont abstenus (droite et centre droit antisarkozyste qui n’acceptent pas la dérive à gauche du Modem et ne votent donc pas plus pour Europe Ecologie).

Le FN plafonne mais demeure.

Le FN reste bien vivant mais il plafonne à 11,7%, à peine plus que les 10,44 % de Le Pen à l’élection présidentielle et il fait moins qu’en 2004 (14,7 %). Son « redressement » par rapport aux législatives et aux européennes doit être relativisé.

Compte tenu du débat sur l’identité nationale et de l’actualité, qui ont placé la pré-campagne sur un terrain qui lui est favorable et compte tenu du mécontentement de l’électorat sarkoziste, il aurait dû faire plus. Mais, depuis 2002, une partie des électeurs de la droite a compris que le vote pour le FN était une impasse et a préféré s’abstenir.

Deux gauches de gouvernement
concurrentes mais potentiellement alliées

Le PS, avec 29,3 %, reprend sa place d’alternative crédible pour 2012. Il bénéficie de la prime au sortant dans presque toutes les régions et d’un recentrage sur les thèmes de la gauche sociale, incarnés par Martine Aubry et Benoît Hamon.

Les bons résultats d’Europe Ecologie aux régionales (12,4 %) comme aux européennes (16,28 %) s’expliquent par l’alliance Verts-Bové-Cohn-Bendit qui a démarginalisé les premiers et par la ligne libérale-libertaire modérée et européiste (gauche sociétale de gouvernement) du troisième. Elle draine un électorat centriste et bo-bo que le PS s’écartelait à séduire en même temps qu’il cherchait à conserver un électorat populaire qui le boudait.

Le Front de gauche a ressuscité un radicalisme de gauche
compatible avec le PS.

Le Front de Gauche de Mélenchon (6 %), confirmant son résultat des européennes (6 %) a réussi à marginaliser le NPA de Besancenot (2,5 %). Il a cependant pâti de la volonté des électeurs de gauche de placer le PS devant l’UMP au premier tour pour éviter un succès de l’UMP en trompe-l’œil comme aux européennes. Mais il sera en mesure à l’avenir de drainer un vote utile qui ne lui était pas encore acquis tant qu’il ne s’était pas définitivement imposé comme suffisamment crédible à côté du PS et face au NPA. 

L’ascension de Besancenot était dû à un rejet de la dérive droitière du PS que le PCF n’était plus en mesure de capter. Mais le rejet par le NPA de toute alliance avec le PS stérilisait ces voix. Mélenchon a compris qu’il fallait restaurer un radicalisme de gauche, distinct du PCF (le Front de gauche englobe le PCF et bénéficie de ses ancrages électoraux mais noie son image négative) pour obliger le PS à se gauchiser sans le faire perdre au deuxième tour.

L’alternative au sarkozisme reste fantomatique à droite

Villiers, Boutin, les chasseurs, ont fait le choix de l’union avec l’UMP dès le premier tour. Cela n’a rien apporté à l’UMP et ils ont eux-mêmes complètement disparu du scrutin. Leurs électeurs ne les ont pas suivis. Ils se sont abstenus.

Des listes dissidentes nées de considérations locales se sont présentées ici ou là, sans lien entre elles, recueillant généralement des résultats infimes (moins de 4 à 5 %). Elles se perdent dans le bruit de fond médiatique.

Cas particulier, N.Dupont-Aignan, allié au CNI, a présenté trois listes se réclamant de lui, qui se situent dans les mêmes eaux (2 à 3 %). Celui-ci peut néanmoins se prévaloir d’un relatif succès personnel dans son fief de l’Essonne (8,63 %) qui lui permet de remonter son résultat moyen dans les autres départements d’Ile-de-France (environ 3,5 %) à 4,15%.

Cette dispersion et ces stratégies contradictoires ont empêché toute véritable dynamique et nui à la visibilité nationale des résultats.

53,52 % de « non » aux partis et candidats en présence.

Les Français se passionnent pour la politique. En témoigne la très forte participation au scrutin référendaire de 2005 et à l’élection présidentielle de 2007. Lorsqu’ils s’abstiennent, ce n’est pas par désintérêt, c’est pour signifier leur rejet des candidats en présence.

Plus de la moitié des électeurs n’a pas trouvé une « offre politique » correspondant à leur demande. L’abstention étant, de l’avis général, plus forte à droite qu’à gauche, c’est à droite que l’offre politique est défaillante .

Conclusion pour l’action : il faut bâtir une alternative à droite

On souligne à juste titre que les listes UMP ne disposent d’aucune réserve à droite pour le second tour. Des électeurs d’autres listes, à titre individuel, les rejoindront cependant. Ils pourront même faire la différence en leur faveur, ici ou là, mais à une condition : dire aux électeurs manquants que le message a été reçu « 5 sur 5 », donc ne pas faire la sourde oreille au vote sanction du premier tour, comme cela a été la consigne de le faire lors de la soirée des résultats. Sinon ce vote sanction se reproduira, peut-être même amplifié au second tour.

Si l’UMP n’a pas de réserves, c’est d’une part que chaque courant de la majorité présidentielle n’a pas pu labourer son propre terrain, y récolter, et lui en apporter le fruit au second tour. C’est d’autre part que l’UMP a laissé prospérer à sa droite un FN avec lequel toute alliance de second tour est impossible et que N. Sarkozy a visiblement tout fait (thématique de l’identité et de la burqua) pour orienter vers lui l’électorat mécontent. C’est enfin que l’UMP non seulement n’a pas su créer cette réserve mais qu’elle en a empêché l’émergence : alors même qu’elle abandonnait le centrisme humaniste, qu’elle désertait en partie le gaullisme, et se rétrécissait pratiquement à un simple giscardisme hyperactif et crispé, elle tirait à vue sur tous ceux qui, en son sein ou à sa marge auraient pu contrebalancer cet abandon et cette désertion partielle.

Il reste aujourd’hui, à défaut de pouvoir replacer l’UMP et le chef de l’Etat au centre de gravité de la droite, à leur faire contrepoids en coordonnant et en donnant une visibilité nationale à tous ceux qui, en dehors d’elle, ne se reconnaissent pas dans le FN, en même temps qu’à ceux qui en son sein veulent s’opposer à sa dérive antihumaniste, atlantiste et européiste.

Francis Choisel

On peut compléter cette analyse à la lumière des articles suivants de Francis Choisel :
L’illusion centriste (1998)
La botte secrète de Nicolas Sarkozy (2009)
Sus aux unionistes ! (2010)

 

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