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Opinion publiée dans le Courrier des lecteurs du Figaro
(25 février 1997)
Nous avons restitué ici, en petits caractères, les passages du projet d’article qui n’ont pas été repris par le journal.
 
Des manifestations se déroulent contre le projet de loi sur les étrangers en France, dite «loi Debré». Francis Choisel, secrétaire général des Clubs 89, apporte son soutien au ministre de l’Intérieur. Le Figaro publie un extrait de sa tribune dans le courrier des lecteurs.

Tenez bon, Monsieur Debré !

L'émotion factice créée autour du projet Debré, six mois après l'affaire des sans-papiers, amène une fois de plus à se demander si nous sommes dans une démocratie adulte et si nous vivons dans un État de droit.
À peine quelques «intellectuels» et une poignée de «vedettes du spectacle» ont-ils lancé un appel à violer la loi et à descendre dans la rue, qu'aussitôt les médias, le Gouvernement, le Parlement, les citoyens eux-mêmes s'émeuvent.
Mais que représentent ces contestataires pour parler si haut ? La Science, l'Art, la Pensée? Certes non. Il ne faut pas confondre les vrais savants, les écrivains véritables, les artistes authentiques, avec les intellectuels et les vedettes. Les uns créent, cherchent, écrivent; ils font avancer l'Humanité et laissent un nom dans l'Histoire; ils ont la prudence et la discrétion des grands esprits. Les autres s'agitent, se montrent, battent l'estrade et le pavé, parlent plus souvent qu'ils ne pensent; ils sont brillants parfois, fortunés toujours, profonds jamais. Leurs noms n'emplissent que les gazettes.
Le phénomène n'est pas nouveau, certes, puisque le terme «intellectuel» est né avec ce siècle. Mais depuis le règne de Jack Lang, il s'est aggravé. Il est donc temps de rappeler la différence qui existe entre culture et showbiz, entre génie et célébrité.
Il faut rappeler aussi que le Tout-Paris n'est pas la France. Quel mandat, ces grandes âmes ont-elles reçu ? De quels électeurs ? Devant qui sont-elles responsables? Que connaissent-elles en dehors de leur petit monde de congratulations mutuelles, qui tient tout entier dans une salle de spectacle le jour de la remise des Césars? Que savent-elles des réalités quotidiennes de la France des campagnes et des banlieues, des usines et des bureaux?
Les députés eux, ont été élus par le suffrage universel. Ils sont les représentants du Peuple, qu'ils côtoient pour leur élection et leur réélection, dans leurs permanences et à l'occasion de tous les événements de leur circonscription. S'ils ont renforcé les dispositions du projet du Gouvernement, si les députés socialistes eux-mêmes ont laissé faire, c'est parce qu'ils savent ce que pensent les électeurs, qu'ils connaissent les difficultés auxquels ils sont confrontés. Et si les sénateurs ont un peu réduit le projet, c'est peut-être que leur mode d'élection les met moins directement en relation avec les citoyens.
Que les intellectuels et les vedettes se soumettent donc au verdict des urnes, qu'ils sollicitent les suffrages en 1998; et l'on verra si les électeurs leur donnent raison. On verra si les Français veulent leur confier leur bien-être et le destin de leur pays, où s'ils les renvoient à leurs rôles d'amuseurs et de brasseurs d'idées.

«Tenez bon !» C'est le message que les Français adressent à Jean-Louis Debré et à Alain Juppé à travers les sondages. C'est ce qu'ils disent à leurs élus quand ces derniers vont à leur rencontre dans la rue.

«Tenez bon !» C'est aussi ce que leur conseille le bon sens politique. Ne voit-on pas qu'un recul, ou même l'apparence d'un recul, serait fatal à la majorité? Que veut la gauche qui se met à la remorque du mouvement, qu'attend l'extrême droite qui est curieusement silencieuse sur le sujet? Elles ne souhaitent qu'une chose: que le Gouvernement cède, et qu'il perde ainsi la confiance de ses électeurs, mécontents de sa faiblesse autant qu'ulcérés de le voir incapable d'appliquer son programme et leurs idées.

«Tenez bon !» C'est enfin ce qu'exigent les principes. Le projet Debré consiste en une série de mesures techniques visant à empêcher de tourner ou de violer d'autres lois — et pas seulement les lois Pasqua. On ne peut ériger en principe la désobéissance à la loi. Un gouvernement, en tout cas, ne peut l'accepter. Il ne peut pas plus accepter, et la gauche avec lui, que sur le terreau de l'immigration clandestine se développe le travail clandestin, c'est-à-dire l'exploitation éhontée d'ouvriers étrangers sous-payés, sans protection sociale et en dehors de toute législation du travail.

Si le Gouvernement doute, qu'il sache que des milliers de Français sont prêts à descendre dans la rue pour le soutenir. Qu'il n'oublie pas aussi, qu'en dernier ressort, et face à toutes manœuvres éventuelles pour l'empêcher d'agir, il reste le recours au suffrage universel. Il reste le référendum. A moins que le Peuple ne soit plus souverain.

Francis Choisel

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