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Ouvrage sous forme polycopiée par la Société historique de Boulogne-Billancourt et mis en ligne par le Cercle des anciennes familles boulonnaises
Saisie informatique et additifs: M. Maurice Masse
Tous droits de reproduction réservés: Archives municipales de Boulogne-Billancourt

E. Couratier

Les rues de Boulogne-Billancourt

1962

HISTOIRE PAR RUE

Les voies dont le nom figure en caractères italiques n'existent plus aujourd'hui ou ont changé d'appellation.

L-M

Rue de La Rochefoucauld
Avenue de Lattre de Tassigny
Rue Lazare Hoche
Rue Legrand
Passage Legrand
Rue Lemoine
Rue Liot
Avenue de Longchamp
Rue des Longs Prés
Rue Louis Pasteur
Chemin de la Madeleine
Rue de Magenta
Rue Mahias
Allée Maillasson
Rue de la Mairie (1)
Rue de la Mairie (2)
Place de la Mairie
Rue Maître Jacques
Rue de la Maladrerie
Rue Marcel Loyau
Place Marcel Sembat
Rue Maurice Delafosse
Rue Max Blondat
Rue des Menus
Rue de Meudon
Rue Michelet
Rue Moisson-Desroches
Rue Molière
Rue Mollien
Rue de Montmorency
Rue Moreau-Vauthier
Avenue des Moulineaux

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Suite des rues: N-O-P / Q-R-S / T-U-V-Y


Rue de La Rochefoucauld

Passagèrement dénommée rue de la République.
Du 27 avenue Jean - Baptiste Clément au 24 rue Denfert-Rochereau.
Longueur: 430 mètres - Largeur: 12 mètres.

L’Histoire de cette rue se lie de façon étroite à celle du blanchissage du linge. Elle remonte à peu près à l’an 1750 et son nom est celui de l’abbesse de Montmartre, seigneur de Boulogne, en fonctions à l’époque. Sa parfaite régularité, le premier exemple d’une voie rectiligne en ce pays, fait présumer qu’elle fut établie par l’autorité seigneuriale. Les archives de la Prévôté montrent que les représentants de l’abbaye, en délivrant les autorisations d’alignement, s’attachaient à la conserver. Sous l’Empire, le maire Pance dira qu’elle est la plus belle de Boulogne...

L’industrie de la blanchisserie était alors en pleine expansion dans le pays et c’est elle qui entraînait alors l’augmentation de la population. Les blanchisseurs des Menus, gênés par les grands jardins bourgeois, se portèrent sur ce côté de la Grande Rue en constituant un quartier qu’on appela»le Petit» ou «le Nouveau Boulogne». On nommait la nouvelle rue aussi bien rue du Petit Boulogne que rue de La Rochefoucauld.

De nombreuses buanderies de la rue employaient des quantités considérables d’eau. Ne sachant comment s’en débarrasser, on les déversait sur la rue ou bien on les conduisait dans des trous appelés «cloaques» situés derrière les buanderies. Or la rue était dépourvue de pente, elle demeurait parsemée de trous toujours remplis d’eaux sales au point que les habitants, pour préserver leurs logements de l’inondation, durent rehausser le seuil de ceux-ci, ce qui les obligeait à se courber pour entrer chez eux (!).

En 1791, le maire Breuillié, blanchisseur de son état, fit faire une étude par un ingénieur du Département qui demeura sans résultats, faute de fonds. Le problème devint aigu avec l’extension de cette industrie.

Sous l’Empire, dans presque toutes les séances du conseil municipal, il est question des «eaux lexivielles» et plus particulièrement de celles de la rue de La Rochefoucauld. Une solution médiocre serait d’établir un caniveau au milieu de la rue, mais les blanchisseurs arguent que le manque de pente lui enlèverait son utilité et ils se refusent à en faire les frais. Sous la pression du Ministre comte Mollien, qui avait sa maison «de campagne» à côté, le préfet impose une réglementation et notamment l’obligation d’une autorisation pour ouvrir une nouvelle buanderie et on commence ce caniveau en 1810. Mais on le fait avec tellement d’économie que les pavés se disjoignent . Il y a non seulement des trous, mais les charrettes culbutent sur les pavés et parfois se brisent. On appelait ce caniveau axial une «chaussée fendue». En même temps on se plaint des «cloaques» qui se multiplient parce que, rapidement colmatés, il faut en ouvrir d’autres constamment. En 1810, il y en avait 80 derrière la rue de La Rochefoucauld. Parfois des enfants glissaient sur leurs bords et s’y noyaient. Leur odeur était telle l’été que les maires se lamentent parce qu’elle chasse les «bourgeois» qui venaient passer la belle saison à Boulogne. Le maire Vauthier se flatte un moment d’une amélioration, mais les plaintes se prolongent jusqu’en 1825-1827. La construction d’un égout à ciel ouvert dit «Grand Caniveau», partant de l’extrémité de la rue drainera les eaux à la Seine en longeant une partie du Bois et la propriété Rothschild. Ce fossé subsistera jusqu’en 1855. 

La largeur de la rue était primitivement de 8 mètres. En 1835, le conseil entend une pétition des riverains qui déclare qu'«il n’est pas raisonnable de classer la rue à 10 mètres» et le maire ayant émis l’avis que, du fait qu’elle se terminait devant le mur du Bois de Boulogne, elle n’avait pas d’avenir, on décida de ne rien changer. «La force des choses» sous la forme d’un arrêté du préfet, imposa les 10 mètres en 1852, en principe tout au moins. Une chaussée «bombée», avec deux caniveaux latéraux et trottoirs, fut ébauchée vers 1840 pour remplacer l’ancienne chaussée «fendue», un égout souterrain commencé en 1854.

La rue fut, durant longtemps, le principal siège de la blanchisserie. Au milieu du XIXème siècle il y avait là plus de 50 de ces établissements, tous disparus aujourd’hui. De grands séchoirs se trouvaient à l’arrière, parfois assez loin, sur le plateau des Guérets. 

Sous la révolution la rue fut dénommée rue de la République, conservant ce nom jusqu’en 1808. On sait que Napoléon était Empereur en vertu des constitutions de la République. Le maire Vauthier, marchand mercier, avait sa boutique et son logis à l’angle de la rue et de la Grande Rue. Sa maison existe encore. Il y mourut en 1814, s’étant donné la mort, dit-on «pour ne pas voir l’ennemi souiller le sol de la Patrie». En 1848, elle reprit ce nom de rue de la République, lequel disparut on ne sait trop comment 3 ans plus tard. Aucune des républiques ressuscitées depuis n’a pensé à le lui redonner.

Nous ne savons si l’opinion républicaine joua un rôle dans la bagarre qui se livra dans cette rue en 1832 entre fidèles de «l’Eglise Française» de l’abbé Chatel, et fidèles de «l’Eglise Romaine». A distance, cette passion pour la théologie nous paraît admirable mais un peu étonnante à l’époque louis-philipparde, et dans une cité presque exclusivement consacrée à laver le linge sale de la capitale.

Avenue de Lattre de Tassigny

Ancienne chaussée du Pont.
Route nationale n° 307.
Du pont de Saint Cloud à la place Rhin et Danube.
Longueur: 170 mètres - Largeur: 37 mètres.

Cette avenue fut autrefois une véritable chaussée, c’est-à-dire un chemin artificiel élevé sur un marécage et donnant accès à un pont. Elle est donc aussi ancienne que le pont de Saint Cloud lui-même, qu’on dit avoir existé au IXème siècle - ce dont nous pouvons douter - mais qui, sans doute, fut construit par l’évêque Maurice de Sully à la fin du XIIème siècle. Il est même vraisemblable qu’il y avait auparavant un bac et, avant le bac, un gué, ce qui ferait remonter le chemin à l’époque gallo-romaine ou plus anciennement encore. On sait que le pont de Saint Cloud fut converti en forteresse dès la guerre de cent ans et les armées se le disputèrent de façon sanglante à maintes reprises, encore Turenne contre Condé en 1652. La Chaussée du Pont fut naturellement chaque fois le théâtre de ces manifestations brutales. 

La Seine demeura longtemps à l’état naturel, c’est-à-dire que son lit n’était pas aussi fixe qu’aujourd’hui ; d’où les marais qui, tantôt saturés d’eau, tantôt à sec, atteignaient la Demi-Lune, plus tard rond point de La Reine. Des buanderies s’étaient établies sur les côtés qui embarrassaient la circulation. En 1811-1813, on fit des travaux au pont, en faisant disparaître notamment l’ancien moulin de l’Archevêque, et en même temps les bâtiments furent démolis. En ce temps, l’Empereur avait sa résidence d’été à Saint Cloud et il n’entendait pas être gêné dans ses mouvements. Un règlement fut établi qui interdisait de construire à moins de 10 mètres des plantations de la «levée». Les arches situées sur le marais disparurent avec celui-ci. 

Le nom d’avenue de Lattre de Tassigny lui a été donné par le conseil municipal le 7 avril 1952 pour honorer le chef de la 1ère Armée Française de 1944-1945. 

Rue Lazare Hoche

Du 92 rue Denfert - Rochereau au 36 rue de l ‘ Est.
Longueur: 179 mètres - Largeur: 12 mètres.

En 1881, le conseil municipal eut l’intention de percer cette rue et dans ce but, échanger un terrain avec M. Boussugue pour l’amorcer. L’acte rappelle les prix payés dans les temps plus anciens: en 1820, 300 francs pour 1298 mètres carrés: en 1817, le même avait été loué pour 10 francs de rente représentant un capital de 200 francs. L‘échange de 1881 ne mentionne aucun prix, se pratiquant pour des surfaces comparables. 

L‘intention ne se concrétisa, très timidement, qu’en 1903 en vue de la desserte de la nouvelle école de filles. Elle n’alla pas plus loin. On donna le nom de Lazare Hoche à ce début de rue par délibération du 8 janvier 1905 approuvée par le décret du 7 février 1905 Le conseil municipal, nationaliste à l’époque, entendait honorer le Général Français (1768-1797), mais non le révolutionnaire, quoique Hoche ait été l’un et l’autre. 

Le prolongement jusqu’à la rue de l’Est fut réalisé à la suite des délibérations des 21 avril et 10 novembre 1912 et de l’arrêté du préfet du 24 décembre suivant, les riverains s’étant engagés à verser 30 francs par mètre de façade. Ce chiffre élevé représentait une participation aux frais de viabilité et, ceci est une rareté, une partie de la plus-value éventuelle du prix du terrain. 

Rue Legrand

Voie réunie à la rue Galliéni.

L’histoire de cette rue se rattache à celle de la rue de La Plaine (Galliéni), à qui on a fini par l’annexer. Vers 1840, la Plaine de Boulogne était envahie par les eaux des blanchisseurs installés dans les rues de la Maladrerie (Bellevue), de Silly, d’Aguesseau, qui ne s’écoulaient pas faute de pente et se trouvaient d’ailleurs arrêtées par la chaussée de la rue de Sèvres, récemment rehaussée à l’occasion de sa promotion à l’état de chemin départemental. La blanchisserie du sieur Legrand se trouvait à cet endroit et, tout en gênant ses voisins, était elle-même gênée. Legrand, adjoint au maire, et son gendre Ouachée, offrirent le terrain nécessaire pour une rue de 10 mètres destinée à faire passer les eaux entre la rue de Sèvres et la Seine, à la condition que cette rue porterait le nom de Legrand (1851). Ceci se passait à un moment où le projet de rue «de La Plaine»  paraissait abandonné. La commission administrative faisant office de conseil municipal accepta le 5 décembre 1852 et le préfet confirma le 29 en précisant que la rue s’appellerait rue Legrand. Presque aussitôt, on reprit le projet de La Rue De La Plaine. 

Une pétition du 22 mai 1903 se plaint d’un terrain non clos situé à l’angle des rues de Sèvres et Legrand «qui sert de lieu de réunion à de nombreux enfants dont les cris et les ébats sont une gêne pour les riverains et les voisins, et de réceptacle à tous les détritus et de w-c aux parents». Le quartier était alors presque inhabité... Le 3 juin de la même année, le conseil municipal refusait de changer le nom de la rue en celui de rue de La Plaine pour respecter la volonté du donateur de 1851. Le temps passa...Le 22 mai 1936, le conseil municipal décida que la rue Legrand deviendrait une partie de la rue Galliéni «dont elle n’est que le prolongement».

Passage Legrand

Du 91 avenue Edouard Vaillant au 94 rue du Vieux Pont de Sèvres.
Longueur: 124 mètres - Largeur: 4 mètres.

Le prolongement de la rue des Longs Prés entre la rue du Vieux Pont de Sèvres et la Route de Versailles avait été décidé les 17 mai 1867 et 14 novembre 1869, le crédit voté. La guerre de 1870 fit surseoir. On y revint en 1878 et plusieurs séances du conseil municipal discutèrent du prix de la propriété Renaud. Ce propriétaire acceptait 5 francs du mètre carré en 1869, 10 ans plus tard, il en voulait 10 francs. On se contenta d’un passage de 3 mètres établi par M. Renaud qui devint public et prit le nom d’un propriétaire. Quand on reparla de l’affaire, on se trouva devant l’usine Plassard, venue là en 1897. Le conseil municipal demanda l’expropriation, mais le conseil d’Etat, en mai 1900, déclara la rue inutile. Le préfet accepta l’élargissement à 4 mètres. Nouvel effort en 1920. On discute avec Plassard qui voudrait qu’on lui paye le 4ème mètre pris en 1900. Le préfet stoppe l’affaire. 

Rue Lemoine

Du 60 avenue Jean Baptiste Clément à la rue Tisseran.
Longueur: 132 mètres - Largeur: 12 mètres.

M. Alexis Lemoine possédait le terrain sur lequel a été bâtie la Salle des Fêtes, et qui correspondait à l’ancien hôtel de Narbonne qu’avait habité Cambacérès. En 1893, il décida de le vendre et, pour le lotir, y perça des rues dites A, B, C, et une autre à laquelle il donna son nom. La Ville lui proposa d’échanger une partie de son domaine contre le bâtiment de l’ancienne mairie, rue de Montmorency, ce qu’il accepta. Une convention en ce sens fut approuvée par le conseil municipal les 29 juin 1893 et 30 mai 1894. Il était spécifié que la commune ferait la viabilité de la rue Lemoine et conserverait ce nom. Le préfet classa définitivement la rue le 29 avril 1895. 
En 1915, M. Eugène Legret légua par testament un bel immeuble de cette rue au bureau de bienfaisance.

Rue Liot

Du 19 avenue du Général Leclerc au 152 rue du Vieux Pont de Sèvres.
Longueur: 150 mètres - Largeur: 12 mètres.

Le 7 janvier 1895, le maire Clément signait avec M. Peltier une convention par laquelle celui-ci cédait à la Commune une superficie de 6638, 39 mètres carrés destinés à l’établissement d’un marché d’alimentation et au percement de quatre rues. Le prix de base était de 15 francs le mètre carré. Les signataires n’eurent pas de chance, M. Peltier, ancien propriétaire de la future usine Carnaud, mourut le 8 novembre 1895 et M. Clément ne fut pas réélu à l’élection de l’année suivante, battu par une coalition dont faisait partie le groupe des Intérêts de Billancourt qui lui reprochait notamment le coût élevé du projet de marché, d’ailleurs avec assez peu de bonne foi. Les adversaires de M. Clément, une fois élus, exécutèrent d’ailleurs le Marché et n’en reçurent pas non plus de compliments. 

Naturellement, aucune des 4 voies ne reçut le nom de Clément, mais on donna à l’une d’elles le nom d’un maire qui n’avait été pour rien dans le marché, ce qui, peut-être, vexa l’autre. Le conseil municipal, le 9 juin 1897, décida qu’une des rues porterait le nom de Liot, maire de 1876 à 1892, décédé le 23 février 1893. Un décret approuva le 17 août 1893. Le geste était d’autant plus méritoire que le conseil municipal de 1897 était composé en partie de gens qui avaient combattu M. Liot de son vivant. C’était notamment le cas du maire Jochum, chef du parti radical local. Mais M. Liot avait assuré honnêtement une gestion efficace et cela n’était pas oublié. 

Rue des Longs Prés

Du 117 rue du Vieux Pont de Sèvres au 104 rue du Point du Jour.
Longueur: 430 mètres - Largeur: 12 mètres.

Le «Long - Pré» était un lieu-dit signalé au XVIIIème siècle. Une dame de Longpré, fut seigneur d’une partie du Fief Beaudoin à la même époque. Un acte de partage de 1779 mentionne une terre de Longpré au Fief Beaudoin. En 1850, il n’existait d’autres voies dans ce quartier que la rue du Vieux Pont de Sèvres - l’ancienne Route Royale de Versailles - et le chemin de Billancourt - rue du Point du Jour -. En 1855, les terrains furent acquis par le comptoir Bonnard, qui établit la rue à laquelle il donna le nom de l’ancien lieu-dit. Aussitôt après l’annexion de Billancourt à Boulogne, le conseil municipal envisagea de donner une issue à la rue sur la Route de Versailles, et vota en ce sens en 1867 et 1869. Un crédit de 15039, 92 francs fut voté pour les indemnités ; Ce fut le début de l’histoire du passage Legrand dit alors passage des Longs Prés, et qui n’est pas encore terminée de nos jours. A l’époque il s’agissait de désaccord sur le prix du terrain: 5 francs en 1869 offert: 10 francs en 1879 demandé. Plus tard ce fut l’usine Plassard qui fut en cause..

En 1869, la Ville avait acquis un terrain à l’angle de la rue des Longs Prés et de la rue du Vieux Pont de Sèvres pour y édifier une école. Elle y renonça quand elle apprit qu’il y avait eu là une carrière et l’échangea pour celui de la rue de Clamart, qui avait lui aussi été fouillé - ce que l’on apprit qu’après coup.

La rue actuelle des Longs Prés, entretenue par le comptoir Naud, successeur de Bonnard, fut transmise par lui aux propriétaires riverains en 1885 et dès lors cessa d’être entretenue. Un rapport du conducteur-voyer en 1897 lui reconnaissait une largeur de 12 mètres avec une chaussée de 7, 30 mètres, le tout dans un état déplorable. Il existait des bombements de 25 à 30 centimètres de flèche dans lesquels les tombereaux avaient fait des ornières et des cloaques, notamment au carrefour de la rue du Dôme où le passage était absolument impraticable pour les piétons. Le conseil municipal, alors favorable au quartier de Billancourt, en fut ému et accepta le classement le 25 août 1899, ce que le préfet accepta le 25 novembre. 

En 1900, les propriétaires se plaignaient que les travaux de nivellement avaient enterrés leurs immeubles. 

La rue a changé complètement d’aspect avec les grandes constructions édifiées depuis 1955 et dont les plus importantes et les plus hautes, construites sur l’emplacement des usines Salmson, sont dues à un «promoteur» célèbre par son manque d’honnêteté et..son impunité...

Rue Louis Pasteur et rue Albert Laurençon

De la rue de l’ Est au 63 rue Fessart

Sur l’ancien chemin des Guérets, aujourd’hui rue Gambetta, se greffait jadis le sentier de la Sablière - ou des Guérets - qui traversait la lande pour aboutir à une carrière vers la Porte des Princes (rond point Victor Hugo). L’état des chemins vicinaux de 1855 lui reconnaît une largeur très théorique de 8 mètres sur 486 mètres, en suivant trois directions.

L’établissement des rues de l’Est et du Château «mangea» une partie de la sente. Les riverains de la partie restante offrirent le terrain pour une rue de 12 mètres. Le 7 novembre 1860, le conseil municipal accepta le principe mais ne donna aucune suite. 

Comme la sente un peu rectifiée et élargie subsistait, l’assemblée finit par accepter une nouvelle offre des riverains le 14 mars 1898 en décidant l’élargissement à 12 mètres. Le préfet donna son accord le 1er Octobre.

Le nom de Louis Pasteur lui fut donné par délibération du 21 décembre 1898 confirmée par décret du 30 janvier 1899.

Les travaux coûtèrent 17151 francs, dont 3% pour l’architecte-voyer. La fabrique de serrures Fontaine, installée là en 1898, réclama parce que ses bâtiments se trouvaient encaissés. Elle obtint 2152 francs de dédommagement. 

Cette rue, en exécution du plan d’aménagement communal de 1932, devait être traversée par une grande voie allant du pont de Sèvres à la porte Molitor. En vue de sa réalisation, le conseil municipal acquit en 1934 la carrière Bruneau, terrain de 7250 mètres carrés au prix de 280 francs le mètre. Ce quartier, vers 1815, appartenait en grande partie à Mme Deville qui le vendit pour quelques centimes. En 1910, il valait entre 30 et 40 francs. L’abandon du projet, décidé en 1948, a annulé l’opération. 

La coopérative de construction «Terre et Famille»  a édifié un groupe d’immeubles dans cette rue en 1950. L’extrémité sur la rue Denfert-Rochereau a été franchie par une construction et a reçu le nom d’Albert Laurençon, pionnier des H.L.M., en 1959.

Chemin de la Madeleine

Dit aussi Chemin des Gueuses ou des Madelonnettes.

La liste des chemins vicinaux de 1830 mentionna «le chemin ou plutôt la sente de la Madeleine» commençant route de la Reine et finissant dans les terres, avec 2 mètres de largeur. Le 22 janvier 1837, il est dit que le sous-préfet l’a déclassée. Elle est dénommée aussi «sente des Gueuses» ou «des Madelonnettes»

Le sol appartenait aux riverains. Cependant, en 1848, le maire Ollive le vendit à M. de Guaïta qui en avait besoin pour arrondir sa propriété — laquelle, en 1880, fut achetée par la Commune pour y installer la mairie et y construire un groupe scolaire. M. de Guaïta construisit à l’entrée de la sente une chapelle privée, peut-être pour purifier l’endroit dont le nom évoquait fâcheusement les filles de mauvaise vie. L’origine de ce nom pouvait se trouver, soit dans des fréquentations douteuses (ou plutôt non douteuses) ou bien dans un refuge-prison. Un terrain voisin appartenait à l’Hospice des Quinze-Vingts. Mais le rapport se voit mal. Notons que le gibet de Saint Cloud planait sur le quartier avant la Révolution, ce qui sans doute en faisait un coin assez désert et mal famé. 

Les propriétaires de 1848 protestèrent en vain, encore en 1866, date de la mort de M. de Guaïta. C’était un peu tard. En 1880, on a percé dans le parc la rue de la Mairie, laquelle a le même tracé que l’ancienne sente. 

Rue Mahias

Du 62 bis avenue Jean Baptiste Clément au 19 rue du Parchamp.
Longueur: 225 mètres - Largeur: 12 mètres.

Il est assez curieux qu’il n’ait pas existé jadis de chemin correspondant au tracé de cette rue, tout au moins sur les plus vieux plans. Le quartier des Menus, qui fut le noyau de Boulogne même après la construction de l’Eglise, se trouvait donc bloqué vers le Sud. Il est probable que ce fut là le résultat d’un accaparement fait par un propriétaire analogue à celui - certain - qui a amputé la rue des Menus, au Nord, au XVIIIème siècle. 

La rue actuelle a été établie par le possesseur du domaine dit «Hôtel de Narbonne», M. Lemoine, en 1893 sous le nom de rue «A», et cédée par lui à la Commune avec d’autres rues, par acte approuvé par le conseil municipal les 29 juin 1893 et 30 mai 1894 et par le préfet le 29 avril 1895. 

Le nom de Mahias lui fut donné par le conseil municipal le 3 mai 1895 et approuvé par décret du 25 juin 1895. Mahias avait été le chef du Parti Républicain à Boulogne sous l’Empire puis était devenu préfet en 1871. Il mourut en 1882 à 45 ans. A ce moment, une proposition de donner son nom à une rue avait été repoussée par le conseil municipal le 10 février 1882 en «considérant qu’il est préférable de ne donner aux voies publiques que des dénominations rappelant par exemple des faits historiques ou des noms d’hommes illustres s’étant acquis des droits à la reconnaissance publique».A l’époque le maire Liot avait été conseiller municipal en 1870-1871 comme Mahias, élu sur la même liste. En 1895, M. Liot étant mort, d’autres se rappelèrent de Mahias dont les titres furent reconnus par des gens qui, en général, ne l’avaient pas connu. Certains assurèrent qu’on avait voulu honorer également le frère de Mahias, Lieutenant-Colonel mort en mer en revenant de la guerre du Tonkin en 1885. Le vrai nom de la rue serait «Rue des Frères Mahias». 

La Commune acquit des terrains subsistants de la propriété Lemoine en 1899, pour y construire des écoles auxquelles la Municipalité renonça par la suite. Un lot fut acquis par le Département pour y édifier une caserne de Gendarmerie (1905). Le terrain fut payé 45 francs le mètre carré. Notons que le père de Mahias, mort à Boulogne en 1849, avait été lieutenant de Gendarmerie. Coïncidence...

Allée Maillasson

De l’avenue André Morizet à la rue Paul Bert.

L’allée n’était qu’un étroit sentier à peu près sans entretien, ouvert en partie sur une carrière appartenant à l’entreprise Maillasson lorsque le conseil municipal décida de le transformer en rue de 12 mètres, le 22 mai 1936. Le préfet opina favorablement le 25 avril 1938.
La guerre empêcha d’entreprendre les travaux de mise en état de viabilité, lesquels ont été effectués en 1954-1955. 

Rue Maître Jacques

Du 59 rue de Paris au 58 Route de La Reine.
Longueur: 95 mètres - Largeur: 12 mètres.

Le chemin de Maître Jacques figure sur la liste des chemins vicinaux du 1er octobre 1829, avec une largeur de 8 mètres, sur celle de 1830 avec une largeur de 10 mètres - sur le papier -. Le 5 août 1833, il est dit au conseil municipal «que par sa position et ses débouchés sur plusieurs routes, il est susceptible de prendre une grande importance» et, le 1er août 1836, qu’il commence rue de Paris et finit Route des Princes (avenue Victor Hugo).

En fait, ce n’était qu’une sente. Son nom rappelait sans doute celui d’un ancien propriétaire cultivateur d’une époque indéterminée, et il est improbable qu’il ait eu un rapport quelconque avec les compagnons du Tour de France et la «Franc - Maçonnerie» opérative. 

Son importance virtuelle se trouva ruinée par l’établissement du cimetière au lieu-dit «Les Belles Feuilles», dont il traversait l’emplacement en diagonale. Le 17 mai 1857, le conseil municipal décidait d’incorporer dans la voirie publique ce qui restait du chemin de Maître Jacques, entre la rue de Paris et la Route de La Reine, de façon à prolonger «le Boulevard de l’Ouest» qui devait servir de limite au cimetière. On ne parla plus de l’autre extrémité qui subsiste encore. (sous le nom de sente Maître Jacques entre la rue Galliéni et l’avenue Victor Hugo).

Place Marcel Sembat

Carrefour des avenues du Général Leclerc, Edouard Vaillant, André Morizet, Victor Hugo, des boulevards Jean Jaurès et de la République
et de la rue des Quatre Cheminées.

Le carrefour date de l’achèvement de la nouvelle Route de Versailles en 1825. Cette route n’était alors traversée que par la Route des Princes qui remonte au XVIIIème siècle et dont la rue des Quatre Cheminées, jadis plus large, est une portion. L’endroit fut longtemps connu sous le nom des «Quatre Cheminées», encore que ce vocable, qui n’est peut-être que la corruption du mot «Cheminaie», ait désigné primitivement la «demi-lune» aujourd’hui place du Marché. 

Ce carrefour reçut successivement le Boulevard de Strasbourg (Jean Jaurès) un peu avant 1870 et le Boulevard de la République en 1910, puis la seconde partie de celui-ci (avenue André Morizet) en 1939. Il était devenu très animé durant la guerre de 1914-1918 avec le mouvement du personnel des usines de Billancourt et cette animation a naturellement crû avec la construction du Métropolitain (1934), et la «descente» du commerce du Boulevard vers le Sud, accélérée depuis 1950. 

Le nom de Marcel Sembat lui a été donné par le conseil municipal le 31 juillet 1926. Marcel Sembat fut député de Paris et un des chefs du parti S.F.I.O. au temps de Jaurès. Il fut ministre durant la guerre de 1914.

Rue Maurice Delafosse

Ancienne rue du Centre.
Du 14 rue Fessart au 68 rue des Tilleuls.
Longueur: 85 mètres - Largeur: 10 mètres.

Une des rues ouvertes en 1841, dans le lotissement Fessart et qui, comme les autres, reçut son nom de Rue du Centre des lotisseurs. Elle vécut sans faire de bruit jusqu’au jour où, à la demande de M. Vacquier, président de l’association philotechnique, beau-frère de Maurice Delafosse, le conseil municipal décida de lui donner ce nom. Delafosse, né à Sancergues dans le Cher le 20 décembre 1870, administrateur et explorateur, avait parcouru l’hinterland de la Côte d’Ivoire entre 1895 et 1907 et était devenu Gouverneur de l’Oubanghi-Chari en 1918. Ethnographe «maître de la science Africaine», il écrivit divers livres sur les Noirs, leurs moeurs et leurs langages. Il mourut à Paris le 23 novembre 1926 ; Il avait habité Boulogne avant 1900.

Rue Max Blondat

Ancienne rue Moisson-Desroches.
De la place Denfert-Rochereau au 20 rue Gutenberg.
Longueur: 160 mètres - Largeur: 12 mètres.

Le 13 février 1874, M. Darcel, Ingénieur en chef en retraite, écrivait au maire au nom de la Caisse Générale des Familles, pour lui demander de faire classer les deux rues ouvertes par cette compagnie dans le Parc des Princes et mises par elle en bon état.La lettre indiquait qu’elle avait pris l’engagement, aux termes des contrats d’acquisition consentis par l’ancien propriétaire, M. Moisson-Desroches, de donner le nom de ce dernier à l’une de ces rues et de le conserver.

Le maire accepta le 21 février 1874 sous condition de la cession gratuite du sol et du paiement de certains frais imposés par la Ville de Paris aux acquéreurs des terrains du Parc des Princes en 1855-1856.

Un état fait pour constater l’état des rues les désigne sous les noms de Darcel et de Moisson-Desroches. Le préfet classa le 15 mars 1876. 

Vers 1900, on pensa à prolonger cette rue de façon qu’elle atteigne la rue de la Pépinière et permette une communication directe avec le Bois de Boulogne. Le conseil municipal accepta de classer par avance cette voie le 18 juillet 1913 et le préfet approuva le principe. Mais le principal propriétaire, M. Lebel, refusa de céder son terrain et, conseillé par l’ancien voyer de Boulogne Billoret, il proposa un «décrochement» en demandant 150 francs par mètre carré, ce qui, dit-il, mettrait le coût de l’opération à 450000 francs. Il y eut un décret prononçant l’utilité publique le 23 janvier 1914, puis le préfet ordonna la mise à l’enquête le 6 mars. La guerre survint et enterra l’affaire. Cette opération n’avait pas un caractère de nécessité très grande. 

Ignorant l’entente des contractants de 1874, le conseil municipal, le 12 mars 1926, changea le nom de la rue en celui de Max Blondat, sculpteur de talent, qui venait de mourir. Il avait habité le Parc des Prince. 
Notons que, dans un autre genre, Moisson-Desroches, très savant ingénieur, avait été lui aussi un homme remarquable, et avait lui aussi habité le Parc des Princes. 

Dans cette rue, a vécu et travaillé durant un demi-siècle le sculpteur Paul Landowski, décédé en 1962. (A qui l’on doit les Fontaines de la Porte de Saint Cloud).

Rue des Menus

Du 16 rue du Parchamp à la rue du Transvaal.
Longueur: 200 mètres - Largeur: 15 mètres;

Si aucun texte ne dit que cette rue est la plus ancienne de Boulogne, aucune hypothèse autre ne peut se substituer à cette idée qu’il y a là le berceau de notre ville. Le hameau des «Menus lès Saint Cloud» est signalé en l’an 1134 à l’occasion du don qu’en fait le roi Louis VI à l’abbaye de Montmartre, et on sait qu’il est plus ancien que l’Eglise qui ne remonte qu’à l’an 1320. Ultérieurement, la prévôté se nomme «Les Menus et Boulogne» alors que l’église est celle de Notre Dame de Boulogne, ceci jusqu’en 1790, comme si deux agglomérations avaient une vie particulière dans les temps anciens. mais cela ne résulte sans doute que du fait que l’église fut longtemps en dehors du village lui-même et nommé Boulogne en raison de l’Eglise et du Pèlerinage. 

Notre rue actuelle des Menus était jadis plus longue. Le fait est établi pour son extrémité septentrionale par un acte de 1703 autorisant le marquis de Rambouillet (Fleuriot d’ Armenonville) à l’annexer à sa propriété. On peut supposer qu’elle se prolongeait auparavant sur Longchamp. En 1810, le comte Réal, son lointain successeur, en prit aussi un «petit reliquat». Le siège de la Seigneurie et de son représentant le Prévôt se trouvait dans cette rue entre nos rues du Bac et de l’Abreuvoir. Le carrefour avec cette dernière rue se nommait place de la Seigneurie ou place de l’Orme. C’était le lieu des exécutions publiques.

Les bâtiments de la Seigneurie étaient occupés par le fermier de l’abbaye qui avait la garde des archives et de la prison ; il était aussi receveur des droits seigneuriaux. Dans ces bâtiments se trouvait «l’Auditoire», grande salle où le Prévôt rendait la justice et communiquait ses ordres aux manants convoqués par le syndic à cet effet tous les 15 jours. L’existence de cet auditoire et d’une pièce de bureau nous fait admettre que la première mairie y eut son siège en 1790 et que le comité révolutionnaire s’y établit en 1793-1794. Nous ignorons à quel moment ces bâtiments furent démolis. Ils furent vendus comme biens nationaux. 

Il est vraisemblable qu’au Moyen-âge il y eut dans l’endroit, sinon un château fort, du moins un Donjon. Les désignations rue et cour du Donjon se retrouvent au début du XVIIIème siècle vers la rue de l’Abreuvoir. Mais quant au donjon lui-même, bernique ! Il se peut que cette «forteresse» corresponde à la seigneurie citée plus haut. Il se peut aussi que celle-ci ait été plus récente et que le «Château du Moyen-âge» corresponde aux communs du baron de Rothschild. L’origine de la propriété Rothschild ne nous est connue qu’à partir de 1703 sans que nous puissions remonter plus haut. Toute l’histoire de Boulogne avant le XVIIème siècle est purement religieuse ou plutôt ecclésiastique, à part quelques renseignements généraux et fort vagues, et il est impossible aujourd’hui de reconstituer les événements «civils» et la topographie remontant au-delà autrement qu’à grand renfort d’hypothèses. Notons en passant que la désignation «parc de Bailgu» ne remonte qu’à 1950 et parait avoir été inventée pour éviter un certain nom quelque peu «tabou»... L’existence (certaine) de la seigneurie et (hypothétique) de la mairie dans cette rue explique qu’elle ait été encore importante au XVIIIème siècle, époque où on l’appelait «la Grande Rue des Menus», alors que le terme «Grande Rue de Boulogne» n’était pas encore courant pour désigner la future avenue Jean Baptiste Clément. 

Il est curieux qu’à la fin du XVIIIème siècle on voit apparaître le terme «Rue du Menu»  sans que ce singulier quelque peu singulier s’explique. En 1856, le jeune Mahias l’emploie encore en notant que des cultivateurs font cuire leur pain eux-mêmes et aussi en mentionnant ses regrets d’une «goguette» en vogue où il chantait (et buvait) avec ses amis durant sa jeunesse. 

C’est précisément à cette époque que le quartier des Menus a une mauvaise réputation et qu’on parle de ses «bouges». Cela parait avoir commencé avec le Premier Empire, où la «Cour Sans Pain» est notée sur le registre des décès avec la mort de miséreux sans état-civil. Un peu plus tard, des prêtres seront dits «Apôtres des Menus» ainsi l’abbé Franche sous la Restauration, et l’abbé Gentil au début du Second Empire, ce qui laisse à penser que ses habitants avaient besoin d’être «évangélisés». En 1895, la «Gazette» félicitera à la fois le baron de Rothschild et un adjudant de Gendarmerie pour avoir «assaini» les Menus, le premier en démolissant des maisons mal famées, le second en traquant les truands. 

La raison de cette «spécialisation» peu enviable provient de la transformation des anciennes fermes en lieux d’habitation et de la construction en désordre d’immeubles au milieu des cours de ces fermes, ce qu’il est encore possible de constater sur le terrain. (C’était en 1962 !). Et naturellement les vieilles bâtisses ou plutôt les mauvaises habitations ne peuvent être habitées que par des pauvres gens. Le quartier était «minable» depuis fort longtemps quand apparurent les premiers Italiens. Il y en avait quelques-uns au recensement de 1866, mais c’est la destruction de Saint Cloud en 1871 qui en amena ici un grand nombre, la plupart originaires de la même paroisse de Boccolo di Tassei. Leur nombre a grossi considérablement et la plupart ont fini par devenir des nationaux en gardant souvent certains caractères particuliers du fait de leurs mariages entre eux. Le Quartier des Menus n’a pas perdu complètement son caractère ancien, mais il est surtout devenu le quartier italien (toujours en 1962). Avant 1914, ce caractère était plus prononcé qu’à présent. Les Italiens vivaient assez en vase clos et les jeunes gens des environs ne pouvaient, sans risquer la bagarre, pénétrer dans les bals musettes du quartier. La réciproque était d’ailleurs vraie.

Il y a longtemps que le quartier des Menus n’est plus totalement un assemblage de cours des miracles, mais c’est le seul de Boulogne qui a encore quelque pittoresque, un peu à cause de quelques vieilles maisons, beaucoup plus par l’aspect assez italien de certains endroits... lorsqu’il y a du soleil. Il n’est peut-être pas aussi insalubre qu’on l’affirme parfois mais il n’y a aucun doute que, s’il serait regrettable de le détruire en raison du pittoresque, il a certainement besoin d’une rénovation, si on ne peut se contenter d’un «curetage». 

Rue de Meudon

Du quai de Stalingrad au 27 rue d’Issy.
Longueur: 620 mètres - Largeur: 15 mètres.

Etablie par la Société de Gourcuff comme principale voie d’accès à son lotissement de 1825, cette voie figure sur un plan de 1831. En 1825, la Route des Princes se prolongeait encore jusqu’à la vieille Route de Versailles (du Vieux Pont de Sèvres), et ce fut sans doute ce fait qui avait amené M. de Gourcuff à fixer le tracé de sa nouvelle rue pour mettre son quartier en liaison directe avec Paris. C’est pourquoi il dénomma cette voie Route des Princes, nom qu’elle garda jusqu’en 1865.

Malheureusement, presque aussitôt la vieille Route de Versailles fut réduite en largeur de 30 mètres à 10 mètres, et la vieille Route des Princes fut amputée de son premier tronçon qui devint la Rue des Quatre Cheminées. Ce qui fit un certain tort au lotissement. 

En 1860, Billancourt fut réuni à Boulogne, qui se trouva à la tête de deux Routes des Princes. L’une d’elles est devenue l’avenue Victor Hugo. L’autre - celle de M. de Gourcuff - fut débaptisée et appelée Rue de Meudon. On apercevait dans le lointain les Coteaux de Meudon et, sans chercher plus loin, on vit là une désignation adéquate. Le conseil municipal en décida le 15 janvier 1865. 

Bien que cette rue eut encore un caractère privé, on construisit un égout dans la partie entre la place Nationale et le fleuve (C.M. du 16 juin 1884). Cet égout conduisait, il est vrai, les eaux du quartier à la Seine. 
En 1887, le syndicat des propriétaires de Billancourt, dirigé par MM. Damiens et Sandoz, obtint le classement de la rue par le conseil municipal du 23 novembre, et par le préfet le 22 avril 1889. 

En 1899, la société des Glacières de Paris édifia une usine dans cette rue, jusqu’alors purement résidentielle. 

A l’angle de la rue et de la rue de Clamart, un couvent de Dominicaines s’était installé en 1888 qui disparut après les lois de sécularisation en 1903. La propriété abrite maintenant les oeuvres sociales de la Régie Renault.

La rue de Meudon fut parcourue de 1900 à 1935 par les tramways de la Porte d’Auteuil à la Porte de Versailles.

La maison des syndicats y fut installée en 1938 dans l’ancienne propriété Ducros. A cette occasion, la partie de la rue de Meudon qui la desservait fut dénommée rue Victor Griffuelhes en mémoire de l’ancien secrétaire général de la CGT. L’édifice a été détruit par le bombardement du 4 avril 1943. 

A côté on a édifié la Patinoire Fédérale, alimentée par l’usine des Glacières.

Rue Michelet

Du 65 rue de Sèvres au 90 rue de Bellevue.
Longueur: 180 mètres - Largeur: 12 mètres.

Cette rue fut percée par un propriétaire, M. Thébaut, pour lotir son terrain peu après 1871. Le 18 mai 1876, une pétition faisant suite à d’autres, demanda le classement de la rue Thébaut qui, dit-elle, a été pourvue de caniveaux il y a 18 mois sur la promesse de la réception de la rue. Le 23, le conseil municipal sur l’avis de l’architecte-voyer, ajourne. Le 3 août, il enregistre la promesse des 28 propriétaires de payer 2 francs par mètre de façade pour la viabilité. Madame Thébaut, convoquée par le maire, n’est pas venue. Ce n’est pourtant que le 13 mai 1879 que le conseil acceptera de classer la rue. Il décide l’enquête publique le 22 février 1880, confirme sa décision le 3 août 1883 en déclarant la rue Thébaut en parfait état, avec 12 mètres de largeur, et il décide en même temps de lui donner le nom de Michelet, qui venait de mourir. En ce temps et depuis 1878, les républicains de Boulogne avaient pris l’habitude de donner aux nouvelles rues les noms des hommes politiques et écrivains connus pour leurs idées républicaines. Le préfet approuva le classement le 17 janvier 1884.

Rue Molière

Du 243 bis boulevard Jean Jaurès au 50 rue des Longs Prés.
Longueur: 120 mètres - largeur: 15 mètres

Cette rue a été établie pour ses lotissements par la société Naud à la fin du XIXème siècle et elle demeura longtemps à l’état le plus fruste sous le nom de rue Nouvelle. Les propriétaires en demandèrent le classement que le conseil municipal accepta le 1er mars 1908, approbation du préfet le 8 octobre 1908. Le conseil précisa que cette voie de 15 mètres serait plantée d’arbres. 

Le choix d’un nom fut l’objet d’une vive discussion politico-littéraire au conseil municipal entre le socialiste Henripré, qui demandait d’honorer Jean-Baptiste Clément, et le nationaliste Guibourg. Finalement, le conseil décida qu’on l’appellerait rue Molière, choix assez peu adéquat pour un tel emplacement, aussi peu «classique» que possible (7 novembre 1909). Il fallut un décret du Président de la République pour rendre valable cet hommage (7 mars 1910) - assez dérisoire ! 

Le 23 novembre 1917, le conseil autorisait la société Salmson à établir un passage sous la rue, pour relier ses usines. La rue Molière a vu, en 1934, une intervention assez brutale de la police dans un café et deux ans après, un accident mortel à la suite d’une querelle d’ordre politique, deux événements qui firent du bruit à l’époque. Les bombardements de 1942-1943 furent pourtant plus désastreux pour la rue et ses habitants. 

Rue Mollien

Du 41 avenue Jean - Baptiste Clément au rond - point Fessart.
Longueur: 100 mètres - Largeur: 10 mètres.

Cette rue a été percée en 1840 par les héritiers de madame veuve Fessart en vue du lotissement de leur propriété. Cette propriété avait été acquise par leur mère en 1816 du comte Mollien, ex-ministre du Trésor de l’Empereur Napoléon, qui avait là sa résidence d’été. La rue fut classée en 1849 avec les autres rues du lotissement.

Rue de Montmorency

Du 70 avenue Jean Baptiste Clément au 11 rue des Fossés Saint Denis.
Longueur: 215 mètres - Largeur: 10 mètres.

Il existait à cet emplacement un très ancien chemin lorsque l’architecte Foucart y construisit sur la terre de Montmorency cinq bâtiments qui existent encore aujourd’hui et dont certains ont eu un destin historique. Au n° 7 actuel se trouve la maison qui appartenait au bijoutier Guérin et qui fut occupée sous l’Empire par l’ambassadeur Metternich, lequel y recevait la duchesse d’Abrantès ; puis par Marie Walewska, la belle polonaise, qui y fut visitée par Napoléon. Après avoir appartenu aux époux Valton, qui jouèrent un rôle dans notre histoire locale, puis au banquier Ducoing, elle a été acquise par la Commune (qui y a établi une école du lendemain de la Seconde guerre mondiale à la fin des années soixante).

Une autre maison, propriété sous l’Empire du baron Vallet de Villeneuve, connu surtout pour un procès qu’il soutint contre la Commune en raison de sa prétention de fermer l’accès de la rue ; puis de la baronne Daumont ; fut vendue par celle-ci à la Commune qui y établit la mairie en 1845. Celle-ci y demeura jusqu’en 1880. Une école et un asile maternel y furent logés jusqu’en 1886, puis elle servit de lieu de réunions et, en 1892, de bourse du travail. Elle fut échangée en 1895 contre la propriété Lemoine, ex-Hôtel de Narbonne, en vue de la construction de la Salle des Fêtes. A côté habita la soeur d’Alfred de Musset.

Le nom de cette rue vient de la dernière abbesse de Montmartre, seigneur de Boulogne, guillotinée en 1794. Vers 1770, la propriété voisine est dite «Terre de Montmorency»

Cette rue qui, dès la construction des cinq maisons en 1770, avait été habitée exclusivement par des gens de distinction, ne se terminait sur la Route de Saint Cloud que par une sente de 2 mètres de largeur qui fut close à différentes reprises par des propriétaires de l’endroit. Rouverte définitivement vers 1825, son accès fut redressé et élargi lors de l’installation de la mairie dans la maison Daumont, ou plus exactement Aumont, car la baronne était une roturière dont le mari, un banquier anglais, s’était fait anoblir récemment en prenant le nom de sa femme un peu modifié (1845).

La rue a été élargie après l’acquisition de la propriété Lemoine en 1895.


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