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Les billets de Francis Choisel
dans le site du
Rassemblement pour la France
(Janvier 2010)
Le mur de l’Europe, hélas,
est toujours debout
Voilà. C’est fait. La Constitution européenne que les peuples français et hollandais ont rejetée, dont les présidents tchèque et polonais légitimement élus ne voulaient pas, sur laquelle tant d’autres peuples aspiraient à être consultés pour pouvoir lui dire non, à commencer par les Anglais, cette pseudo constitution élaborée par une « convention » d’idéologues soigneusement sélectionnés, portée par Giscard, réécrite par les eurocrates sous forme de traité et claironnée par Sarkozy comme sa chose, est entrée en vigueur.
Elle s’applique à tous les Etats de l’Union européenne, à la France et aux Pays-Bas comme aux autres. Et personne ne dit rien. Personne ne s’est avisé que nous sommes entrés dans l’an I de la forfaiture, que, depuis le 1er décembre 2009, l’Europe ne repose plus sur rien d’autre que le coup de force de Lisbonne, sur la négation du suffrage universel, de la volonté des peuples et de la démocratie, bref, qu’elle est positivement illégitime, inconstitutionnelle, illégale.
Personne non plus ne semble se souvenir que le Parlement européen, boudé cette même année par les urnes de tous les pays membres, ne représente plus rien. S’il existait pour le suffrage universel une clause de quorum, comme dans la plus modeste assemblée de copropriété ou dans la moindre association, il n’y aurait plus de Parlement européen, aucun de ses prétendus députés ne pourrait siéger.
Et l’euro ! Nous protège-t-il de la crise financière, de la montée du chômage, des délocalisations, autrement dit de la désindustrialisation, du chômage, de la misère, des suicides en entreprise ? Préserve-t-il notre pouvoir d’achat ? Au contraire. Qui ose le proclamer ?
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Tout donne raison aux souverainistes, les référendums, les sondages, les faits. Tout, sauf les élections, sauf la presse.
Pour ceux qui, avec moi, avec Bernard Chalumeau, Jacques Dauer et Bernard Montrichard ont relancé en 1997 le combat pour l’indépendance et imposé le mot et l’idée souverainistes, il y a là de quoi nourrir une grande satisfaction et une grande colère. Satisfaction parce que le combat des idées est gagné dans l’opinion et dans les urnes, définitivement, et parce que l’actualité, donc déjà l’Histoire, montre plus encore que nous le pensions, la justesse de nos analyses. Mais aussi colère parce que la bataille du pouvoir, à Paris comme à Bruxelles, ne cesse, à chaque élection, d’être perdue, malgré les Villiers, Pasqua, Le
Pen, Chevènement et autres Dupont-Aignan, et que nos victoires restent ainsi dans les nimbes, sans prise sur le réel.
Colère à voir ronronner en pure perte, de forums en universités, de tribunes en conciliabules, tous les souverainistes de bonne volonté et d’exceptionnelle valeur que nous avions rassemblés en un formidable faisceau pour des actions autrement plus concrètes, autrement plus vigoureuses, autrement plus efficaces. Depuis que d’autres ont voulu prendre la place de notre belle et bonne Alliance, et que nous la leur avons laissée, le navire continue à voguer sur son erre, en perdant peu à peu de sa vitesse, sans adapter sa route, ni se fixer un nouveau cap.
Aussi vivons-nous ce paradoxe d’un peuple souverainiste gouverné par des élites européistes et mondialistes, d’un souverainisme qui se meurt quand l’européisme agonise et que la mondialisation implose, qui se meurt non pas faute de chefs – il y en a trop – ni faute d’électeurs – nous sommes majoritaires – ni faute de militants – il sont là, ils attendent – mais, qu’on me permette de le dire, faute d’avoir encore aujourd’hui comme nous en avions hier, une stratégie. Une stratégie, c’est-à-dire un chemin tracé vers le but désigné.
Peu de choses en somme, mais sans quoi jamais nous ne parviendrons, quoiqu’il soit bien branlant, à faire chuter le mur de l’Europe.
20 février 2010
Sus aux unionistes !
Le souverainisme, disais-je en conclusion de mon précédent billet, se meurt de ne plus s’appuyer sur aucune stratégie digne de ce nom. Partant de ce premier constat, je voudrais prolonger mon propos en vous parlant aujourd’hui de l’union, ce thème récurrent de la politique française en général et du souverainisme en particulier.
Et je commencerai par rappeler ce que savent bien tous ceux qui ont servi en état-major – sous l’uniforme ou en entreprise – à savoir qu’une stratégie consiste en la combinaison raisonnée de moyens permettant de réaliser un certain nombre d’objectifs en vue d’atteindre un but. Bâtir une stratégie suppose donc de définir clairement le but, de déterminer ensuite des objectifs, enfin de choisir et de mobiliser des moyens.
Maintenant, qu’est-ce que l’union ? Assurément, elle ne répond pas à la définition qu’on vient de donner ; et c’est à tort qu’on parle de «stratégie de l’union». L’union est-elle alors le but ? Non plus. Pas même un objectif. Seulement un moyen. On s’unit « pour », pour quelque chose ou pour quelqu’un. L’union pour l’union, cela n’a pas de sens.
Et ce moyen est un moyen parmi d’autres, un moyen possible combiné à d’autres, un moyen que d’ailleurs on peut choisir d’utiliser ou d’écarter suivant les objectifs et les circonstances. Car l’union n’est pas indispensable. Il y a un mythe de l’union. La droite, quand elle était au plus bas, rendait la division de ses forces responsable de ses échecs et n’avait que l’union à la bouche. La gauche, sur ce plan, n’est pas en reste. Et les souverainistes non plus. Aussi traumatisantes que soient les défaites de Giscard en 1981, de Chirac en 1988, de Jospin en 2002, et des souverainistes à chaque élection, elles ne doivent pas occulter la réalité des choses.
Mitterrand a perdu en 1974 au plus fort de la dynamique de l’union de la gauche et alors qu’il en était le candidat unique ; il a gagné en 1981 quand elle était mal en point, malgré la présence de Georges Marchais au premier tour et peut-être même à cause de cela. Giscard a gagné malgré Chaban, Chirac malgré Balladur, puis malgré Bayrou et Madelin. La division n’a pas interdit à Pompidou et à Poher de franchir tous les deux la barre du premier tour. La fusion entre le RPR et l’UDF n’a empêché ni la candidature de Bayrou ni son consistant résultat. Le cartel des non en 1962 n’a pas vaincu de Gaulle. L’union parfois rétrécit. En politique, un plus un font parfois un et demi.
Qu’on me permette donc de dire, en paraphrasant le général de Gaulle, que trop de gens sautent sur leur chaise comme des cabris en criant « l’union ! l’union ! l’union ! », croyant détenir la solution miracle à tous leurs problèmes et, avec cela, avoir tout dit. J’ajouterai : l’union c’est le programme de ceux qui n’ont pas de programme ou, pour revenir à notre sujet, c’est l’incantation de ceux qui n’ont pas de stratégie.
Certes, dit-on, l’union fait la force. C’est la devise de la Belgique, qui, soit dit en passant, s’abîme dans ses querelles internes entre Flamands et Wallons. C’était aussi l’argument des partisans de l’euro. Et c’est le fondement même du raisonnement européiste : nous serons plus forts ensemble plutôt que séparés. Au fond, je me demande s’il est bien souverainiste d’invoquer et de réclamer à tous vents et sur tous les tons l’union et encore l’union, fût-ce celle des souverainistes. Peut-on combattre l’Union (européenne) et ne voir le salut de la France que dans l’union (des souverainistes) ?
Ne croyez pas que le jeu des mots et la prédilection pour les paradoxes m’aient entraîné trop loin, ou que je m’amuse à provoquer gratuitement tant d’hommes de bonne volonté et certainement vous-même en premier lieu, qui êtes en train de me lire. Réfléchissez-y et vous verrez que c’est profondément vrai. Notre vision de l’Europe et notre vision de l’organisation du souverainisme, à l’échelle nationale comme à l’échelle internationale, doivent être en cohérence, ne peuvent qu’être en cohérence, sauf à nous renier. L’une doit inspirer l’autre. Et ce ne peut être la fusion.
mars 2010
Le syndrome du Père Joseph
Vous connaissez, je suppose, le Père Joseph, ce conseiller personnel et émissaire discret de Richelieu, ce moine pour qui fut inventé le surnom d’éminence grise – grise par contraste avec la pourpre cardinalice de son célèbre patron. Son influence fut, paraît-il, immense et bénéfique pour le royaume.
Le Père Joseph est l’archétype d’une espèce bien particulière d’hommes politiques – ou d’hommes d’Etat si l’on préfère – qui fuient la lumière des tribunes aussi bien que l’éclat des cérémonies officielles et visent le vrai pouvoir, dans l’ombre, plutôt que son apparence.
Il existe, à n’en pas douter, un syndrome du Père Joseph, qui frappe ça et là, et de temps à autres, mais plus souvent qu’on ne croit et qu’on ne voit, justement parce qu’une grise éminence, dans l’ombre d’un astre brillant, cela ne se distingue guère.
Parmi ceux qu’on remarque, et à titre de premier exemple, citons Marie-France Garaud qui, avec Pierre Juillet, créa Jacques Chirac. Elle pilota son ascension, combina son torpillage de la campagne présidentielle de Jacques Chaban-Delmas, rédigea même, si l’on en croit la rumeur, son fameux appel de Cochin. Elle pensait gouverner la France à travers lui, ou du moins, par lui, faire triompher ses idées et orienter le pays. Las! La marionnette, un jour, moins docile que prévu, s’échappa et se donna d’autres marionnettistes : Pasqua puis Balladur ou encore Villepin.
La Mère Joseph récidiva brillamment avec Philippe Séguin dont la mise en orbite face au traité de Maëstricht fut une incontestable réussite. Mais la fusée bientôt retomba pour avoir renoncé, faute d’une audace suffisante, à s’alimenter en carburant à la pompe souverainiste de la bonne fée qui l’avait lancée. Deuxième désillusion.
Un autre père Joseph, encore en activité, est un certain conseiller spécial du chef de l’Etat. Boîte à idée du même Séguin, il passa tout naturellement au service de Jacques Chirac quand les deux hommes s’unirent pour la campagne présidentielle. C’est lui qui inventa la fracture sociale, lui aussi qui fournit l’encre anti-européiste et la plume dénonciatrice de la pensée unique qui permirent la victoire. Las à nouveau! Relégué à la tête d’un Commissariat au Plan qui n’était plus que l’ombre de ce qu’il avait été dans les années 50 et 60, il ne put assister qu’impuissant au virage européiste et conformiste de l’automne 1995. La marionnette s’était une fois de plus émancipée. Désillusion encore.
Lui aussi récidiva, avec Nicolas Sarkozy. Notre moderne Gepetto se fabriqua un nouveau Président. Et cette fois, deux ans après la victoire, il est là et bien là. Ses idées, ses mots irriguent encore et toujours le verbe présidentiel. Habilement, le chef de l’Etat lui maintient sa confiance; mais c’est en l’instrumentalisant afin de séduire, amadouer, endormir tout une partie de l’opinion qu’au même moment il trahit allègrement par ses actes. Henri Guaino – puisque c’est de lui qu’il s’agit – ne l’ignore certes pas. Mais il fait le pari, semble-t-il, que le chef de l’Etat, à force de «dire» du Guaino, finira un jour ou l’autre par «faire» du Guaino. On connaît l’adage fameux:
«A force de ne pas dire ce qu’on pense, on finit par penser ce qu’on dit.» Et par agir en conséquence. En attendant, de TVA sociale avortée en grand emprunt rétréci, de constitution européenne ressuscitée en Union méditerranéenne dévoyée, il avale les couleuvres et se contente de miettes.
Il existe aussi des pères Joseph collectifs. Ce sont les groupes de réflexion et autres laboratoires d’idées. J’en ai connu un de près, pour en avoir été le secrétaire général; il s’appelait le Club 89. Des experts, des hauts fonctionnaires, des idéologues y forgent des projets, y rédigent des programmes, s’y querellent sur les nuances et sur les virgules, les transmettent tout fiers et pleins d’espoir aux décideurs ou au candidat. Celui-ci en fait son miel, c’est-à-dire les lit plus ou moins en diagonale, y pioche une ou deux idées, les adapte à ses propres vues, les déforme, les détourne ou les vide de leur substance et n’en garde que l’enveloppe, au grand dam des bonnes volontés ainsi trahies. Désillusion toujours.
Le petit monde souverainiste qui gravite à côté de la galaxie qu’on vient d’explorer, comporte aussi quelques pères Joseph collectifs qui veulent jouer aux inspirateurs, voire aux inspirateurs du Grand Inspirateur. Les talents s’y gaspillent et les énergies s’y épuisent, en pure perte. Hélas. On y voit aussi un ou deux pères Joseph au petit pied, qui papillonnent de l’un à l’autre, cherchant vainement le cardinal idéal: tantôt Pasqua, tantôt Chevènement, un discret pas de côté vers Le Pen un autre vers Chirac, puis Villiers et bientôt Villepin. Sauf si l’objectif est une survie politique personnelle, ou si le but est purement alimentaire, c’est aller de désillusion en désillusion, c’est fourvoyer ceux qui vous suivent.
Là n’est pas la solution. Inspirer, peser seulement, faute de pouvoir ou de vouloir exister par soi-même ne mène généralement à rien. C’est oublier que le Père Joseph était l’homme de Richelieu et non Richelieu la marionnette du Père Joseph.
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