|
|
Entretien publié dans 92 Express, le magazine mensuel du conseil général des Hauts-de-Seine
(mars 2005)
Francis Choisel :
« Les Hauts-de-Seine ont le potentiel d’une région »
Président de la commission de l’enseignement et délégué à l’enseignement supérieur et à la recherche au conseil général, Francis Choisel est l’auteur d’un rapport sur l’enseignement supérieur et la recherche dans lequel il évoque la création de trois pôles de compétitivité dans le “92”. Entretien.
Vous proposez de doter le Département d’une stratégie clairement identifiable en matière d’enseignement supérieur et de recherche. N’est-ce pas un peu marcher sur les plates-bandes de l’État et de la Région ?
Le département des Hauts-de-Seine est après Paris le deuxième de France pour l’enseignement supérieur et la recherche avec 60 000 étudiants et 5 000 chercheurs. Et ce, au sein de la première région scientifique d’Europe. L’Île-de-France, par exemple, compte plus de chercheurs privés qu’en Italie ou aux Pays-Bas ! Le paradoxe qui, à mon sens, légitime l’intervention du département, est que cette puissance de l’Île-de-France n’est pas visible au plan international a contrario de la Californie. Alors bien sûr, le conseil général ne dispose d’aucune compétence obligatoire dans ces domaines mais les Hauts-de-Seine ont à eux seuls le potentiel de bien des régions. Nous pouvons ainsi contribuer à enclencher une dynamique de territoire dans certains secteurs. Le rapport de Christian Blanc à l’origine des pôles de compétitivité insiste beaucoup là-dessus : il est des synergies qui ne se créent que par la proximité territoriale où, pour le citer,
« la relation précède l’idée », établissant ainsi un cercle vertueux de créativité et de compétitivité.
Le conseil général contribuerait à mettre en relation les entreprises avec l’enseignement supérieur et la recherche…
C’est cela. Nous pouvons être des créateurs de synergies. Les collectivités locales doivent avoir un rôle de stimulation. J’ai identifié trois principales forces dans le
«92» qui associent l’enseignement supérieur, la recherche et l’industrie autour desquels nous pouvons présenter trois projets de
«pôle de compétitivité».
D’abord une évidence : le sud de l’Île-de-France est en pointe en matière de santé. Nous avons-là en quelque sorte un pôle de compétitivité qui aurait pu émerger de lui-même. Le site du CEA à Fontenay-aux-Roses est aujourd’hui totalement reconverti dans les métiers de la santé et spécialisé dans les biotechnologies, les maladies neuro-dégénératives comme la maladie d’Alzheimer et la recherche sur le prion autour duquel le conseil général vient de financer un espace d’accueil d’entreprises innovantes. Il y a aussi, à Châtenay-Malabry, le projet de
« Pharmatechnopôle » de l’université Paris XI adossé à la faculté de pharmacie ainsi que le futur pôle santé de l’île Séguin. Trois initiatives séparées qu’il faut fédérer… Cela dit, les pôles de compétitivité sont d’abord des projets industriels. Or, 60 % du potentiel francilien dans le domaine de l’industrie pharmaceutique se trouvent dans les Hauts-de-Seine notamment avec Sanofi-Synthelabo-Aventis à Bagneux et à Antony. L’enjeu est de rendre cette ensemble cohérent et lisible.
L’autre secteur identifié est moins évident : le multimédia…
Nous avons dans le département avec de nombreux sièges sociaux d’entreprises multimédias à Boulogne-Billancourt, Suresnes, Issy et Levallois, le centre de recherche de France Télécom, l’Institut du multimédia au pôle Léonard de Vinci à La Défense, l’université ParisX-Nanterre, très en pointe dans l’enseignement en ligne, ou encore le Centre national d’enseignement à distance à Vanves… Il y a là un vrai potentiel que l’on doit valoriser en contribuant au rayonnement de la langue française, notamment en s’investissant dans
« l’ingénierie éducative » où la France ne possède qu’1 % du marché mondial, ce dont nous ne pouvons nous satisfaire.
Votre troisième proposition, l’aéronautique, peut surprendre. On croyait la région toulousaine très en pointe…
C’est un très bon exemple d’un manque de visibilité qui peut à moyen terme se traduire par des pertes de parts de marché et d’emplois, par des délocalisations. Lorsque l’on pense à l’aéronautique on pense effectivement plutôt à Toulouse et au salon du Bourget. Mais les Hauts-de-Seine sont le berceau mondial de l’aviation et l’Île-de-France pèse économiquement autant dans ce domaine que l’Aquitaine et Midi-Pyrénées réunis, et en termes de recherche, beaucoup plus. Avec Dassault, EADS ou Thales, le “92” est le premier département aéronautique d’Île-de-France, les Yvelines concentrant plutôt l’aérospatiale. Il faut affirmer cette identité et faire aussi un effort pour la filière de formation.
Quel est le calendrier ?
Nous sommes dans une phase de candidature : ces trois propositions s’intégrent dans un processus d’appel à projet gouvernemental pour lequel, avec la Région et les autres départements d’île-de-France, nous avons réunis des dossiers le 28 février. Mais quel qu’en soit le résultat,
nous agirons, avec ou sans aide de l’État. Et nous le ferons en réseau avec d’autres territoires également concernés par ces secteurs.
Propos recueillis par Rafaël Mathieu
La synthèse du rapport
|
|