© 2006, LE SITEMESTRE

Inédit (1998)
 
Lionel Jospin est Premier ministre. Avec sa «majorité plurielle», il est allié aux «Verts». Dominique Voynet, leur chef de file du moment est ministre. Le moment est venu pour Francis Choisel, qui s’est toujours réclamé de l’écologie, d’exprimer sa différence avec ce qu’il considère tantôt comme une escroquerie intellectuelle, tantôt comme une dérive fondamentaliste.

Les dérives d'une certaine écologie

Les Verts, cela crève les yeux, ne sont pas des écologistes : sur tous les dossiers où ils devraient être en pointe — souvenons-nous de la marée noire — ils sont notoirement insuffisants; et sur d’autres, comme la légalisation de la drogue, la régularisation des sans-papiers ou le mariage homosexuel,, ils sont d’une prolixité toute gauchiste.

Depuis quelques années, en effet, le coucou soixante-huitard s’est installé dans le nid. Il ne faut donc pas confondre Cohn-Bendit avec Cousteau, Voynet avec Lalonde, Mamère avec Waechter, et la rejeter en bloc comme une abomination.

L’écologie n’a rien d’une idée de gauche, même plurielle. On peut certes singer le marxisme en imaginant la nature, ou l’animal, dans le rôle de l’opprimé et l’homme dans celui de l’oppresseur (l'Homme est un loup pour la planète...); mais la référence aux lois de la nature opposée à la volonté humaine de transformation de cette même nature, est ce qui sépare la droite de la gauche. La gauche, c’est le «constructivisme», pour employer un mot barbare; la droite, c’est la soumission à la loi naturelle. On ne peut dès lors que s’étonner de constater que le combat d’un José Bové pour l’agriculture traditionnelle et l’alimentation naturelle soit celui d’un homme de gauche, non d’un conservateur traditionnaliste et contre-révolutionnaire !

Heureux comme un poisson dans l’eau, dit la sagesse populaire depuis la nuit des temps. Cette expression, qu’on pourrait qualifier d’écologiste, donne même des arguments à ceux qui veulent défendre leur identité collective et personnelle comme à ceux qui adhèrent au souverainisme, tant il est vrai que le milieu naturel d’un homme, c’est son paysage natal, sa langue maternelle, ses coutumes et ses croyances, son terroir, sa région, sa nation.

Après l’aspiration à la «quantité» de vie — qu’il s’agisse des progrès de la médecine et de la protection sociale, ou du progrès technique, économique et social — vient tout naturellement la revendication de sa «qualité».

Je ne défends pas plus cette sorte d’intégrisme naturaliste, du style «Nouvel Age», ce panthéisme dernier cri qui ne vaut pas mieux que la secte du Temple Solaire de sinistre mémoire. La véritable écologie défend la nature pour l’homme, non contre lui. Là encore, il ne faut pas confondre. La tradition chrétienne ne s’y trompe d’ailleurs pas. Le catéchisme issu de Vatican II non plus : « L’interdépendance des créatures est voulue par Dieu. Le spectacle de leurs innombrables diversités et inégalités signifie qu’aucune des créatures ne se suffit à elle-même. Elles n’existent qu’en dépendance les unes des autres, pour se compléter mutuellement. L’ordre et l’harmonie du monde créé résulte de la diversité des êtres et des relations qui existent entre eux. » Et l’Eglise de mettre en garde contre «un usage désordonné des choses, qui méprise le Créateur et entraîne des conséquences néfastes pour les hommes et pour l’environnement». L’écologie n’est donc pas, par essence, un paganisme.

Considérer que l’accumulation de biens ne suffit pas au bonheur, qu’il faut quelque chose de plus, un équilibre, un bien-être qui ne se conçoivent que par une harmonie entre l’homme et son milieu, est éminemment juste et louable. Ce faisant, l’écologie récuse les excès de la société de consommation au nom de ce qu’il faut bien appeler un humanisme; car l’humanisme met l’homme et non l’économie au sommet de son échelle des valeurs.

Le XXIème siècle sera écologique ou ne sera pas. L'écologie est une aspiration légitime de nos contemporains à un mieux-être, à un mieux vivre, à un progrès.

Parce que certains manipulateurs en présentent des contrefaçons dangereuses, et que des illuminés l’ont conduite à des dérives délirantes, il ne faut pas pour autant condamner l’écologie tout entière. Affirmons au contraire qu’il en existe une autre, bonne et respectable : la vraie.

Francis Choisel

 

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