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Inédit (1993)Au début des années 1990, le mouvement écologiste n’est pas encore devenu ce qu’il est aujourd’hui. Refusant d’être classé aussi bien à gauche, qu’à droite il cherche à percer en ne s’alliant à aucun des camps en présence. Et il paraît ne s’intéresser qu’à un seul aspect de la vie publique: la défense de la nature. Francis Choisel en a une conception plus globale.L'écologie, un humanismeQue est le but de toute société humaine, sinon la recherche du bonheur? A ce titre, la préoccupation écologique ne peut être que centrale dans tout projet de société.Un remède au mal de vivreEn avons-nous réellement pris conscience? Je ne le crois pas. Pour la majorité d'entre nous, à gauche, à droite, au centre, pour beaucoup d'écologistes même et en tout cas de leurs électeurs, l'écologie se limite à la défense de l'environnement au sens restrictif du terme : lutte contre les pollutions, préservation des espèces animales et végétales en voie de disparition, multiplication des espaces verts dans nos villes, etc.En témoigne l'importance toute relative accordée au ministère de l'environnement, depuis sa création en France sous Georges Pompidou. C'est un ministère secondaire, accessoire, aux compétences restreintes, qui n'est jamais confié à une personnalité politique de premier plan. Les associations qui se rattachent de près ou de loin à l'écologie sont, quant à elles, le plus souvent locales, ou consacrées à des objets limités : défense d'un quartier, protection des animaux, voire d'une espèce particulière, lutte contre le bruit, etc. Les mouvements écologistes eux-mêmes présentent des programmes qui ne sont généralement qu'un catalogue de revendications disparates, au premier rang desquels figure la lutte contre le nucléaire.Or, l'écologie doit être une vision globale du monde, une conception de l'Homme : elle doit échapper aux sciences naturelles pour entrer dans le domaine de la philosophie. Quelle meilleure définition en donner que de dire qu'elle vise à l'épanouissement de l'Homme dans son milieu naturel ? La philosophie écologiste doit donc être un humanisme, au sens plein et fort du terme.Jusqu'ici les civilisations occidentales — à la différence peut-être de celles de l'Orient — ont consacré tout leur génie à la réalisation du progrès matériel visant à la satisfaction des besoins primaires de l'Homme. Elles y ont magistralement réussi. Mais elle ont ainsi privilégié le quantitatif par rapport au qualitatif, la satiété par rapport à l'épanouissement, la survie par rapport à la vie. Et nous sommes en train d'en prendre confusément conscience : la consommation ne suffit pas au bonheur. Son excès l'entrave même. Cette vérité première nous apparaît : point de bonheur pour l'Homme en dehors de son milieu naturel; point d'épanouissement physique intellectuel, artistique ni spirituel pour l'Homme s'il ne se fond dans l'ordre naturel. « Heureux comme un poisson dans l'eau », dit la sagesse populaire.L'homme de la fin du vingtième siècle ressent une difficulté d'être que tout le monde souligne et dont bien peu semblent entrevoir le remède. Celui-ci est pourtant simple: l'Homme ne se réconciliera avec lui-même qu'en se réconciliant avec la nature. L'écologie est donc un supplément d'âme.L'économie n'est pas une fin en soiAussi devons-nous placer l'écologie au centre du raisonnement politique et y subordonner notamment l'économie. Celle-ci n'est pas une fin en soi. Elle n'est que le moyen de notre survie et de notre bien-être.Le progrès économique a pour but ultime le progrès social, c'est-à-dire l'aisance accrue de tous les hommes. Si ces derniers, en effet, ne devaient pas profiter de la prospérité économique, à quoi celle-ci servirait-elle ?C'est un raisonnement similaire qu'il faut tenir à propos du progrès écologique. Notre bien-être, et peut-être même notre survie, passent par le respect des équilibres naturels. Il n'y a donc pas de progrès économique qui vaille s'il doit être payé par une régression écologique. Bien plus, l'économie, notamment à l'aide de la recherche scientifique appliquée, doit tendre ses efforts vers la réalisation d'une société nouvelle fondée sur les préceptes de l'écologie : recyclage des déchets, voiture propre et silencieuse, énergies renouvelables, agriculture biologique, etc.C'est un nouveau mode de développement qu'il nous faut trouver. L'écologie, en effet, ne doit pas être une réaction passéiste et rétrograde, mais une vision d'avenir. Elle ne doit pas rompre avec le progrès tel que nous l'avons connu jusqu'ici mais de prolonger et le transformer.Autrefois, la nature dominait l'Homme. Peu à peu grâce à la technique et à la science, celui-ci s'est affranchi de la nature. Ce fut un immense progrès. Mais nous sommes en passe d'aller trop loin. Habitués depuis des milliers d'années à notre impuissance et à nos carences face aux lois de notre milieu naturel, nous n'avons pas encore pris la mesure de notre force d'aujourd'hui. Le temps est fini où il nous fallait, sous peine de mort, dominer la nature hostile. Nous sommes au contraire en passe de la détruire. L'heure est à la recherche d'un équilibre, d'une coexistence harmonieuse entre l'Homme et la nature.Notre société n'est pas seulement post-industrielle; elle doit être surtout « pré-écologique ».Francis Choisel |
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