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Quelques paragraphes de cet article inédit ont été publiés dans Boulogne-Billancourt Avenir, mensuel politique local du député Georges Gorse
(février 1993)
 
A la veille des élections législatives de 1993, où les socialistes vont s’effondrer et les écologistes d’Antoine Waechter faire une mémorable percée, Francis Choisel anticipe sur l’analyse du phénomène et trace la voie qu’il souhaite voir prendre par notre société en ce domaine.

Mon écologie

On entend beaucoup dire que le vote écologiste est un «vote protestataire». Voter pour le Front National, voter écologiste, voter Coluche ce serait du pareil au même.

L'analyse me semble un peu simpliste. La préoccupation écologique vaut mieux que cela. Elle fait appel à des sentiments plus profonds, plus sérieux. Elle dépasse d'ailleurs largement les frontières des partis écologistes et de leurs électeurs.

La grande affaire du prochain siècle

Et je suis convaincu qu'elle sera la grande affaire du prochain siècle. L'écologie, en effet, telle que je la ressens du moins, ce n'est pas seulement protéger les petits oiseaux, déplorer les marées noires, ou s'opposer à la destruction de nos forêts. C'est une vision d'ensemble du monde, une conception de l'Homme. Elle doit échapper aux sciences naturelles pour entrer dans le domaine de la philosophie. Quelle meilleure définition en donner que de dire qu'elle vise à l'épanouissement de l'Homme dans son milieu naturel ? La philosophie écologiste doit être un humanisme, au sens plein et fort du terme.

Jusqu'ici, notre civilisation a consacré tout son génie à la réalisation du progrès matériel visant à la satisfaction des besoins primaires de notre espèce. Elle y a magistralement réussi. Mais elle a ainsi privilégié le quantitatif par rapport au qualitatif, la satiété par rapport à l'épanouissement, la survie par rapport à la vie. Et nous sommes en train d'en prendre confusément conscience : la consommation ne suffit pas au bonheur. Son excès l'entrave même.

L'homme de la fin du vingtième siècle ressent une difficulté d'être que tout le monde souligne et dont bien peu semblent entrevoir le remède. Celui-ci est pourtant simple : l'Homme ne se réconciliera avec lui-même qu'en se réconciliant avec la nature. « Heureux comme un poisson dans l'eau » dit la sagesse populaire. Il n'est point de bonheur pour nous, en dehors de notre milieu naturel, point d'épanouissement physique, intellectuel, artistique, ni spirituel, pour l'homme sans harmonie avec la nature. Là est la source du «mal des villes». Nous ne vivons plus au rythme des jours et des saisons : où sont les aurores et les crépuscules, le bourgeonnement des feuilles et l'épanouissement des fleurs sauvages, le bruissement des animaux en liberté, l'odeur du foin et celle des moissons, l'immensité du ciel et des étoiles, dans nos rues étroites, goudronnées, bétonnées, submergées par le néon et les gaz d'échappement, immuablement semblables à elles-mêmes tout au long de l'année.

Quel voyageur du désert n'a ressenti, comme Saint-Exupéry, l'appel à la méditation métaphysique ? Or quoi de plus éloigné de la sérénité du désert et des horizons de sable, que nos cités d'aujourd'hui. Quelle création plus humaine, mais aussi quoi de plus inhumain, que nos villes ? La nature , c'est un supplément d'âme.

L'économie n'est pas une fin en soi

Aussi devons-nous placer l'écologie au coeur du combat politique. Et considérer en particulier que l'économie n'est pas une fin en soi. Elle n'est que le moyen de notre survie et de notre bien être.

Qui oserait nier que le progrès économique a pour but ultime le progrès social, c'est-à-dire l'aisance accrue de tous les hommes ? Si ces derniers, en effet, ne devaient pas profiter de la prospérité économique, à quoi celle-ci servirait-elle ? C'est un raisonnement similaire qu'il faut tenir à propos du progrès écologique. Notre bonheur, et parfois notre survie passant par le respect des équilibres naturels, il n'y a pas de progrès économique qui vaille s'il doit être payé par une régression écologique, par une atteinte à l'environnement

Penser écologiste aussi, c'est prendre en compte l'intérêt collectif et le long terme, car bien des maux de notre environnement tiennent à des comportements égoïstes ou à courte vue. Et si l'économie doit être subordonnée à l'impératif écologique, le progrès économique n'est pas plus incompatible avec le progrès écologique qu'avec le progrès social. Les arguments qu'on oppose à ceux qui, comme moi, défendent notre environnement, sont bien souvent de l'ordre de la rentabilité immédiate et purement comptable. Mais si l'on s'élève jusqu'à un raisonnement global, qui prend en compte la rentabilité de la société tout entière et l'intérêt de chacun de ses acteurs, on s'aperçoit le plus souvent que les crimes contre l'environnement sont aussi d'immenses gâchis économiques.

Contrairement à ce que tout une sensibilité «verte intégriste» et passéiste semble croire, la construction d'une société respectueuse de l'environnement ne doit pas se faire par un retour en arrière, mais par l'adoption d'un nouveau mode de développement. La recherche scientifique et technique doit nous y aider : recyclage des déchets, voiture propre, énergies renouvelables, moteurs silencieux, agriculture biologique, par exemple.

Il ne faut pas défendre la Nature contre l'Homme, mais pour l'Homme. Il ne faut pas promouvoir l'environnement contre le progrès, mais par le progrès.

Francis Choisel
Adjoint au maire de Boulogne-Billancourt,
délégué à l’Environnement et à l’aménagement urbain

 

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