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Entretien paru dans l’Action Nationale, mensuel indépendantiste québécois
( novembre 2000 ).
Entretien avec Francis Choisel
Président de l’Alliance pour la Souveraineté de la France
Dans un premier temps, nous aimerions que vous présentiez l’Alliance pour la Souveraineté de la France, son origine, ses objectifs et ses militants. Quelles sont les convergences de vision qui caractérisent vos membres ?
L’événement déclencheur de la création de l’Alliance a été la signature du traité d’Amsterdam, en octobre 1997. Notre premier combat a consisté à lutter, durant toute l’année 1998, contre sa ratification, en informant les citoyens sur son contenu, en mobilisant des personnalités, en réclamant un référendum, en manifestant dans la rue. Tout cela, hélas en vain. Notre raison d’être est donc de combattre la construction européenne telle qu’elle va, contre l’Union européenne telle qu’elle est.
Mais notre domaine d’action ne se limite pas à ces questions: la souveraineté de la France n’est pas menacée seulement par l’Europe et par les européistes. A ce titre, nous sommes aussi présents sur le front de la mondialisation: nous avons, par exemple, participé à la levée de boucliers qui a fait capoter le projet d’Accord multilatéral sur les Investissements et celui de Nouveau Marché Transatlantique.
Votre mouvement groupe des individus ? des partis ?
Notre structure est ambivalente. Le noyau dur est constitué d’adhérents directs, finalement peu nombreux à l’échelle d’un pays de 60 millions d’habitants comme la France, même si notre fichier de sympathisants est assez fourni: plusieurs milliers de noms. Autour de ce noyau, nous groupons divers mouvements souverainistes, une quinzaine à ce jour. C’est pour cela que nous avons choisi de nous appeler
«Alliance»: nous sommes une «coordination», pour reprendre le jargon politique actuel.
Notre analyse de départ était la suivante: si les souverainistes, en France, ont dû, à chaque étape de la construction européenne, céder de plus en plus de terrain face aux offensives fédéralistes, c’est en raison de leur dispersion et de leurs divisions. Inutile de dire que fédérer des
anti-fédéralistes n’est pas une tâche aisée. Mais nous avons tout lieu d’être satisfaits du chemin parcouru depuis trois ans.
Nous avons redonné confiance aux adversaires de l’Europe fédérale, qui étaient écrasés par la
«pensée unique» et osaient à peine s’exprimer. Nous les avons remobilisés. Ils ont conscience de représenter aujourd’hui une force. Des personnalités souverainistes qui avaient mis sac à terre ont repris le combat suite aux appels que nous leur avons adressé. Certes, nous ne représentons pas le souverainisme à nous tout seuls, mais nous avons été des précurseurs. Nous avons montré la voie et prouvé, par notre réussite, que cette voie est praticable. Nous agissons aussi comme un réseau, qui irrigue par capillarité jusqu’aux extrémités et jusqu’au sommet.
Nous avons en particulier fait entrer dans les esprits qu’à côté de la coupure entre la droite et la gauche, il y en avait une autre, plus importante peut-être, entre souverainistes et européistes. Et nous avons démontré, en unissant des citoyens, des personnalités, des mouvements de toutes sensibilités en politique intérieure, que l’on pouvait effectivement, dans une certaine mesure, dépasser les clivages anciens pour ce combat.
Pour un souverainiste québécois, la France reste le modèle au plan de la souveraineté. Dans ces conditions, l’existence d’un mouvement souverainiste dans ce pays peut nous sembler paradoxale. Quels sont les motifs guidant votre lutte ? Comment justifiez vous votre mouvement ?
Si, pour vous, la France est un modèle de souveraineté, pour nous, le Québec est un modèle de souverainisme. Vous avez beaucoup de choses à nous apprendre en la matière. Sur le combat, sur les slogans, sur ce qui est efficace et sur ce qui ne l’est pas. Sur les méfaits du fédéralisme et sur les méthodes tortueuses des fédéralistes aussi.
Certes, la souveraineté est l’essence même de notre pays. Elle est à la France ce que la neutralité est à la Suisse, ou le Nil à l’Egypte. Les Français, historiquement, sont ceux qui ont toujours refusé l’unification du continent, le retour à l’empire romain ou à celui de Charlemagne. Contre celui de Charles Quint, contre le Saint Empire romain germanique, nos légistes affirmaient que
«le roi de France est empereur en son royaume». On ne peut pas trouver meilleure devise pour les souverainistes.
Aujourd’hui, l’Empire s’appelle Union européenne et Charles Quint a pris le visage de la Commission de Bruxelles. Hélas, ceux qui nous gouvernent ont oublié la fière formule des Capétiens: ils
«partagent» allègrement notre souveraineté. C’est leur mot. Et à force de la partager, à 6, à 10, à 15, bientôt à 25, comme un gâteau et de la distribuer à la ronde, il ne nous en restera bientôt plus que des miettes.
Considérez-vous le menace face à l’identité française comme une raison profonde justifiant votre engagement ?
En France, quand on parle de défense de l’identité française, aussitôt on pense à l’immigration d’Afrique et d’Asie, pas à l’intégration européenne. Je ne dirai donc pas les choses ainsi. Bien sûr, l’Union européenne a un parti pris de normalisation, qui lamine la diversité naturelle de l’Europe, l’originalité de ses peuples, les particularités de chacun. Et nous revendiquons le droit à la différence que les eurocrates nous dénient. Mais le souverainisme n’est pas d’abord la défense de notre identité.
La souveraineté est aux peuples ce que la liberté est aux individus. Ce que nous voulons conserver et même dans certains cas reconquérir, c’est la liberté non pas tant de rester tels que nous sommes (et, soit dit en passant, tels que nous n’avons pas toujours été), que de construire notre avenir comme nous l’entendons, de devenir demain ce que nous voulons être, sans qu’on vienne nous l’imposer de l’extérieur, de Bruxelles, de Francfort ou de Washington. Nous refusons cette infantilisation à laquelle on nous contraint, cette perte d’autonomie, comme si la France était une vieille dame qui n’a plus toute sa tête et qu’il conviendrait de placer sous la tutelle d’un conseil de famille européen.
Vous savez sans doute que les dirigeants du mouvement souverainiste québécois se réclament du modèle de la construction européenne pour justifier nos revendications souverainistes. Il semble donc y avoir un paradoxe en ce sens que vous, souverainistes français, vous luttez contre la fédéralisation de l’Europe et que nous, souverainistes québécois, nous nous inspirons du modèle européen pour proposer un modèle d’avenir au Québec. Comment vous situez-vous dans ce contexte ?
Ce paradoxe tient au fait que vous connaissez mal la réalité européenne. C’est d’ailleurs parfaitement normal. Les citoyens de nos pays et beaucoup d’hommes politiques eux-mêmes ont quelque mal à réaliser l’état de servitude dans laquelle nos gouvernements sont tombés par rapport aux institutions européennes. Car la machine bruxelloise, une véritable usine à gaz, agit dans la plus totale opacité.
Dès l’origine, c’est-à-dire dès Jean Monnet, les européistes savaient que la construction européenne allait contre le sentiment profond des peuples. Ils ont donc décidé à la fois de leur cacher le but ultime et de les mettre peu à peu devant le fait accompli, en procédant par petits pas et en minimisant, à chaque étape, l’enjeu de chacun de ces pas.
La construction européenne repose sur une démarche oligarchique et technocratique, aux antipodes de la démocratie et de la transparence. Certains la définissent comme la dernière idéologie survivante du siècle, comme une dernière forme d’utopie totalitaire. D’autres vont jusqu’à suggérer que cette méthode de l’engrenage, et de l’
«irréversibilité de l’acquis communautaire», s’apparente aux techniques utilisées par les sectes…
Ainsi l’Europe du traité d’Amsterdam n’est plus celle des année soixante. L’intégration y est beaucoup plus poussée. Et, en changeant de degré, elle a aussi changé de nature. Les institutions, intergouvernementales au départ, sont maintenant quasi-fédérales. Les décisions prises à l’unanimité des gouvernements deviennent peu à peu l’exception, au profit des votes à la majorité. Les Etats membres, aujourd’hui, doivent rendre des comptes à Bruxelles, qui les réprimande, les sanctionne, annule même des lois votées par tel ou tel parlement national. Ce ne sont plus les nations qui dirigent collectivement l’Europe, c’est l’Europe qui commande les nations.
En fait, la pente sur laquelle nous roulons n’est pas fédérale. Elle est jacobine: il y a beaucoup de Français à l’origine de cette construction, et dans les rouages de cette machine. Et les Français n’ont pas une culture politique fédérale. Sur certains plans, les
Etats membres ont moins de liberté d’action que le Texas ou la Californie à l’intérieur des Etats-Unis. Heureusement, dans d’autres, nous en avons plus, mais pour combien de temps ? L’intégration diplomatique et militaire est en route, par exemple.
Les fédéralistes européens, dans leurs argumentations, évoquent le fait que l’Europe n’est pas une fédération, eu égard au principe de subsidiarité qui vise, selon eux, à protéger et à maintenir les exceptions. A votre avis, le principe de subsidiarité est-il réellement applicable ? Existe-t-il, en France, une manifestation concrète de son application ?
Le principe de subsidiarité est l’exemple même de l’imposture européiste. Permettez-moi d’abord de souligner que cette notion est par essence fédérale. Elle exige qu’à chaque échelon de pouvoir correspondent les attributions qui y seront le plus efficacement exercées. L’appliquer à l’Europe, c’est considérer que l’Etat-nation est un niveau d’administration comme un autre, au même titre que la commune ou le département. C’est reconnaître qu’il est subordonné à un Etat européen.
Nous lui opposons le principe de souveraineté, qui veut que les nations soient au cœur du dispositif. Elles seules détiennent la légitimité. Elles seules commandent. Elles seules sont juges des compétences qu’elles souhaitent déléguer à l’intérieur aux collectivités locales ou à l’extérieur aux organismes internationaux, compétences qu’elles peuvent à tout moment reprendre pour les exercer elles-mêmes.
De plus, selon les européistes, tous les problèmes seront beaucoup mieux réglés au niveau communautaire. Le protocole sur la subsidiarité annexé au traité d’Amsterdam est un monument de duplicité. Au milieu de quelques affirmations générales fort sympathiques, il trouve le moyen d’affirmer que la subsidiarité est
«un principe dynamique» qui «permet d’étendre l’action de la Commission» européenne
«dans les limites de ses compétences, lorsque les circonstances l’exigent», de garantir le
«maintien intégral de l’acquis communautaire», et d’entériner
«les principes mis au point par la Cour de Justice» de Luxembourg, c’est-à-dire la supériorité de toute décision communautaire sur les lois et les constitutions nationales ! L’engrenage européen est à cliquet. Il ne tourne que dans un sens, celui de la centralisation.
Si nous analysons le discours gaulliste actuel du Rassemblement pour la République, en particulier celui de Philippe Séguin, nous remarquons que ceux-ci sont pleinement favorables à la construction européenne. Les souverainistes, dans ce contexte, ont-ils une vision d’avenir pour l’Europe ou préconisent-ils la rupture ?
On est gaulliste ou on ne l’est pas. Le gaullisme
«actuel», cela n’existe pas. Des compagnons éminents du général de Gaulle, tels que Pierre Messmer, Maurice Druon, Pierre Lefranc, ont clairement dit et écrit que le R.P.R. n’était plus fondé à se réclamer du gaullisme. Le discours gaulliste
«actuel», si vous tenez à l’expression, c’est le souverainisme.
Philippe Séguin, c’est autre chose. Il essaie maintenant de faire du souverainisme à l’intérieur de la pensée unique alors que le souverainisme est le refus de la pensée unique, et de réformer l’Europe, de l’intérieur aussi, alors qu’elle est irréformable, du moins de l’intérieur. Nous pensons qu’il fait fausse route. Mais peut-être est-il plus habile que nous ?
Au sein de l’Alliance, nous comptons des partisans d’une France complètement libre, d’autres qui préconisent une coopération intergouvernementale institutionnalisée, certains qui vont jusqu’à accepter une confédération. Tous se retrouvent autour de la formule d’une
«Europe des nations». Tous aussi – sauf quelques-uns qui estiment qu’il ne faut surtout pas
«avoir l’air anti-européen» – considèrent que nous devons parler net, être fermes, ne pas hésiter à briser les tabous de l’européisme. Plus la pente européiste est forte, plus il faut appuyer sur le frein.
Les partis et les candidats ont des impératifs électoraux. Ce n’est pas notre cas. En France, ils doivent rassembler au second tour, donc mettre de l’eau dans leurs convictions. Notre rôle à nous est que le vin souverainiste soit le plus fort possible. Autrement dit, plus notre discours sera radical, plus le point moyen du compromis acceptable par l’électeur indécis, indifférent ou timoré, sera proche de nos idées. Notre radicalisme est un point de départ, pas un point d’arrivée.
La construction européenne étant un processus en marche continue, depuis les années cinquante, croyez-vous qu’il soit possible de l’arrêter? Et si oui comment ?
Nous ne voulons pas seulement l’arrêter. Nous voulons l’inverser et le réorienter. Puisque l’intégration européenne se nourrit du secret, de la confusion, du mensonge, la première chose est d’ouvrir les yeux de nos compatriotes sur la réalité du fonctionnement de l’Europe, la simple réalité de ce qui se fait et de ce qui se trame. Quand on y parvient, ils tombent de haut. C’est un travail de fourmi, car il n’y a pas, en France, de grand média souverainiste.
Ensuite, les directives européennes heurtent nombre d’intérêts catégoriels, sans pour autant que l’intérêt général européen en soit mieux servi, car ces directives sont inspirées par les multinationales, souvent américaines, qui pratiquent un jeu d’influence dans les bureaux de Bruxelles et les couloirs de Strasbourg. José Bové a montré, pour l’agriculture, comment on pouvait s’y prendre. Ce qu’il fait au plan mondial peut se faire au plan européen. Les chasseurs aussi se sont révoltés contre les dates d’ouverture de la chasse qui leur étaient imposées par l’Europe; et ils ont réussi à obtenir un vote favorable du parlement français, qui a provoqué un bras de fer avec Bruxelles. De même, pour des raisons sanitaires, notre gouvernement s’est trouvé acculé à bloquer l’importation de bœuf britannique, malgré les menaces de sanction de la Commission européenne. La multiplication de ces crises représente autant de grains de sable, autant de coups de boutoirs contre la machine fédérale.
Mais, évidemment, dès lors qu’on exclut le recours à l’insurrection et à la lutte armée, l’objectif ne peut être que de porter au pouvoir en France un gouvernement sincèrement et résolument souverainiste. Si nous voulons vraiment reprendre notre liberté dans certains domaines, la monnaie, la défense, le contrôle de nos frontières, par
exemple, personne ne pourra nous en empêcher. Nous ne sommes tout de même pas dans la situation de l’Irlande du Nord.
Vous admettez donc que cette bataille (la bataille entre souverainistes et fédéralistes) se fait et se gagne dans l’opinion publique où le fait de participer à un
«empire» peut avoir une certaine force d’attraction. Comment les souverainistes en France et en Europe peuvent-ils proposer un projet constructif qui attire les nouvelles générations et qui mobilise, sur le plan des valeurs, les opinions publiques ?
Il y a toujours ceux qui préfèrent le confort honteux de la servitude aux risques enivrants de la liberté. Pour eux, d’ailleurs, l’Europe n’est que l’antichambre de l’Amérique. La France, grâce à qui les Etats-Unis ont pu obtenir leur indépendance, de même que la Grèce, l’Italie et bien d’autres peuples, n’a pas vocation à devenir un protectorat américain, fût-ce sous les apparences d’une Europe fédérale où elle ne pèse, au Parlement, au Conseil des chefs de Gouvernement, que pour 15 % dans les décisions à prendre !
De plus chacun voit de plus en plus que la servitude européenne est loin d’être confortable. Nous avons réussi le prodige de bâtir un système qui cumule les inconvénients du capitalisme libéral et ceux du socialisme bureaucratique, sans avoir les avantages de l’un ni de l’autre. Ou si peu.
L’Europe – les sondages et l’abstention aux élections européennes le montrent – attire peu les citoyens. Ils s’y résignent. Ils la supportent. C’est tout. Parallèlement, ce qui est grave, la force d’attraction de la France diminue, parce qu’il n’y a plus de projet français spécifique, plus de politique française identifiable, plus de lisibilité de l’action de la France et des réussites françaises. Il faut rétablir tout cela. Il faut que nos dirigeants cessent de se cacher derrière l’Europe. Il faut, tout simplement, retrouver une volonté nationale au sommet, comme du temps du général de Gaulle. Les Français aiment cela; ils suivront.
Et puis il faut leur proposer une solution de rechange pour le monde. Ils ont besoin aussi de se sentir chargés d’une mission à l’égard des autres peuples, d’être porteurs d’un message universel. Ce que l’Alliance préconise, c’est un monde multipolaire, souple, à configurations variables et évolutives, formé de nations libres coopérant entre elles de manière multiple et décentralisée, à l’image des réseaux micro-informatiques d’aujourd’hui, plutôt que l’Europe et le monde à l’architecture pyramidale qu’on nous propose, qui ressemble aux vieux ordinateurs IBM avec leurs grosses et puissantes «unités centrales» et leurs écrans terminaux dociles et passifs.
Existe-t-il une forme d’antinomie entre l’Europe et la francophonie ?
Evidemment. Et elle est double: institutionnelle et linguistique. C’est l’une des raisons de notre hostilité au processus en cours.
La construction européenne, parce qu’elle est pyramidale, est exclusive. Il y a des coopérations qui nous sont interdites car, de fait, elles entrent en contradiction avec nos engagements européens. Ce n’est pas à vous que j’apprendrai les difficultés à participer à des organisations internationales lorsqu’on n’est pas souverain, ou qu’on ne l’est plus. Je n’insisterai donc pas.
Quant à la langue, si le français était la langue unique de travail à l’origine (3 des 6 pays fondateurs étaient francophones), il a perdu beaucoup de terrain depuis une dizaine d’années. Là aussi, je n’ai pas besoin de développer ce phénomène. L’Europe, qui était, et qui pourrait encore être un moyen de promouvoir le français, est devenue un facteur d’anglicisation. Même sans les Anglais: ils ne font partie ni de l’euro, ni de l’eurocorps, et tous deux parlent anglais. On a été jusqu’à voir des fonctionnaires français de Bruxelles écrire en anglais à des
fonctionnaires français de France ! Et des députés souverainistes sortir de la salle des séances, à Strasbourg, parce qu’un rapport en discussion n’était disponible qu’en anglais. Les associations de défense de la langue française sont maintenant alertées: on n’y trouve plus guère d’européistes.
Les médias ont, dès le début de votre lutte, adopté une attitude négative face aux souverainistes en France. La comparaison avec la Résistance était même dans la presse. Comment l’image véhiculée par les médias a-t-elle évolué depuis ces débuts ?
L’image de la Résistance n’est pas négative. Et c’est nous qui l’avons imposée. Elle marque la gravité de la situation actuelle de notre pays. Elle souligne la nécessité de l’union nationale, comme à l’époque. Nous avons même constitué un Conseil National Souverainiste s’inspirant du Conseil National de la Résistance.
Cette dramatisation, cette référence à un passé glorieux, plus justifiées encore aujourd’hui que lors de notre création, a permis la mobilisation des convaincus. Mais, c’est vrai, elle ne réveillera pas les indifférents. Après avoir proclamé les grands principes, il faut décliner les conséquences concrètes dans la vie quotidienne de chacun de la perte de nos souverainetés. Après avoir attiré l’attention par nos cris d’alarme, c’est maintenant la sympathie qu’il nous faut attirer, et donner confiance, en incarnant un souverainisme positif, serein, ouvert au monde, tourné vers l’avenir, sûr de lui et non pas replié craintivement sur le passé.
C’est d’ailleurs pour cela que nous vous avons emprunté le terme de souverainisme. Il est neuf, il vient d’ailleurs, il recouvre une réalité nouvelle que nous sommes en train de construire. Grâce à lui, nous ne sommes plus des «anti»-Europe, mais de pro-France.
Nous venons de publier un Petit manuel souverainiste à usage d’antidote contre les boniments européens qui ambitionne d’imposer cette nouvelle image et cette nouvelle argumentation. Nous y disons par exemple que nous sommes les partisans du grand large et d’une France mondiale contre ceux de l’enfermement continental et du repli frileux sur l’Europe. Nous y rappelons que les européistes sont des nostalgiques de l’Empire carolingien (il décernent même un prix Charlemagne) et qu’à l’époque de la troisième mondialisation (après celles du XVIème et du XIXème siècles), l’Europe précolombienne, c’est un peu dépassé…
Le mouvement souverainiste s’incarne-t-il à travers les partis politiques ? Dans cet ordre d’idées, l’Alliance a-t-elle vocation à devenir un parti ?
Nous ne sommes pas un parti politique, au sens électoral du terme, et si nous comptons des hommes politique de premier plan parmi nous, nous ne cherchons pas à fédérer des partis. Ceci, même si, juridiquement, nous avons le statut d’une formation politique.
Notre action est thématique: comme d’autres font de l’humanitaire, du féminisme ou de l’antiracisme, nous, nous faisons du souverainisme, en nous interdisant toute prise de position qui ne serait pas directement liée à la défense de la souveraineté. Nous sommes, de ce point de vue, une sorte de groupe de pression.
Nous lancer dans la compétition électorale, établir un programme sur tous les aspects de la vie sociale — ce qu’individuellement nombre de nos adhérents et dirigeants font chacun de leur côté, moi le premier — nous diviserait et diluerait notre action. Nous préférons jouer notre rôle d’aiguillons et de coordinateurs, rôle qui n’était pas rempli par d’autres avant que nous existions et qui ne le serait plus si nous disparaissions ou si nous nous banalisions.
Nous avons entrepris d’élargir autrement notre domaine d’action, en tissant des liens internationaux, pour constituer de fait une Alliance souverainiste internationale. Je dis
«de fait» car il ne s’agit pas de constituer un directoire mondial du souverainisme. On ne peut récuser le gouvernement mondial et en reproduire les structures à titre privé. Nous restons dans l’esprit du monde en réseau que j’évoquais à l’instant. Interconnectons les souverainistes ! Créons des synergies ! C’est un appel que je vous lance. Le souverainisme est un combat planétaire, une vision du monde, je le répète. Alors luttons ensemble, en dehors des partis et des Etats, pour imposer, demain, cette vision planétaire. En Europe ce regroupement est en cours. En particulier, nous avons tissé des liens très fructueux avec l’Anti-Maastricht Alliance, notre équivalent britannique. J’espère que vous ne nous en voudrez pas…
Votre mouvement, et le mouvement souverainiste au sens large comprend-il de grands intellectuels ? Les intellectuels s’affichent-ils ouvertement comme souverainistes ?
Lors du référendum sur le traité de Maëstricht (49,3 % de oui, 3,4 % de bulletins blancs, 47,3 % de non et 30 % d’abstentions), des politologues curieusement inspirés ont tenté de superposer la carte du non et celle de l’analphabétisme ! Ce temps est révolu.
On constate même que l’argumentation européiste marque le pas, qu’elle tourne en rond. La pensée souverainiste, elle, brille, fleurit, innove, sous la plume d’intellectuels quadragénaires. C’est un peu l’irruption d’une nouvelle génération qui se révolte contre les vieux schémas de l’après-guerre et de la Guerre froide. Une génération qui n’a pas été traumatisée par la défaite de 1940, l’Occupation, le protectorat américain, la décolonisation. Elle regarde l’avenir droit dans les yeux, en toute indépendance, comme l’ont fait tant de Français avant eux.
Elle a compris que le vingtième siècle a été celui de l’écroulement des empires, c’est-à-dire des Etats-continents et des constructions multinationales. Elle s’intéresse au monde et croit aux vertus de la nation, pas à l’Europe, cet échelon intermédiaire sclérosant qui est pour elle à la fois un écran et un carcan.
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