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Discours prononcé  le 5 mars 2003, devant 700 personnes réunies à Neuilly par  l’Alliance pour la Souveraineté de la France pour lutter contre l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne.

Discours sur la Turquie

Chers amis !

Disons le d’emblée, cette réunion n’est pas une réunion anti-turque. Cette réunion est seulement une réunion contre l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne.

L'adhésion: un mauvais choix pour les Turcs

C’est pourquoi je voudrais m’adresser d’abord aux Turcs eux-mêmes, ou plus précisément aux Turcs qui aiment leur pays. Je voudrais leur adresser un message.

A ces Turcs, nous disons, nous les souverainistes, nous qui aimons la France, nous qui aimons tous les pays qui sont fiers d’eux-mêmes, à ces Turcs, nous disons: restez vous-mêmes, ne vous engluez pas dans l’Union européenne, ne vous dissolvez pas dans ce magma euro-américain de Bruxelles.

A votre place, sachant ce que nous savons du fonctionnement de l’Union européenne, sachant ce que nous savons de la pseudo constitution européenne qu’on nous prépare, à votre place, nous refuserions l’adhésion.

En un mot, nous disons aux Turcs qui refusent l’entrée dans l’Europe que nous sommes avec eux.

Ces Turcs, chers amis, sachez-le, ils existent. Ecoutez plutôt ce que le président de la principale organisation patronale de Turquie vient de déclarer il y a quelques jour au journal La Croix : « La machine européenne est très lourde. […] L’Europe est âgée et le sera plus encore avec l’élargissement. Elle manque d’énergie et de créativité. Nos évolutions économiques et démographiques ne sont pas les mêmes. C’est vrai que nos populations n’ont pas les mêmes âges ni la même culture. C’est pourquoi nous, Turcs, devrons voir quelle Europe nous aurons en face de nous lorsque nous serons prêts à y adhérer et réfléchir avant de la rejoindre pleinement. Dire qu’adhérer est le meilleur choix est aujourd’hui prématuré.» Ce n’est pas moi qui le dit, c’est le président des patrons turcs : adhérer à l’Europe n’est pas le meilleur choix pour les Turcs.

Alors, souverainistes turcs, je vous le répète, les souverainistes français sont avec vous comme ils sont avec les souverainistes irlandais, avec les souverainistes danois, avec les souverainistes polonais, lorsque ces Irlandais, ces Danois, ces Polonais, s’opposent à leur asservissement par Bruxelles, lorsqu’ils votent “non” au traité de Maëstricht, “non” au traité d’Amsterdam”, “non” à l’entrée dans l’Union européenne.

La politique du pire: une solution dangereuse

En second lieu, c’est aux souverainistes français que je voudrais m’adresser.

Nous sommes divers. Et c’est pour des raisons diverses que les uns et les autres, nous nous opposons à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne.

Aujourd’hui, nous avons voulu donner la parole aux souverainistes de la majorité présidentielle. C’est en grande partie de leur capacité de persuasion, de l’efficacité de leur action, au sein de l’UMP ou en dehors de l’UMP, que dépendra la réussite de notre combat.

A cette tribune, Henri de Lesquen, président d’un groupe indépendant au conseil municipal de Versailles, président de la Voix des Français, Nicolas Dupont-Aignan, député de l’Essonne, maire de Yerres, animateur d’un courant souverainiste à l’U.M.P., Jacques Myard, député RPF des Yvelines et maire de Maisons-Laffitte, Philippe de Villiers, député et président du Conseil général de la Vendée, vous donneront leurs raisons. Ils vous feront connaître les nuances de leurs positions respectives.

Tous les souverainistes ne sont donc pas représentés ici aujourd’hui. Il en est en particulier qui considèrent inopportun d’entrer dans le débat sur l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Les uns disent que les frontières de l’Europe ne concernent que les européistes, qu’il faut les laisser s’empêtrer dans cette question, et s’en dépêtrer tout seuls s’ils le peuvent.

D’autres, et parfois les mêmes, considèrent que plus l’Europe s’élargira, plus elle se distendra, que l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne l’empêchera par conséquent d’être fédérale, et même qu’elle la fera exploser. C’est d’ailleurs pour cette même raison que beaucoup d’européistes convaincus, Valéry Giscard d’Estaing en tête, y sont opposés.

Je leur répondrai ceci. Oui, la question n’est pas de savoir si la Turquie est européenne ou asiatique, si elle est pro-américaine, laïque et occidentalisée ou bien musulmane et islamiste, si elle a été l’amie de la France à l’époque de nos rois capétiens, si elle a fait partie de l’espace diplomatique européen au dix-neuvième siècle, si elle a été notre ennemie dans la Première Guerre Mondiale, à l’époque où son gouvernement perpétrait le génocide arménien, ou encore si elle a été un utile rempart de l’O.T.A.N. contre l’Union soviétique. La Turquie est tout simplement turque.

La Turquie a une forte personnalité, une personnalité qui lui est propre, une personnalité complexe qui ne se résume pas à un seul trait de caractère, une longue histoire très particulière aussi. C’est une puissance régionale, très peuplée, disposant, surtout depuis l’écroulement de l’Union soviétique, d’amitiés naturelles en Asie centrale et jusqu’aux frontières de la Chine. La Turquie n’est pas soluble dans l’Europe, pas plus que la Grande-Bretagne ou la France ne le sont.

La question turque, au fond, se présente aujourd’hui comme la question de l’entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché Commun à l’époque du général de Gaulle et de Georges Pompidou. On pose des conditions, on prend des précautions, mais on sait bien que même si ces conditions sont acceptées, même si ces précautions sont prises, une fois la Turquie dans l’Europe cela ne marchera pas.

A ceux, enfin, qui croient qu’avec les Turcs, le super-Etat unique européen ne sera plus possible, je répondrai : méfiez-vous. Lorsqu’on pratique la politique du pire, parfois on a le pire. Déjà, à propos de l’élargissement de l’Union européenne aux pays de l’Est, qui, elle, est souhaitable, certains disaient qu’à 25, à 30, l’Europe supranationale ne serait plus possible, que nous serions obligés de bâtir l’Europe autrement. Ils l’affirment encore aujourd’hui d’ailleurs. Et pourtant, que constate-t-on ? Que la pseudo constitution européenne va son bonhomme de chemin, que cette pseudo constitution écrase encore un peu plus les nations, qu’une déclaration franco-allemande propose même d’aller plus loin encore.

Il se peut fort bien que nous ayons demain, et l’Europe fédérale et la Turquie, comme nous avons eu et l’Europe fédérale et l’Angleterre.

La Turquie demain: principal Etat membre d'une Europe vassale?

A ce stade de la réflexion, le moment est venu pour moi de m’adresser maintenant aux européistes, pour relever deux contradictions, deux incohérences.

Certes, vous pouvez construire un Etat européen unique et y inclure la Turquie comme la France. Vous pouvez poursuivre votre entreprise de fusion et de disparition des nations qui ont fait la grandeur de notre continent, et vous attaquer maintenant à la nation turque. Je viens de le dire, vous avez probablement la capacité de le faire. Mais est-ce raisonnable ? Est-ce souhaitable ?

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Le 11 décembre 1999, au sommet d’Helsinki, le Conseil des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne a officiellement affirmé, dans sa déclaration finale : «La Turquie est un pays candidat, qui a vocation a rejoindre l’Union». Et le 13 décembre dernier, à Copenhague, dans un autre sommet, le même Conseil des chefs d’Etat et de gouvernement a réaffirmé et confirmé, sans ambiguïté : «La Turquie est un pays candidat qui a vocation a rejoindre l’Union sur la base des mêmes critères que ceux qui s’appliquent aux autres pays candidats.» Il est donc bien envisagé que la Turquie soit un Etat-membre à part entière. La date du début des négociations est désormais fixée : sauf imprévu, ce sera en décembre 2004. Et la déclaration du sommet de Copenhague conclut : «L’Union augmentera considérablement son aide financière de pré-adhésion en faveur de la Turquie. A compter de 2004, cette aide sera financée au titre de la ligne budgétaire”dépenses de pré-adhésion”.»

Or, la Turquie a une population plus importante que celle de la France. Bientôt, en raison de son dynamisme démographique elle sera plus nombreuse que l’Allemagne elle-même, dont la population diminue. A échéance de dix ou vingt ans, la Turquie sera donc le principal pays de l’Union européenne, un pays dont le poids dans les décisions, au Conseil européen, au Conseil des ministres, au Parlement européen, sera prépondérant.

Et cela, dans une Europe qui s’occupe de tout, qui tranche de tout, dans une Europe qui s’ingère de plus en plus dans notre vie quotidienne, par-dessus nos gouvernements nationaux, par-delà notre législation nationale, par-dessus même nos régions, nos départements et nos communes.

Non, décidément, dans cette Europe-là, la Turquie n’a pas sa place. C’est votre première incohérence, Messieurs les européistes.

Vous le savez fort bien d’ailleurs, puisque l’entrée de la Turquie dans l’Europe, nous vous la devons, mais nous la devons aussi et surtout au discours d’Ankara du président américain Clinton en 1999, à la veille du sommet d’ Helsinki, nous la devons aux nombreux appels téléphoniques du président américain Bush pendant le sommet de Copenhague en décembre 2002.

C’est votre deuxième incohérence. Et c’est aussi le révélateur de votre véritable projet. Vous prétendez construire un contrepoids aux Etats-Unis, une Europe-puissance, et vous ne faites que construire le volet politique de l’OTAN, l’appendice européen des Etats-Unis. Sinon, pourquoi la Turquie serait-elle européenne et la Russie ne le serait-elle pas ?

Je sais qu’aujourd’hui, à propos de l’Irak, quelques pays européens font preuve d’indépendance, mais quelques-uns seulement, et parce que la France s’est affranchie de toute politique étrangère commune européenne, justement. Je sais aussi que, ces derniers jours, la Turquie traîne les pieds vis-à-vis des Etats-Unis, mais est-ce par sentiment européen?

Il n’en reste pas moins que l’Europe que l’on nous construit, avec la Turquie dedans, n’est pas une Europe européenne, encore moins une Europe française. C’est une Europe vassale.

La Méditerranée, plutôt que l'Europe

Est-ce à dire pour autant que nous ne devions avoir aucune relation avec le peuple turc? aucune coopération avec l’Etat turc? Evidemment non.

Cette coopération peut être bilatérale. Elle peut, au plan militaire, se poursuivre dans le cadre de l’OTAN. Nous n’y voyons pas d’inconvénient. Nous y voyons même des avantages.

Mais cette coopération ne peut prendre la forme d’une fusion de la nation turque avec la nôtre. Cette coopération, même si elle se limite à une coopération dans l’esprit de l’Europe des nations, n’a pas de vraie raison de se faire dans un cadre européen.

La Turquie est méditerranéenne. Et c’est dans ce cadre que nous devons bâtir nos relations. Je formulerai ainsi une proposition. Ou plutôt, je reprendrai une proposition que j’ai déjà formulée depuis plus de dix ans.

Il faut qu’un dialogue politique institutionnalisé s’organise en Méditerranée, qu’il s’organise entre les Etats riverains de la Méditerranée, qu’une coopération sur des sujets communs s’instaure de manière multilatérale. La France y a un rôle majeur à jouer, à la dimension de son histoire et de sa puissance d’aujourd’hui. 

Je constate qu’avant-hier, à Alger, le Président de la République a repris cette idée. Il a suggéré la réunion de sommets réunissant les cinq pays de l’Europe du Sud et les cinq pays du Maghreb. Et pour lui, ces sommets ne seraient qu’une première étape vers la réalisation «d’une aire de prospérité partagée en Méditerranée». Faisons-le. Et n’attendons pas pour y associer la Turquie.

La France ne doit pas s’enfermer dans l’Europe, n’inscrire sa politique étrangère que dans le cadre étriqué de l’Union européenne. L’Europe, quant à elle, ne doit pas être exclusive d’autres coopérations pour les pays qui la composent. De même qu’il existe des sommets européens, des sommets francophones, des sommets franco-africains, des sommets arabes aussi pour d’autres, il doit y avoir demain des sommets méditerranéens s’appuyant sur une structure multilatérale de paix, d’échange, de développement.

Voilà ce que nous pouvons opposer à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne : une grande politique étrangère française, une grande politique méditerranéenne.

Pour conclure, je redescendrai de ces hauteurs géo-politiques, de ce grand dessein qui ne peut s’inscrire que dans le long terme, en vous parlant de 2004 et en m’adressant personnellement à vous tous, ici réunis ce soir, à chacun d’entre vous.

L’an prochain, se dérouleront des élections européennes, peut-être serons-nous aussi consultés par référendum sur le projet de pseudo constitution européenne concocté par Valéry Giscard d’Estaing. Et après, après seulement, s’engageront les négociations d’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, des négociations dont nous ne savons quelle sera l’issue.

Lors de ces scrutins, et d’ici là, ayez à l’esprit et répétez autour de vous que l’entrée de la Turquie n’est pas acceptable dans le cadre d’une Europe centralisée, uniformisatrice, dans une Europe de fusion des peuples et de partage des souverainetés.

Ce super-Etat européen, qui n’est pas acceptable sans les Turcs, l’est moins encore avec eux. Alors, sans aucun doute, ne serait-ce que par prudence, vous direz «non» à cette constitution, «non» à ceux qui la soutiennent, et «oui» à ceux qui la combattent.

Dire «non» à la pseudo-Constitution concoctée par Giscard, ce sera dire «non» à la Turquie dans l’Europe!

Francis Choisel

 

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