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Article paru dans les Nouveaux Cahiers de 89, bimensuel du Club 89, club de réflexion politique d’inspiration gaulliste et libérale.
(septembre-octobre 1995)
Après avoir relancé en fanfare les essais nucléaires français dans le Pacifique (essais qui avaient été suspendus par François Mitterrand), le président Jacques Chirac, se trouve soumis à une très forte pression internationale. Il envisage alors de revenir sur sa décision et de signer le traité international, initié par les Etats-Unis, qui interdit définitivement toute expérimentation. Francis
Choisel, vice-président des Clubs 89 présidés par Jacques Toubon, explique pourquoi ce serait une décision dangereuse pour notre sécurité et notre indépendance.
Essais nucléaires : les cinq vérités
Depuis l'annonce de la reprise des essais nucléaires par la France, beaucoup de choses ont été dites. Pour avoir les idées claires sur le sujet, il convient néanmoins de rappeler quelques vérités simples.
• La première est que les armes nucléaires de l'époque de la guerre froide entre les deux blocs ne sont plus complètement adaptées aux risques nouveaux du monde dangereux et multipolaire dans lequel nous vivons.
Il nous faut donc moderniser notre arsenal, en particulier en achevant la mise au point d'armes
«anti-bunkers», visant des cibles militaires enterrées et épargnant le plus possible les populations civiles environnantes. Ces armes ne peuvent être qu'atomiques.
• La deuxième vérité simple est la nécessité absolue de recourir aux expérimentations pour mettre au point une nouvelle munition nucléaire. Malgré les affirmations un peu hâtives de certains, la simulation d'un phénomène physique ne pourra jamais rendre compte totalement de la réalité de son déroulement. Tout chercheur, tout ingénieur, le sait d'expérience
Les progrès récents de l'informatique permettent certes d'approcher la réalité d'assez près, mais seulement si on a également recours, comme base initiale de données à un procédé éprouvé de l'aéronautique: le
«modèle réduit». Il est donc absolument faux de prétendre que la technique de simulation élimine complètement le recours aux explosions nucléaires, en l'espèce des explosions nucléaires ou thermonucléaires de faible puissance (inférieure à une kilotonne).
Seuls, d'ailleurs, les Etats-Unis maîtrisent aujourd'hui complètement ce procédé.
• La troisième vérité consiste en une caractéristique des explosions de faible puissance qu'on vient d'évoquer. Placée dans une cavité souterraine, une charge nucléaire de niveau subkilotonnique donnerait une explosion pratiquement indétectable. La secousse tellurique correspondante serait en effet si faible qu'elle aurait toute chance d'être noyée dans le bruit de fond des secousses naturelles.
Il est donc désormais possible de mettre au point des munitions nucléaires sans que les essais correspondants soient repérables. Les Etats-Unis pourraient donc aujourd'hui prétendre avoir définitivement renoncé aux explosions atomiques souterraines tout en continuant à les pratiquer.
• La quatrième vérité est que tout stock de munitions vieillit, les munitions nucléaires plus que les autres. Il faut donc, au bout d'une certaine durée les contrôler.
Or, comme on le fait pour les lots de munitions explosives classiques, la seule façon de s'assurer du bon état de nos têtes nucléaires est d'en
«essayer» certaines en vraie grandeur. Et cela au bout d'une douzaine d'années.
Aucun pays ne dispose en effet aujourd'hui — et ne pourra non plus disposer à court terme — d'un modèle mathématique susceptible de réaliser des simulations de ce vieillissement.
• La dernière vérité est qu'un danger a récemment été révélé par la communauté scientifique internationale: celui de la collision de notre planète avec des astéroïdes et des comètes de forte taille, comme il s'en est déjà produit par le passé. La collision d'un météorite avec la Terre serait ainsi la cause de la disparition subite, et jusqu'ici inexpliquée, des dinosaures. Plus récemment, en 1908, une comète a détruit la forêt sibérienne sur une superficie, heureusement inhabitée, égale à la surface de l'agglomération parisienne.
Pour éviter ce genre de catastrophes, des scientifiques ont imaginé de recourir aux explosions thermonucléaires de très grande puissance pour freiner ou dévier à temps, à une assez grande distance de la Terre, les comètes se dirigeant vers nous. Ils suggèrent que les puissances nucléaires mettent au point en coopération les
«armes» nécessaires. La puissance de ces munitions devrait être de l'ordre de la dizaine de mégatonnes et, selon les méthodes de simulation et de miniaturisation des essais, évoquées ci-dessus, les expérimentations devraient être du niveau de la centaine de kilotonnes.
La France ne peut par conséquent donner un caractère définitif à l'arrêt de ses essais nucléaires. Elle doit les continuer pour maintenir la crédibilité et l'indépendance de ses forces de dissuasion atomique, mais également pour être en mesure, le moment venu, de tenir sa place dans un éventuel programme international de protection contre de nouveaux dangers.
Francis Choisel
Vice-président des Clubs 89
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