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Magazine de l’Association des maires d’Île de France
(n°48 – juillet 2004)

Une autre démocratie de proximité :
le Conseil cantonal

Alors que les chiffres de participation aux élections ont à peine frémi en mars dernier, beaucoup d’hommes politiques se demandent comment intéresser l’administré à la gestion de la collectivité.

La complexité des lois, les masses financières en jeu ont vite fait d’en dissuader plus d’un. Pourtant, comment apprécier ce que l’on ne comprend pas ? Comment critiquer ce qui est inconnu ? Depuis longtemps déjà, on tente de rapprocher les citoyens du monde politique par la création de conseils municipaux d’enfants, de conseils de quartiers… Mais comment mieux faire connaître le rôle du conseiller général à ses électeurs ? En créant un conseil cantonal.

Maires en Île-de-France : Francis Choisel, vous êtes conseiller général du canton sud de Boulogne-Billancourt depuis 1994 et vous avez créé, en janvier 2004, un conseil cantonal. Pourquoi ?

Francis Choisel : Comme vous venez de le rappeler, des structures assez semblables existent auprès de différentes entités locales ou régionales, notamment en application de la loi sur la démocratie de proximité. Mais rien, à ce jour, n’était organisé pour le canton, dont les besoins en matière d’information comme d’action sont plus importants de jour en jour.

Même si un bon conseiller général connaît personnellement les souhaits des habitants de son canton, il m’est apparu judicieux, pour optimiser l’exercice du mandat, de lui adjoindre une structure permanente d’écoute et de proximité. Cette dernière lui permet de décliner au niveau du canton ce qui peut exister à celui de la commune avec les commissions extra-municipales et les conseils de quartiers, de la région ou de l’État (avec les comités et conseils économiques et sociaux) ou même des administrations et services publics avec les comités d’usagers.

M.I.F : Comment créer un conseil cantonal ?

F.C : Le conseil cantonal n’a pas d’existence juridique propre et fonctionne avec les moyens dont dispose le conseiller général dans le cadre de ses fonctions. Il n’y a donc pas de formalité à effectuer. Il est toutefois souhaitable d’informer de sa création certaines autorités qui auront à connaître de ses décisions (préfet, maires, etc.). A ce propos, il convient d’avoir à l’esprit que le conseil cantonal n’est pas attaché à la personne du conseiller général mais à sa fonction et de veiller à ce qu’il ne prenne pas de position politique. Par ailleurs, en période préélectorale, il doit s’astreindre aux règles qui s’appliquent aux collectivités locales.

M.I.F : Comment est-il composé ?

F.C. : Je tiens d’abord à souligner que les fonctions de membre du conseil cantonal sont bénévoles. Ce dernier réunit des habitants auxquels il est fait appel en raison de leur représentativité. S’y ajoutent des spécialistes disposant de compétences utiles dans des domaines précis, qui peuvent, au besoin, être choisis en dehors du canton.

Ainsi, le conseiller général est mieux éclairé sur les attentes des habitants et ceux-ci participent de manière plus directe à la gestion du canton. Par exemple, lors de l’une des premières séances du conseil cantonal de Billancourt, nous avons adopté un vœu demandant le prolongement de la ligne de métro n°9 au-delà du pont de Sèvres, vœu que j’ai aussitôt transmis aux autorités compétentes et aux collectivités concernées, avec lesquelles un dialogue est désormais engagé. Nous avons également proposé une solution, immédiatement retenue par la mairie pour mettre fin au stationnement anarchique sur une petite place piétonnière. Autre exemple : nous avons engagé une réflexion sur la manière de renforcer positivement l’identité du canton et de mieux faire connaître son histoire à ceux qui l’habitent. Enfin, bien évidemment, nous suivons de manière attentive l’évolution des terrains de Renault dont l’aménagement va entraîner un accroissement de la population du canton, avec ses incidences financières sur le budget municipal, ainsi que les choix urbanistiques et architecturaux qui sont envisagés.

M.I.F : Pensez-vous faire école en la matière ?

F.C : Je le souhaite car les travaux du conseil cantonal conduisent le conseiller général à prendre plus d’initiatives au profit du canton, mais également au bénéfice du département car son champ d’action ne doit pas se limiter au seul territoire cantonal. Ce n’est pas un «super-conseil de quartier» mais un auxiliaire du conseiller général pour toutes les questions qu’il a à traiter dans le cadre de son mandat.

En dehors des périodes électorales, il permet à l’élu de rester en permanence au plus près de ses administrés, de mieux prendre en compte leurs besoins réels, d’y recueillir idées et suggestions. Si l’on veut que les Français aient un œil moins méfiant vis-à-vis du monde politique, il faut leur donner la parole par-delà des périodes électorales. Certaines assemblées locales l’ont bien compris. Il reste aux conseils généraux à descendre dans l’arène.

 

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